
9 juil. 2019 · 23 min
Espace de Minkowski : une distance nulle entre deux événements ?
Dans cet épisode audio, suivez l’ajout du temps, le changement de signe qui redéfinit la distance, puis les intervalles entre événements.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente pour une toute nouvelle exploration aujourd'hui. Et pour commencer, j'aimerais qu'on fasse un petit effort d'imagination.
Intervenant 2
Ah, on commence fort.
Intervenant 1
Oui, on commence très fort. Imaginons un instant un voyageur. Un voyageur pour qui le temps ne s'écoule jamais.
Intervenant 2
Jamais du
Intervenant 1
tout. Jamais. Depuis sa naissance jusqu'à la toute fin de l'univers, son existence entière tient, en une seule milliseconde, totalement figée. Et ça, peu importe la distance qu'il parcourt dans l'espace.
Intervenant 2
Ce qui défie complètement notre bon sens habituel, il faut bien l'avouer.
Intervenant 1
Totalement. Sauf que ce voyageur, il existe bel et bien. C'est le grain de lumière, le fameux photon. Et la mission de notre analyse d'aujourd'hui, qui est basée sur un article fascinant intitulé « L'espace de Minkowski », c'est justement de comprendre par quel miracle conceptuel les mathématiques et la géométrie arrivent à cartographier ce genre de réalité.
Intervenant 2
C'est un sacré défi.
Intervenant 1
C'est ça. Parce qu'on a souvent l'impression que la géométrie, c'est ce qu'il y a de plus concret au monde. Un compas, une règle, des angles qu'on mesure sur une bête feuille de papier.
Intervenant 2
Absolument, c'est notre côté très scolaire de la géométrie.
Intervenant 1
Mais quand on pénètre sur le territoire de la relativité restreinte d'Einstein, on se rend vite compte que ces vieux outils se brisent complètement.
Intervenant 2
Bah ouais, et il faut bien mesurer à quel point le choc a été rude pour la physique. Parce que pendant des siècles, le monde scientifique s'est reposé sur un duo extrêmement solide, genre vraiment intouchable.
Intervenant 1
La géométrie d'Euclide et la physique de
Intervenant 2
Newton. Exactement. La géométrie d'Euclide pour l'espace et la mécanique de Newton pour le mouvement. Et ces outils fonctionnaient tellement bien qu'ils semblaient indépassables. C'est avec ça qu'on comprenait la trajectoire d'une pomme qui tombe, qu'on construisait des ponts monumentaux, qu'on prédisait les éclipses.
Intervenant 1
Ça marchait pour tout, quoi.
Intervenant 2
Ça marchait pour tout, notre quotidien. Et dans ce cadre de pensée classique, l'espace est perçu comme une gigantesque scène de théâtre parfaitement rigide. Et le temps, lui, c'est une immense horloge universelle.
Intervenant 1
Une horloge qui tourne pour tout le monde pareil.
Intervenant 2
C'est ça, une horloge qui tic-tac exactement au même rythme pour tout le monde, partout dans l'univers de manière implacable. Mais bon, la théorie de la relativité est venue détruire ce théâtre. Cette bonne vieille géométrie spatiale ne suffisait plus du tout. Il fallait forger une structure mathématique radicalement différente.
Intervenant 1
Une structure capable de fusionner l'espace et le temps en un seul tissu.
Intervenant 2
Voilà le fameux espace-temps.
Intervenant 1
Sauf qu'avant d'entrer dans ce fameux espace de Minkowski, je pense qu'il faut d'abord comprendre pourquoi cette horloge universelle s'est enrayée.
Intervenant 2
Ouais, c'est la
Intervenant 1
base. Et pour saisir d'où vient ce besoin de fusionner l'espace et le temps, faisons un saut en arrière. Parce que curieusement, la genèse de la relativité ne commence pas avec Einstein, au début du XXe siècle, mais avec Galilée genre 300 ans plus tôt.
Intervenant 2
C'est vrai qu'on l'oublie souvent, mais la relativité galiléenne, c'est vraiment la pierre angulaire de tout ce qui va suivre.
Intervenant 1
Avec son histoire de bateau.
Intervenant 2
Exactement. Galilée pose un principe d'une profondeur vertigineuse à travers une simple expérience de pensée. Il imagine un grand navire avançant sur une mer d'huile sans la moindre secousse.
Intervenant 1
Donc un mouvement parfaitement
Intervenant 2
fluide. Fluide et constant, oui. Et dans la cale de ce navire, des observateurs enfermés regardent des mouches voler et des gouttes d'eau tomber. Galilée affirme que rien, mais alors absolument aucune expérience mécanique réalisée à l'intérieur de cette cale ne permettra aux observateurs de savoir s'ils sont immobiles à quai ou s'ils naviguent à vitesse constante.
Intervenant 1
C'est fou quand on y pense. Si on transpose ça de nos jours pour notre auditoire, c'est comme être dans un train lancé à très grande vitesse.
Intervenant 2
Ouais, un TGV parfait quoi !
Intervenant 1
C'est ça ! Sans aucun freinage, ni vibrations, les rideaux bien fermés, le café dans la tasse reste parfaitement plat, le repos absolu est en fait impossible à distinguer d'un mouvement rectiligne uniforme.
Intervenant 2
Et la conclusion physique de ça, elle est énorme. Ça veut dire qu'il n'existe aucun repère absolu dans l'univers d'un point de vue mécanique.
Intervenant 1
Donc le passager du train a le droit de dire qu'il est immobile et que c'est le quai de la gare avec les arbres et les vaches qui défilent à 300 km heure autour de lui.
Intervenant 2
Mathématiquement et physiquement, il a totalement raison. Le tout est relatif à l'observateur. C'est un triomphe de la logique.
Intervenant 1
Mais par qu'il y a un grand mais, des siècles plus tard, un problème colossal surgit.
Intervenant 2
Asa Maxwell est passé par là.
Intervenant 1
Oui, avec ses équations de l'électromagnétisme qui décrivent la lumière. Et Einstein réalise un truc fondamental. Ce principe de relativité, il ne doit pas se limiter à la chute des corps ou au mouvement des trains.
Intervenant 2
Il doit s'appliquer à la lumière elle-même.
Intervenant 1
Exactement. Si le repos et le mouvement continu sont indiscernables, alors la vitesse de la lumière doit rester strictement la même, peu importe la vitesse à laquelle se déplace la personne qui l'allume ou la personne qui la regarde.
Intervenant 2
Et c'est là que ça coince.
Intervenant 1
Attends, décortiquons un peu ça. Enfin, je veux dire décortiquons tout ça parce que c'est là que l'intuition humaine commence à crier au scandale absolu.
Intervenant 2
C'est vrai que c'est perturbant.
Intervenant 1
Prenons une situation de tous les jours.
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