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18 nov. 2022 · 24 min

Courbure : Newton et Leibniz, deux chemins opposés

Dans cet épisode, partez d’un virage, puis suivez les angles de Leibniz et le mouvement de Newton jusqu’à leur mesure commune de la courbure.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à toutes et à tous, je suis super ravie de retrouver notre audience aujourd'hui pour une nouvelle discussion.

  2. Intervenant 2

    Salut Évre ! Et je peux déjà annoncer qu'on a un programme particulièrement passionnant aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Ah ça, carrément ! Alors pour lancer cette exploration, il faut qu'on imagine une grande salle, une salle de conférences bondée de lycéens hyper attentifs. Et sur l'estrade, il y a un homme qui arpente la scène.

  4. Intervenant 2

    Ouais, je vois très bien de qui tu parles.

  5. Intervenant 1

    C'est le célèbre mathématicien et médaillé Fields, Cédric Villani. Il est là pour leur parler de science et dès les toutes premières minutes, bam, il aborde de front la question fondamentale.

  6. Intervenant 2

    La question fatidique même !

  7. Intervenant 1

    Exactement. Celle qui a traversé l'esprit de tous ceux qui se sont un jour assis face à un tableau noir rempli d'équations. Au fond, à quoi ça sert les mathématiques ?

  8. Intervenant 2

    Et la réponse qu'il apporte à cette jeunesse, elle bouscule pas mal d'idées reçues en fait.

  9. Intervenant 1

    Ah bah c'est pas peu de dire !

  10. Intervenant 2

    Il avance l'idée que la science mathématique n'a absolument rien de naturel. C'est pas du tout une vérité préexistante qu'on ramasserait comme un joli caillot sur le bord d'un chemin.

  11. Intervenant 1

    Oui, il dit que c'est un outil.

  12. Intervenant 2

    C'est ça, un outil d'une puissance phénoménale, un truc entièrement inventé, forgé et affûté par l'esprit humain au fil des siècles.

  13. Intervenant 1

    Et son but, c'est de décrire le monde hyper complexe qui nous entoure, de le décoder pour le comprendre et surtout de nous donner les moyens d'agir sur lui.

  14. Intervenant 2

    Voilà, les mathématiques vues comme une sorte de technologie de la pensée.

  15. Intervenant 1

    Avec ses propres règles de logique, ses mécanismes internes et même une certaine esthétique. Et en fait, c'est le point de départ idéal pour notre analyse d'aujourd'hui.

  16. Intervenant 2

    Tout à fait, parce que si on accepte que les maths sont un outil forgé pour résoudre des problèmes, il faut se pencher sur les problèmes en question.

  17. Intervenant 1

    C'est clair. Les grandes théories, elles ne surgissent pas du vide par magie. Elles naissent toujours d'une urgence ou d'un obstacle concret sur lequel les penseurs butent.

  18. Intervenant 2

    Et les documents qu'on décortique aujourd'hui se penchent justement sur un de ces obstacles majeurs. En apparence, c'est un tout petit problème de géométrie.

  19. Intervenant 1

    Mais la tentative de le résoudre a nécessité rien de moins que l'invention de l'analyse mathématique moderne. Rien que ça.

  20. Intervenant 2

    C'est fou quand on y pense. Il s'agit du concept de la tangente à une courbe. D'accord. Et la question précise, celle qui a vraiment tenu en échec les plus brillants cerveaux pendant des années, c'est de savoir comment une courbe plane et régulière s'écarte de sa tangente au voisinage immédiat du point de contact.

  21. Intervenant 1

    Ça peut sembler hyper abstrait, présenté comme ça.

  22. Intervenant 2

    Oui, mais à l'époque de la révolution scientifique, au XVIIe siècle, c'était vraiment une question de vie ou de mort pour le progrès de la physique, de l'astronomie ou de la navigation.

  23. Intervenant 1

    Bah oui, il fallait absolument comprendre les trajectoires des boulettes canon, les orbites des planètes, les mouvements non minières

  24. Intervenant 2

    quoi. Exactement. Et c'est là que l'histoire devient fascinante.

  25. Intervenant 1

    Oh que oui ! Parce que pour répondre à cette question d'apparence toute bête, on va assister à un affrontement intellectuel monumental, un vrai duel.

  26. Intervenant 2

    Ah, un combat de titans. Deux des plus grands génies de l'histoire des sciences.

  27. Intervenant 1

    Isaac Newton d'un côté et Gottfried Wilhelm Leibniz de l'autre.

  28. Intervenant 2

    Rien que ça.

  29. Intervenant 1

    Ils vont s'attaquer exactement au même problème géométrique, mais en déployant deux philosophies de l'infini radicalement opposées. Mais bon, avant de plonger dans ce gouffre conceptuel, on va essayer de visualiser la situation de départ pour que ce soit clair pour tout le monde.

  30. Intervenant 2

    C'est une bonne idée.

  31. Intervenant 1

    Qu'est-ce qu'on cherche à mesurer exactement avec cette histoire de déviation ?

  32. Intervenant 2

    Alors, prenons l'image la plus classique. On trace une courbe bien lisse sur une feuille de papier. On va l'appeler la courbe C.

