
16 janv. 2017 · 18 min
Formule d’Euler : une équation simple mise à l’épreuve
Dans ce podcast, suivez l’histoire de S + F = A + 2, la relation entre sommets, faces et arêtes, de Descartes aux conditions précisées par Poincaré.
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Intervenant 1
Imaginons la Seine. On est en 1653, un navire remonte péniblement la Seine. Il est chargé de marchandises et soudain, c'est le drame.
Intervenant 2
Ouais, il fait carrément naufrage près de Rouen.
Intervenant 1
Exactement. Et dans ses cales, il y a une casse en bois, une caisse trempée de boue qui contient un secret mathématique inestimable.
Intervenant 2
Un secret qui va mettre plus d'un siècle à refaire surface en fait.
Intervenant 1
Et c'est de ça qu'on va parler. Alors bienvenue dans The Deep Dive, le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie de lancer cette nouvelle exploration approfondie avec toi.
Intervenant 2
Salut Evelyne. Aujourd'hui, notre analyse se base sur un article vraiment fascinant. Il s'intitule « À la poursuite de la formule de l'heure ».
Intervenant 1
C'est ça. L'objectif de notre plongée, ça va être de comprendre une équation qui est tellement pure que beaucoup la considèrent comme la plus belle de toutes.
Intervenant 2
Rien que
Intervenant 1
ça. Oui, oui. Une relation qui s'écrit tout simplement somme S plus face égale arête plus 2. Ou pour aller plus vite, S plus F égale A plus 2.
Intervenant 2
Et c'est un point de départ extraordinaire pour une exploration géométrique. La beauté de cette formule, c'est sa simplicité en fait. Elle est presque désarmante.
Intervenant 1
Complètement.
Intervenant 2
Mais au-delà de l'équation elle-même, ce qui est véritablement captivant, c'est sa trajectoire historique. On va parler d'un parcours chaotique, de manuscrits perdus, de débats enflammés. Et
Intervenant 1
même de monstres.
Intervenant 2
C'est le mot. Des monstres mathématiques qui sont venus bousculer les certitudes des esprits les plus brillants de l'époque.
Intervenant 1
Bon, décortiquons un peu tout ça. La mission de cette exploration, c'est de comprendre comment une équation qui ressemble vraiment à une addition de niveau primaire a pu devenir un pont magique entre l'arithmétique et la géométrie complexe.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Pour donner une image tout de suite, cette formule, c'est une sorte de code de triche universel, un passe-partout pour déchiffrer l'architecture secrète de toutes les formes en 3D.
Intervenant 2
Avant de s'emballer, je pense qu'il faut être précis sur nos définitions. Quand on parle de ces formes, de ces fameux polyèdres, de quoi il s'agit exactement à ce stade de l'histoire ?
Intervenant 1
Ah oui, c'est vrai qu'il faut clarifier ça. Historiquement, un polyèdre s'est défini de manière assez intuitive comme un objet géométrique solide, en trois dimensions, dont la surface est composée uniquement de faces planes, des polygones.
Intervenant 2
Donc on pense à un dé à jouets classique, une pyramide égyptienne, ou même un diamant taillé.
Intervenant 1
Voilà. Des faces plates, des arêtes bien droites qui délimitent ces faces, et des sommets, les pointes où ces arêtes se rencontrent.
Intervenant 2
D'accord. Faces, arêtes, sommets. Et la formule de l'air nous dit que, peu importe la forme de cet objet, ces trois éléments sont toujours liés par la règle S plus F égale A plus 2.
Intervenant 1
C'est exactement ça. Prenons l'exemple le plus basique, le cube.
Intervenant 2
Ok, le
Intervenant 1
cube. Il possède 8 sommets et 6 faces. 8 plus 6, ça fait 14. Et de l'autre côté, il compte 12 arêtes. 12 plus 2, ça fait aussi 14.
Intervenant 2
L'équilibre est parfait, oui.
Intervenant 1
Et là où ça devient vertigineux, c'est que cette relation s'applique à des polyèdres réguliers beaucoup plus complexes. Des objets à 20 faces, à 12 faces, même avec des arêtes asymétriques, la relation globale reste fixe.
Intervenant 2
Mais justement, si cette loi est si universelle, si fondamentale, comment les pionniers de l'astronomie ou de la géométrie ont pu passer à côté ?
Intervenant 1
Bonne question.
Intervenant 2
Je pense à un gars comme Johannes Kepler au début du XVIIe siècle. Le scientifique était obsédé par la géométrie, la numérologie.
Intervenant 1
Ah oui, lui, il a littéralement passé une partie de sa vie à imbriquer des polyèdres les uns dans les autres pour expliquer le système solaire.
Intervenant 2
Ouais. Comment il a pu rater une addition aussi basique ?
Intervenant 1
Ça semble paradoxal, c'est vrai. Dans son ouvrage Mysterium Cosmographicum, Kepler tentait de prouver que les orbites des planètes s'inscrivaient dans les cinq solides de Platon.
Intervenant 2
Les fameux polyèdres parfaitement réculiers.
Intervenant 1
Exactement. Ils baignaient dans cette géométrie. Mais la réponse à cet aveuglement, elle se trouve dans sa volonté d'aller toujours plus loin. Il s'est mis à étudier des formes qu'on appelle aujourd'hui les oursins de Kepler.
Intervenant 2
Attends, des oursins ? Visuellement, ça ressemble à quoi ?
Intervenant 1
Il faut se représenter des polyèdres étoilés. Imagine une étoile en volume, en 3D, avec de longues pointes qui s'entrecroisent de manière hyper agressive.
Intervenant 2
Ouais, je vois le genre.
Intervenant 1
Et des faces qui se coupent les unes les autres pour rentrer vers le centre de la figure. Sauf que le problème majeur, c'est que ces structures très complexes ne respectent pas du tout la règle de S plus F égale A plus 2.
Intervenant 2
Ah bah forcément. En cherchant la complexité absolue pour expliquer l'univers, Kepler s'est éloigné des formes plus sages, quoi. Celles qui lui auraient permis d'isoler cette vérité fondamentale.
Intervenant 1
Exactement. Il cherchait des réponses dans les étoiles mathématiques et il a raté l'équation de base. C'est fou.
Intervenant 2
Mais du coup, si ce n'est pas Kepler, il a bien fallu quelqu'un mettre le doigt dessus un jour. C'est arrivé quand, cette étincelle ?
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