
19 sept. 2019 · 26 min
Des os aux clepsydres : les outils mathématiques des Anciens
Dans ce podcast, suivez les objets retrouvés par l’archéologie, des os gravés aux clepsydres, pour découvrir les maths concrètes des Anciens.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un vrai plaisir d'accueillir toutes les personnes à l'écoute aujourd'hui pour cette nouvelle exploration.
Intervenant 2
Bonjour ! Eh oui, je suis ravie d'être là pour ce décryptage qui, disons-le, va nous faire voyager dans le temps.
Intervenant 1
Absolument. Alors plantons un peu le décor. Imaginons à l'instant que notre civilisation disparaisse demain, engloutie par les sables ou par la glace, le scénario catastrophe classique quoi.
Intervenant 2
Ouais, l'ambiance fin du monde, on visualise bien.
Intervenant 1
C'est ça. Et projetons-nous dans 40 000 ans. Qu'est-ce que les archéologues du futur pourraient bien trouver pour prouver que nous faisions des mathématiques ?
Intervenant 2
Alors très clairement, nos disques durs et nos clés USB seront devenus de la poussière depuis bien longtemps.
Intervenant 1
Exactement. Nos serveurs informatiques ne seront plus qu'un vague tas de rouille. Et en fait, pour nos ancêtres, la question se pose exactement de la même manière.
Intervenant 2
Tout à
Intervenant 1
fait. Souvent, quand on pense à l'archéologie, on imagine tout de suite de sublimes poteries ou, je ne sais pas, de grandes mosaïques, des temples majestueux.
Intervenant 2
Les clichés habituels des musées, en fait.
Intervenant 1
Ouais, voilà. Mais caché sous les pavés, sous la terre, il y a un tout autre trésor. C'est la trace matérielle, physique, vraiment palpable, des mathématiques.
Intervenant 2
Et c'est justement l'objectif de notre exploration d'aujourd'hui. Retracer cette histoire un peu oubliée et chercher les instruments mathématiques depuis la Préhistoire jusqu'à la chute de l'Empire romain vers 476 de notre ère.
Intervenant 1
Et cette quête archéologique, je trouve qu'elle change totalement notre perspective.
Intervenant 2
Ah bah complètement. Parce que les mathématiques, elles ne sont pas apparues par magie, tu vois, sous forme de concepts abstraits qui flottaient dans l'esprit de quelques philosophes en toge sur une colline.
Intervenant 1
Ouais, ce n'était pas juste de la grande théorie.
Intervenant 2
Pas du tout. Elles sont nées d'une urgence, d'un besoin matériel quotidien. Il fallait compter les bêtes du troupeau, mesurer les champs après les crues du Nil, orienter les murs des bâtiments.
Intervenant 1
Donc des trucs très terre-à-terre.
Intervenant 2
Très terre-à-terre. Et pour ça, il a fallu fabriquer des objets. Et c'est là que l'archéologie devient fascinante. Elle nous permet de toucher du doigt la manière dont la pensée humaine s'est structurée en observant littéralement les outils physiques laissés derrière
Intervenant 1
eux. Du coup, c'est un peu comme si on partait de déterrer l'ancêtre physique de l'application calculatrice de nos téléphones. C'est une super
Intervenant 2
analogie, ouais.
Intervenant 1
Parce que bon, avant de s'amuser à ériger des pyramides ou de théoriser la géométrie complexe, le besoin le plus viscéral, le plus basique de l'humain, c'était de compter.
Intervenant 2
Exactement. Et quand on n'a ni papier, ni stylo, ni tablette numérique sous la main, eh bien on fait avec ce qu'on trouve dans la nature.
Intervenant 1
Ce qui nous amène logiquement aux toutes premières traces du comptage. Et là, on ne parle même pas encore de métal ou d'argile, on parle de matière organique, de trucs retrouvés au fond des cavernes.
Intervenant 2
C'est ça. Le besoin de conserver une information chiffrée, ça a poussé l'humain à façonner son environnement très, très tôt. Bon, bien sûr, la main, les doigts, ça reste le premier outil de calcul.
Intervenant 1
Toujours très pratique, on l'a toujours sur soi.
Intervenant 2
Voilà, mais pour mémoriser sur le long terme, pour archiver une donnée, il faut marquer la matière. Et l'artefact le plus ancien qu'on ait documenté à ce jour dans ce domaine, c'est le fameux os de l'Ebombo.
Intervenant 1
Ah, l'os de l'Ebombo.
Intervenant 2
Ouais. Il a été mis au jour en 1970 dans une grotte située à la frontière entre l'Afrique du Sud et les Swatini, ce qu'on appelait le Swaziland avant.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et ce qui frappe immédiatement quand on le regarde, c'est le support. C'est un perronnet de babouin.
Intervenant 1
Un perronnet de singe, carrément.
Intervenant 2
Ouais. Et sur cet os, quelqu'un a gravé, très distinctement et très consciencieusement, 29 encoches.
Intervenant 1
29 encoches ? Bon, quand on entend 29, c'est pas un nombre anodin. Enfin, ça fait immédiatement écho à quelque chose de très précis.
Intervenant 2
Au cycle lunaire, oui, qui dure un peu plus de 29 jours en moyenne.
Intervenant 1
C'est ça. Et ce qui donne vraiment vertige dans cette histoire, c'est la datation de l'objet.
Intervenant 2
Ah oui, c'est stratosphérique. On parle d'environ 43 000 ans avant notre ère.
Intervenant 1
C'est fou. Donc il y a 45 000 ans, un être humain a levé les yeux vers le ciel, la nuit, a observé les phases de la Lune et il s'est dit qu'il allait consigner cette périodicité sur un os.
Intervenant 2
C'est vertigineux. C'est d'une certaine manière le tout premier support de stockage de données de l'histoire de l'humanité.
Intervenant 1
Le premier disque dur préhistorique.
Intervenant 2
Voilà. Mais ce n'est pas le seul os qui a fait couler de l'encre chez les archéologues. Il y a une autre découverte, au Congo cette fois, qui a déclenché un débat beaucoup, beaucoup plus féroce sur les vraies intentions de son créateur.
Intervenant 1
Ah oui, on parle du bâton d'Ishango, là ?
Intervenant 2
Exactement, le bâton d'Ishango, découvert en 1950 près du lac Édouard par un archéologue belge, Jean de Heinzelin.
Intervenant 1
Et là, on est sur quelle période du temps ?
Intervenant 2
On est un peu plus proche de nous, autour de 20 000 ans avant notre ère. C'est un petit ossement, il fait à peu près 10 cm de long.
Intervenant 1
C'est tout petit, en fait ?
Intervenant 2
Tout petit. Il est surmonté d'un éclat de quartz et il est couvert de multiples entailles réparties sur plusieurs colonnes bien distinctes.
Intervenant 1
D'accord. Mais la question qui se pose, et c'est ce qui divise la communauté scientifique, c'est de savoir s'il s'agit d'un véritable outil mathématique.
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