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23 mars 2020 · 20 min

Stats du foot : le score suffit-il à juger un match ?

Du pronostic d’avant-match à la qualité de chaque tir, cet épisode enquête avec Elo et les buts espérés sur ce qu’un score révèle vraiment.

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  1. Intervenant 1

    Salut à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va faire un petit bond dans le temps.

  2. Intervenant 2

    Un bond dans le temps, carrément ? Vers quelle époque du coup ?

  3. Intervenant 1

    Oh, pas si loin en fait. On remonte au 2 décembre 2018. C'est une froide soirée d'hiver et on en est à la 15e journée du championnat de France de Ligue 1 de football.

  4. Intervenant 2

    Ah, je vois très bien, le fameux match.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Les Girondins de Bordeaux, qui ont une équipe plutôt solide mais un peu en galère cette saison-là, reçoivent sur leur pelouse un titan absolu, le Paris Saint-Germain. Et là, le contexte est ultra important pour bien comprendre la suite.

  6. Intervenant 2

    Oui, parce qu'à ce moment précis, le PSG écrase vraiment tout sur son passage.

  7. Intervenant 1

    C'est ça. Ils sont invaincus en championnat, ils empilent les victoires avec une facilité déconcertante. Absolument tous les modèles statistiques, les analystes, tous les parieurs les donnent grandissime favoris pour ce match. La victoire parisienne, c'est censé être une simple formalité mathématique.

  8. Intervenant 2

    Sauf que ça ne se passe pas vraiment comme prévu sur le terrain.

  9. Intervenant 1

    Mais pas du tout. Coup de sifflet final, deux buts partout. C'est le tout premier accroc de la saison pour Paris. Mais le plus fou, c'est ce qui se passe dans les jours qui suivent.

  10. Intervenant 2

    Sur les réseaux sociaux, j'imagine ?

  11. Intervenant 1

    Ouais, sur les forums, un peu partout. Les amateurs assidus, ceux qui ont vraiment décortiqué la rencontre minute par minute, inondent les discussions avec une conviction inébranlable. Ils répètent en boucle que le PSG, je cite, aurait dû gagner ce match.

  12. Intervenant 2

    Et c'est exactement cette expression, ce fameux « aurait dû gagner » qui va être le cœur de notre exploration aujourd'hui. Parce que c'est une affirmation super paradoxale.

  13. Intervenant 1

    Ben oui, totalement. C'est un peu le ressenti contre le tableau d'affichage, non ?

  14. Intervenant 2

    C'est ça. Ça confronte la réalité froide et un peu brutale du score, un match nul incontestable, à une perception intuitive presque viscérale qu'une des équipes dominait. Et la mission de notre analyse d'aujourd'hui, en plongeant dans nos sources, c'est d'examiner comment les mathématiques tentent de dompter cette bête sauvage qu'est le hasard dans le sport.

  15. Intervenant 1

    Donc on va essayer de savoir si on peut vraiment prouver, de façon rationnelle et avec des chiffres, qu'une équipe méritait la victoire malgré le score final.

  16. Intervenant 2

    Absolument. Et pour résoudre ce mystère du match de Bordeaux, il va falloir déconstruire les méthodes de prédiction, depuis leurs origines historiques jusqu'aux algorithmes qui tournent en ce moment même dans les serveurs des plus grands clubs du monde.

  17. Intervenant 1

    Génial ! Bon, commençons par le commencement. Avant même le coup d'envoi, pourquoi la planète entière donnait le PSG gagnant de façon si catégorique ?

  18. Intervenant 2

    Pour comprendre ça, nos documents nous ramènent à la méthode de pronostic mathématique la plus célèbre au monde. Et le plus fou, c'est qu'elle n'a absolument rien à voir avec un ballon de foot.

  19. Intervenant 1

    Ah bon ? Ça vient d'où alors ?

  20. Intervenant 2

    Ça nous vient de l'année 1960, dans l'univers très silencieux et feutré des tournois d'échecs.

  21. Intervenant 1

    Des échecs ? D'accord, je ne m'y attendais pas du tout.