  33. Intervenant 1

    Ok, j'imagine la

  34. Intervenant 2

    ligne. Dessus, on choisit un point spécifique. On l'appelle le point P. La tangente, c'est simplement la ligne droite qui vient effleurer la courbe à cet endroit ultra précis.

  35. Intervenant 1

    Donc au microscope, juste autour de ce point P, la droite et la courbe ont l'air de se confondre. Elles sont comme collées.

  36. Intervenant 2

    Complètement collées. Mais inévitablement, dès qu'on s'éloigne un tout petit peu, un millimètre après ce point de contact, la courbe commence à s'écarter de la ligne droite. Elle commence à se courber.

  37. Intervenant 1

    À moins, bien sûr, que notre courbe de départ soit déjà une ligne droite.

  38. Intervenant 2

    Ah bah là, oui. Dans ce cas, la question ne se pose pas, il n'y a aucun écart.

  39. Intervenant 1

    Mais pour toute autre forme, il y a inévitablement une séparation. Et toute la question est de savoir à quel rythme ou avec quelle intensité cette séparation se produit.

  40. Intervenant 2

    Voilà, c'est ça la courbure.

  41. Intervenant 1

    D'ailleurs, les textes qu'on a lus proposent une analogie que je trouve super parlante pour ancrer ça dans notre réalité quotidienne.

  42. Intervenant 2

    L'analogie de la voiture ?

  43. Intervenant 1

    Oui. Au lieu d'une ligne sur du papier, on imagine une route sinueuse en pleine campagne. Ok. Et il y a une voiture qui roule sur cette route. La fameuse ligne tangente, ça correspond en fait à la direction vers laquelle pointe le capot de la voiture à un instant T précis.

  44. Intervenant 2

    Donc, si on lâche le volant d'un coup ?

  45. Intervenant 1

    Bam ! La voiture continue tout droit et suit cette ligne tangente imaginaire, dans le décor.

  46. Intervenant 2

    C'est une excellente image. Du coup, la courbure de la route va dicter la vitesse à laquelle l'asphalte s'éloigne de cette trajectoire tout droit.

  47. Intervenant 1

    C'est ça. Soit c'est un virage très large et doux, soit c'est une épingle à cheveux hyper serrée.

  48. Intervenant 2

    Et ce qui est particulièrement instructif ici, c'est de voir comment la physique, et plus particulièrement la cinématique, s'invite pour éclairer la géométrie pure.

  49. Intervenant 1

    Comment ça ?

  50. Intervenant 2

    Imagine que le conducteur bloque son compteur de vitesse.

  51. Intervenant 1

    Ok, le régulateur est

  52. Intervenant 2

    mis. Voilà. Il avance à une vitesse dont la norme est parfaitement constante. Disons, 80 km par heure, sans jamais freiner ni accélérer.

  53. Intervenant 1

    Mais attends, s'il maintient sa vitesse strictement bloquée à 80, par définition, il n'y a pas d'accélération. L'aiguille du compteur, elle ne bouge pas du tout.

  54. Intervenant 2

    L'aiguille ne bouge pas, c'est vrai. Ce qui signifie que l'accélération tangentielle est nulle. La voiture n'ira pas plus vite vers l'avant. Cependant, et c'est là qu'elle piège, la route, elle, elle tourne.

  55. Intervenant 1

    Ah oui, ce n'est pas une ligne droite indéfinie.

  56. Intervenant 2

    Exactement. Le vecteur vitesse, tu sais, la flèche mathématique qui pointe dans la direction du mouvement.

  57. Intervenant 1

    Oui, le fameux capot de la voiture.

  58. Intervenant 2

    Il doit changer d'orientation en permanence pour que la voiture reste sur la route. Et ce changement de direction nécessite forcément une force.

  59. Intervenant 1

    Ah, je vois. C'est l'accélération centripète, c'est ça ?

  60. Intervenant 2

    Tout à fait. Qu'on appelle aussi accélération normale dans ce contexte.

  61. Intervenant 1

    D'accord, je saisis la nuance. C'est subtil. L'accélération ici, elle ne modifie pas le chiffre sur le compteur, elle modifie l'orientation de la voiture dans l'espace.

  62. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  63. Intervenant 1

    C'est la force physique qu'on ressent quand on est passager quoi. Le truc qui nous écrase contre la portière quand le conducteur prend un virage un peu trop sec.

  64. Intervenant 2

    Voilà. Cette force physique qu'on ressent, c'est la traduction directe mathématique de la vitesse à laquelle les tangentes tournent le long de la trajectoire.

  65. Intervenant 1

    Plus le virage est sec, plus l'accélération centripète est forte.

  66. Intervenant 2

    Et donc, plus la route s'écarte rapidement de notre ligne droite initiale. La physique nous donne vraiment un ressenti intuitif de la variation de ce vecteur vitesse, ce qui traduit le comportement de notre courbe à partir du point P.

  67. Intervenant 1

    Bon, l'analogie de la route et du volant, elle est super claire. Mais on ne va pas se mentir, le ressenti d'un passager qui est balotté dans l'habitacle, ce n'est pas une démonstration mathématique très rigoureuse.

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