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17 avr. 2020 · 24 min

Roulettes géométriques : comment une roue trace une courbe

Dans cet épisode, suivez du calque à la roue les étapes qui font naître une roulette, puis découvrez cycloïdes, trochoïdes et tracés inattendus.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Quel immense plaisir d'accueillir toutes celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour cette nouvelle plongée fascinante au cœur de nos sources du jour.

  2. Intervenant 2

    Bonjour, ravie d'être là pour cette belle exploration.

  3. Intervenant 1

    Alors aujourd'hui, on extrait les pépites de plusieurs dossiers mathématiques et d'articles d'ingénierie pour décortiquer un sujet qui franchement retourne complètement le cerveau. On va parler de géométrie dynamique.

  4. Intervenant 2

    C'est ça, la géométrie dynamique. Et c'est un terme qui peut faire un peu peur au début, mais vous allez voir, c'est passionnant.

  5. Intervenant 1

    Bah oui, parce que si l'on fixe une feuille de papier bien blanche sur une table, qu'on pose un papier calque par-dessus et qu'on fait glisser ce calque un peu au hasard avec sa main, on a vraiment l'impression de créer un mouvement totalement chaotique, non ?

  6. Intervenant 2

    Totalement. Et pourtant, la géométrie nous prouve que derrière ce geste d'une banalité absolue se cache une mécanique d'une rigueur implacable.

  7. Intervenant 1

    C'est fou ça !

  8. Intervenant 2

    Ce qui est vraiment captivant dans ces publications, c'est cette ambition d'extraire une beauté mathématique pure, à partir des gestes les plus quotidiens. Loin des figures un peu figées et immobiles des manuels scolaires, on s'attaque ici au mouvement à l'état pur.

  9. Intervenant 1

    Oui, le vrai mouvement de la vie de tous les jours quoi.

  10. Intervenant 2

    Exactement. C'est ce que les mathématiciens appellent poétiquement le mouvement plan sur plan. Et pour comprendre un peu les engrenages invisibles qui régissent notre monde, il suffit parfois de suivre la trace laissée par un simple point en mouvement.

  11. Intervenant 1

    Attendez, décortiquons un peu ça. On a notre feuille blanche qui représente notre plan fixe, notre univers immobile on va dire.

  12. Intervenant 2

    Voilà, c'est la base.

  13. Intervenant 1

    Et on a notre calque qui lui représente un plan mobile. Je peux pousser ce calque tout droit, je peux le faire pivoter sur lui-même, je peux le faire virevolter dans tous les sens de manière un peu saccadée. Intuitivement, on se dit qu'il n'y a aucune règle. Comment on peut trouver de la rigueur là-dedans ?

  14. Intervenant 2

    La clé, c'est de changer notre rapport au temps, en fait. Pour comprendre cette mécanique, il ne faut pas regarder le mouvement dans sa globalité. Il faut l'isoler, le saucissonner d'une certaine manière, en fractions infiniment petites.

  15. Intervenant 1

    Ok, on fige le temps, quoi.

  16. Intervenant 2

    C'est ça. Prenons le calque à un instant précis, disons l'instant t. Puis regardons-le un tout petit peu plus tard, à l'instant t'. Entre ces deux moments, le calque s'est déplacé. La géométrie nous dit que ce déplacement global, il ne peut être que de deux natures.

  17. Intervenant 1

    Seulement deux ?

  18. Intervenant 2

    Seulement deux. Soit c'est une simple translation rectiligne, soit c'est une rotation autour d'un point de pivot bien spécifique.

  19. Intervenant 1

    Attendez, je veux être sûr de bien suivre là. Si je pousse ma tasse de café tout droit sur la table, c'est une translation ?

  20. Intervenant 2

    Parfaitement.

  21. Intervenant 1

    Si je la fais tourner sur elle-même sans la déplacer, c'est une rotation autour de son centre. Mais si je fais les deux en même temps, genre si je la pousse de travers tout en la tournant pour attraper l'anse, il y a un pivot là-dedans.

  22. Intervenant 2

    Absolument. Et c'est vraiment là que réside le génie de la cinématique. Même ce mouvement combiné, un peu bizarre, peut être décrit comme une simple rotation autour d'un point de pivot extérieur à la tasse.

  23. Intervenant 1

    Ah ouais ?

  24. Intervenant 2

    Oui, ce point on le note I T T'. C'est le point fixe de ce déplacement très spécifique. Et là où la magie mathématique opère vraiment, c'est quand on rapproche ces deux instants.

  25. Intervenant 1

    Ok, on resserre l'étau.

