
15 mai 2023 · 7 min
GPS : que signifie le cercle autour du point bleu ?
Dans ce podcast, suivez pas à pas la position affichée, son incertitude et le sens du cercle autour du point bleu, associé classiquement à une probabilité de 68 %.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, imaginez une seconde la scène. Vous marchez dans la rue, les yeux rivés sur votre téléphone.
Intervenant 2
Ouais, un grand classique.
Intervenant 1
Voilà. Et l'écran vous indique fièrement un petit point bleu sur le trottoir. Donc vous vous sentez parfaitement repéré, localisé, en sécurité. Sauf que pour les satérites qui vous observent depuis l'espace, il y a mathématiquement près d'une chance sur trois que vous soyez en réalité au beau milieu de la route.
Intervenant 2
Sous un camion ?
Intervenant 1
C'est ça, sous les roues d'un camion.
Intervenant 2
C'est vraiment l'illusion parfaite du confort numérique, ça. On aime croire intuitivement que notre position GPS, c'est une donnée absolue, indiscutable et fixe.
Intervenant 1
Et pour casser cette illusion, on plonge aujourd'hui dans une passionnante série de dossiers tirés de nos sources pour comprendre comment on calcule réellement notre position.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
L'objectif, c'est de décrypter la rigueur mathématique qui gère cette incertitude géographique. Et on va retracer le fil depuis les premiers navigateurs jusqu'aux algorithmes qu'on a dans nos poches.
Intervenant 2
Oui, parce que l'histoire de cette quête de la précision, elle commence vraiment sur l'océan au 17ème siècle. La navigation, elle a basculé dans une nouvelle ère avec le perfectionnement de l'horlogerie et l'invention du sextant.
Intervenant 1
Ah, le fameux sextant.
Intervenant 2
Voilà. Le principe reposait sur une mécanique implacable. Puisque la Terre tourne sur elle-même à une vitesse constante, mesurer l'angle du Soleil à une heure extrêmement précise, ça permettait enfin aux marins de déduire leur longitude.
Intervenant 1
Donc la mécanique céleste servait littéralement de carte géométrique en fait.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Mais ce qui frappe dans les documents d'époque, c'est la violence des enjeux. On parle de navires marchands qui naviguent dans le brouillard, près de côtes rocheuses, et la marge d'erreur, elle était impitoyable.
Intervenant 2
Ah, la géométrie du globe, elle ne pardonne pas. Une erreur de lecture d'une seule minute d'angle sur l'instrument, ça correspond directement à une erreur d'un mille nautiques sur la carte.
Intervenant 1
Ce qui fait 1852 mètres, je crois.
Intervenant 2
Exactement. Et pire encore, si c'est la montre du capitaine qui prend du retard, ne serait-ce que d'une seule minute de temps, l'impact est massif à cause de la rotation terrestre.
Intervenant 1
Ah oui, forcément.
Intervenant 2
À l'équateur, un décalage d'une minute sur l'horloge, ça vous projette mathématiquement à près de 28 km de l'endroit où vous pensez être.
Intervenant 1
Des récifs qu'on pensait lointains.
Intervenant 2
Et
Intervenant 1
oui. Donc, cette terreur de l'erreur nous a logiquement conduit, des siècles plus tard, à créer le GPS ?
Intervenant 2
Un système de satellite censé régler définitivement ce cauchemar.
Intervenant 1
Sauf que le signal qui arrive sur notre smartphone a aujourd'hui une précision moyenne d'un
Intervenant 2
mètre.
Intervenant 1
Alors un mètre pour trouver la porte d'un café dans une rue piétonne, c'est royal.
Intervenant 2
Ouais, c'est sûr.
Intervenant 1
Mais les systèmes, il atteint très vite ses limites dès qu'on entre dans des applications critiques. On ne peut pas guider un avion en phase d'approche dans la brume ou calculer la trajectoire d'une voiture autonome à 130 km heure avec un mètre de flou. Je vois le problème. Mais comment on explique ce maître de décalage en fait ? Les satellites, ils envoient un signal direct, non ?
Intervenant 2
Eh bien, le signal traverse d'abord notre atmosphère qui va subtilement ralentir sa course.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et ensuite, il rebondit sur les façades des immeubles dans les villes, ce qui crée des échos trompeurs.