  22. Intervenant 2

    Eh bien oui, figurez-vous qu'avant 60, l'histoire des classements aux échecs, c'était une véritable jungle statistique. Oui, les organisateurs de tournois géraient ça de manière presque artisanale. C'était subjectif, bourré de défauts et souvent contesté par les joueurs.

  23. Intervenant 1

    Donc il y avait plein de disputes, j'imagine ?

  24. Intervenant 2

    Énormément. La Fédération américaine des échecs a donc appelé à la rescousse un certain Harpad Imre Helo. C'était un scientifique, un professeur de physique, mais aussi un maître d'échecs.

  25. Intervenant 1

    Et qu'est-ce qu'il a fait de si révolutionnaire ce monsieur Hélo ?

  26. Intervenant 2

    Son approche a été de traiter la performance humaine non pas comme une certitude, mais comme une variable aléatoire qui suit une distribution mathématique normale.

  27. Intervenant 1

    Ah, la fameuse courbe en cloche de Gauss ?

  28. Intervenant 2

    Exactement. Le système qu'il a inventé et qui porte son nom aujourd'hui, le classement Hélo, permet non seulement de classer les joueurs, mais surtout de calculer la probabilité mathématique exacte d'une victoire, et ce, avant même que la partie ne commence.

  29. Intervenant 1

    Juste en comparant les scores des deux adversaires. C'est surpuissant, mais attendez, je vois un problème fondamental là-dedans.

  30. Intervenant 2

    Lequel ? Allez-y.

  31. Intervenant 1

    Les échecs, bon, c'est un jeu en 1 contre 1 sur un plateau fermé où le hasard n'existe pratiquement pas. Les deux joueurs ont la même information.

  32. Intervenant 2

    C'est vrai, l'environnement est parfaitement contrôlé.

  33. Intervenant 1

    Alors que le foot, c'est 11 joueurs contre 11 sur une pelouse qui peut être complètement abîmée. Il y a du vent, un arbitre qui peut se tromper, un ballon qui rebondit sur un poteau. Comment une formule conçue pour un échiquier peut prétendre modéliser le chaos d'un terrain de foot ?

  34. Intervenant 2

    C'est une excellente remarque. Et la réponse est fascinante. Parce que la force de l'équation d'Arpadello réside précisément dans son abstraction. L'algorithme s'en fiche complètement de la météo ou des erreurs d'arbitrage.

  35. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  36. Intervenant 2

    Il ignore le chaos. Tous ces éléments chaotiques s'équilibrent, tout simplement, et que la véritable force d'une équipe finit toujours par émerger mathématiquement de ses résultats passés.

  37. Intervenant 1

    D'accord, je vois

  38. Intervenant 2

    l'idée. Pour comprendre comment la formule absorbe tout ça, il faut regarder sa mécanique interne. L'équation centrale calcule la différence absolue entre le résultat réel, qu'on note O pour observer, et l'issue espérée, notée E, qui est la fameuse probabilité de victoire d'avant match. Et

  39. Intervenant 1

    ensuite, on fait quoi avec cette différence ?

  40. Intervenant 2

    On la multiplie par une variable d'ajustement qu'on appelle la constante K.

  41. Intervenant 1

    Bon, rendons ça un peu plus concret pour qu'on puisse bien visualiser. Imaginons un tournoi d'échecs.

  42. Intervenant 2

    Je vous en prie.

  43. Intervenant 1

    On a un joueur amateur avec, disons, un tout petit classement Elo de 1200 points. Il affronte un grand maître international à 2800 points.

  44. Intervenant 2

    Le grand maître est donc l'immense favori.

  45. Intervenant 1

    Voilà. Avant le match, la formule ELO calcule que le grand maître a, par exemple, 99% de chances de gagner. Son issue espérée, E, c'est donc 0,99. L'amateur, lui, est à 0,01.

  46. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça.

  47. Intervenant 1

    Si le grand maître gagne, ce qui est hyper logique, son résultat réel O vaut 1. On fait la différence, 1-0,99, ça fait 0,01.

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