  26. Intervenant 2

    Exactement ! Si l'on fait en sorte que l'instant T' se rapproche infiniment de l'instant T, un peu comme si on utilisait une caméra à ultra haute vitesse pour figer le présent, ce point de pivot devient ce qu'on appelle le centre instantané de rotation, ou plus simplement I2T.

  27. Intervenant 1

    C'est complètement fou quand on y pense. Ça veut dire qu'à chaque microseconde de mon mouvement un peu désordonné avec ma tasse de café, tout se passe comme si la tasse entière tournait autour d'un seul et unique point fixe, invisible, posé quelque part sur la table ?

  28. Intervenant 2

    C'est exactement

  29. Intervenant 1

    ça. Sauf que ce point change de place à la microseconde suivante, c'est ça ?

  30. Intervenant 2

    C'est la définition parfaite. Et cette succession de points invisibles, c'est le fondement même de notre exploration d'aujourd'hui.

  31. Intervenant 1

    D'accord.

  32. Intervenant 2

    Parce que si l'on s'amuse à tracer tous ces centres de rotation instantanés successifs sur la feuille blanche fixe, la table quoi, on va obtenir une ligne courbe continue. C'est ce que nos sources appellent la base.

  33. Intervenant 1

    OK, la base sur la table.

  34. Intervenant 2

    Mais attention, l'astuce de perspective est là. Si l'on trace aussi ces mêmes centres de rotation sur le papier calque qui lui bougent, on obtient une deuxième ligne courbe. Et ça, c'est ce qu'on appelle la roulante.

  35. Intervenant 1

    Donc, si je résume bien, on a une courbe qui vit sur la table immobile, ça c'est la balle, et on a une courbe qui vit sur le calque en mouvement, la roulante.

  36. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Et la propriété fondamentale, le cœur du mouvement plan sur plan, c'est que la courbe tracée sur le calque roule sans glisser sur la courbe tracée sur la feuille blanche.

  37. Intervenant 1

    Ah d'accord.

  38. Intervenant 2

    En des termes plus imagés, la base c'est la route et la roulante c'est la roue.

  39. Intervenant 1

    Rouler sans glisser, il faut vraiment que notre auditoire visualise ce concept. Parce que c'est pas comme un pneu de voiture qui dérape sur du verglas par exemple. C'est une adhérence parfaite.

  40. Intervenant 2

    Exactement, il n'y a aucun dérapage. Pour s'en convaincre, il suffit d'imaginer que cette roue et cette route, invisibles, sont bordées de microscopiques dents de rouage. Un peu comme à l'intérieur d'une montre mécanique très complexe, vous voyez ?

  41. Intervenant 1

    Ouais, des tout petits engrenages.

  42. Intervenant 2

    Voilà, les dents de la roulante s'engrainent une à une dans les dents de la base, avec une précision absolue, sans jamais sauter le moindre cran.

  43. Intervenant 1

    Ce qui nous amène à ce terme magnifiquement poétique utilisé dans les articles, la roulette.

  44. Intervenant 2

    La fameuse roulette, oui.

  45. Intervenant 1

    Parce que, plus qu'on a une roue qui avance sur une route, si l'on prend un point quelconque accroché à cette roue, par exemple un point dessiné au feutre rouge sur notre papier calque, la trace globale que ce point va laisser sur la table, ça s'appelle une roulette.

  46. Intervenant 2

    C'est le terme officiel, oui. Et la mécanique de ces roulettes obéit à un théorème d'une perfection absolue, un vrai incontournable de la géométrie, qu'on appelle la normale de Charles.

  47. Intervenant 1

    La normale de Charles. J'adore quand les mathématiciens donnent des noms aussi grandioses à des concepts géométriques. Alors, qu'est-ce que ce fameux théorème de Charles nous révèle sur le comportement de nos petits points traceurs ?

  48. Intervenant 2

    Il nous révèle la loi cachée derrière la trajectoire en fait. Reprenons notre point traceur, disons qu'on l'appelle M. Pendant que le calque bouge, ce point M dessine une roulette sur la table. Ok. Le théorème de Chasles stipule que la direction vers laquelle le point se dirige à l'instant t, ce qu'on appelle la tangente à sa trajectoire, est toujours strictement perpendiculaire à la droite invisible qui relie ce point M au centre instantané de rotation dont on parlait tout à l'heure.

  49. Intervenant 1

    Oula, attendez, laissez-moi décortiquer le pourquoi de cette perpendiculaire parce que sinon ça ressemble juste à une règle un peu arbitraire tombée du ciel.

  50. Intervenant 2

    Allez-y, je vous

  51. Intervenant 1

    écoute. Si je comprends bien ce qu'on a dit avant, à cet instant T ultra précis, tout le calque tourne autour de ce fameux centre instantané de rotation.

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