Intervenant 1
Donc ça brouille la piste.
Intervenant 2
Voilà. Et ajoutez à cela les infimes micro-désynchronisations des horloges internes des puces de réception, au final, le calcul de la position est intrinsèquement bruité. Et c'est là que les mathématiques interviennent pour sauver la mise, en appliquant la loi gaussienne.
Intervenant 1
Attendez, la loi gaussienne, c'est la fameuse courbe en cloche des statistiques qu'on voit au lycée, ça ?
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Vous voulez dire que mon téléphone, il ne calcule pas mon emplacement exact, mais il dessine une probabilité sur ma carte ?
Intervenant 2
C'est exactement ça. Puisqu'il est impossible d'obtenir une vérité pure, la seule solution, c'est de modéliser l'erreur. L'algorithme ne sort pas un point absolu. Il génère ce qu'on appelle en statistique une erreur circulaire probable, le CEP.
Intervenant 1
Si j'essaye de visualiser ça, c'est un peu comme jouer aux fléchettes. Le point calculé par les satellites, c'est la cible au mur. Mais à cause de l'atmosphère et des rebonds sur les immeubles dont vous parliez, les fléchettes s'éparpillent autour du centre. Et l'algorithme va alors tracer un cercle qui englobe le regroupement de la majorité des impacts, c'est ça ?
Intervenant 2
La métaphore illustre parfaitement la mécanique. Et la règle statistique, elle est simple. Plus vous élargissez le rayon de ce cercle autour du point d'impact central, plus la probabilité que votre vraie position physique s'y trouve augmente.
Intervenant 1
Ah mais ce qui nous amène à la révélation fascinante de ces documents et directement à l'interface de nos téléphones en fait. Oui ! Quand je lance mon application de cartographie, autour du point bleu central, ici systématiquement, ce halo, un cercle bleu ciel un peu transparent. Ouais. Et j'ai toujours cru que c'était un simple choix esthétique des designers pour rendre la carte plus lisible moi.
Intervenant 2
Eh bien non. L'interface affiche l'erreur circulaire probable en temps réel.
Intervenant 1
C'est fou !
Intervenant 2
La convention établie par les ingénieurs, c'est de tracer ce cercle spécifique pour représenter un écart-type, ce qui correspond classiquement à une probabilité de 68% de s'y trouver.
Intervenant 1
Donc on est passé de l'angoisse du marin qui essaie de lire son sextant dans la tempête à la gestion d'un halo de probabilités bien au chaud dans nos poches.
Intervenant 2
Ouais, c'est ça.
Intervenant 1
La technologie, elle n'a pas détruit l'incertitude, elle l'a simplement encerclée avec des mathématiques.
Intervenant 2
C'est joliment dit. L'incertitude, ça reste la nature même de la mesure dans un monde physique chaotique. On a juste appris à calculer l'étendue de notre propre doute avec une rigueur absolue.
Intervenant 1
Ce qui donne une saveur très particulière au pourcentage du coup.
Intervenant 2
Comment ça explique ?
Intervenant 1
Si ce cercle bleu clair représente 68% de certitude, ça implique mécaniquement qu'il reste 32% de l'autre côté.
Intervenant 2
Ah oui, les 32% de chances de se trouver physiquement dans la vraie vie, complètement en dehors de ce halo dessiné sur l'écran.
Intervenant 1
Une chance sur trois d'être ailleurs que là où le système croit que l'on est avec certitude.
Intervenant 2
Ça fait relativiser, hein ?
Intervenant 1
Oui, et ça ouvre une réflexion troublante qui dépasse même la technologie.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
Des chercheurs en neurosciences alertent aujourd'hui sur un phénomène nouveau. En délégant aveuglément notre sens de l'orientation à ce halo de probabilité, nous atrophions physiquement notre hippocampe, la zone du cerveau qui est responsable de notre propre mémoire spatiale. Oh,
Intervenant 2
waouh ! Donc on perd notre boussole interne, en fait ?
Intervenant 1
C'est ça. À force de regarder une loi gaussienne sur un écran plutôt que les rues autour de nous, c'est notre GPS biologique interne que nous sommes doucement en train
Intervenant 2
d'effacer.
Intervenant 1
De quoi lever les yeux de la carte lors de votre prochaine balade du coup.
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