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12 févr. 2025 · 12 min

Al-Bīrūnī, savant du XIe : déchiffrer les distances planétaires

Dans cet épisode, suivez les étapes des sphères emboîtées au cas de Mars, puis découvrez comment al-Bīrūnī condense la méthode de Ptolémée.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tous.

  3. Intervenant 1

    Installez-vous bien parce qu'aujourd'hui, on part pour une exploration fascinante. On va essayer de comprendre comment un génie perse du XIe siècle a réussi à décoder un casse-tête mathématique grec qui traînait depuis neuf siècles.

  4. Intervenant 2

    Rien que ça ?

  5. Intervenant 1

    Ouais, rien que ça. Et en faisant ça, il a littéralement jeté les bases de l'astronomie moderne.

  6. Intervenant 2

    C'est une histoire qui est vraiment incroyable, avec des textes perdus, des redécouvertes, tout y est.

  7. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. On s'appuie aujourd'hui sur un article passionnant de Guillaume Loiselet, qui est docteur en histoire et philosophie des sciences. Et il y a un premier rebondissement dès le départ, c'est sur les sources.

  8. Intervenant 2

    Absolument.

  9. Intervenant 1

    Le texte original grec de Ptolémée, le fameux livre des hypothèses, on pensait qu'il était perdu à jamais.

  10. Intervenant 2

    Ouais, volatilisé. Pendant des siècles, les historiens n'en avaient plus aucune trace en grec.

  11. Intervenant 1

    Et c'est seulement dans les années 1960, donc hier quoi, à l'échelle de l'Histoire, qu'on a découvert sa version arabe. Et ça, c'est grâce au résumé incroyablement précis fait par notre savant du jour, Al-Bīrūnī.

  12. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est de réaliser le rôle de la langue arabe à cette époque. Il faut bien se dire que pendant plus de 300 ans, à partir du VIIIe siècle, l'arabe était vraiment la langue mondiale des mathématiques.

  13. Intervenant 1

    Ce n'était pas juste de la copie ou de la traduction bête et méchante.

  14. Intervenant 2

    Pas du tout. C'est une idée reçue qu'il faut vraiment balayer. C'est une véritable réflexion critique. Les savants reprenaient la géométrie appliquée à l'astronomie, ils la corrigeaient, ils la révisaient en profondeur.

  15. Intervenant 1

    D'accord, mais il y a un truc qui me turlupine dans l'article. Pourquoi vouloir calculer la distance des planètes ? Enfin, naïvement, je pensais que les Grecs de l'Antiquité avaient déjà tout cartographié, mais apparemment ils s'en moquaient un peu, non ?

  16. Intervenant 2

    Ouais, c'est assez contre-intuitif aujourd'hui. En fait, dans l'Antiquité, les Grecs cherchaient surtout à savoir quand les phénomènes allaient se produire.

  17. Intervenant 1

    Le quand ? Genre à quelle date précise ?

  18. Intervenant 2

    Exactement. La date des éclipses, des occultations… Pour eux, les astres, c'était de simples points lumineux sur une voûte céleste à deux dimensions. La profondeur, la distance réelle, en kilomètres ou en unités de l'époque, ça n'avait pas d'importance pour prédire une date.

  19. Intervenant 1

    D'accord, c'est comme regarder un écran plat. Mais alors, qu'est-ce qui a changé la donne ?

  20. Intervenant 2

    Eh bien, les savants arabes ont été très influencés par des textes sanskrits qui venaient d'Inde et qui dataient du VIe siècle.

  21. Intervenant 1

    Ah ouais, carrément d'Inde.

  22. Intervenant 2

    Ouais. Et cette tradition indienne ne se contentait pas du camp. Elle voulait calculer la durée de ces événements cosmiques. Combien de temps allait durer une éclipse, par exemple ?

  23. Intervenant 1

    Et là, ça change tout. C'est l'analogie de la voiture, en fait.

  24. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  25. Intervenant 1

    Imagine une voiture qui s'approche de toi au loin. Plus elle est proche, plus elle te paraît grosse. Son diamètre apparent augmente.

  26. Intervenant 2

    Tout à fait.

  27. Intervenant 1

    Donc, si tu veux savoir combien de temps la planète Mars va mettre pour cacher une étoile qui est derrière elle, tu dois obligatoirement connaître sa vraie taille et sa distance exacte à un instant T. Sans la distance, tu ne peux pas calculer la durée.

  28. Intervenant 2

    C'est une super métaphore. Et c'est exactement ça. Changer la question que l'on pose. Passer de quand à combien de temps, ça force les savants à inventer de toutes nouvelles mathématiques. On passe d'une astronomie de position temporelle à une vraie physique des volumes et des distances.

  29. Intervenant 1

    Et c'est là que ça devient vraiment fascinant. Parce qu'ils n'avaient pas de télescopes spatiaux, pas de lasers. Comment est-ce qu'on mesure l'espace sans aucun outil moderne ?

  30. Intervenant 2

    C'est là qu'Aristote entre en jeu. La mesure ne venait pas d'un outil technologique, mais d'un concept philosophique fondamental de l'époque, l'impossibilité du vide.

  31. Intervenant 1

    L'horreur du vide, oui.

  32. Intervenant 2

    Aristote disait que le vide n'existe pas, que l'univers est plein à craquer.

  33. Intervenant 1

    Voilà.

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