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15 avr. 2020 · 17 min

Courbes gauches hors du plan : l’hélice à deux constantes

Dans cet épisode audio, suivez pas à pas le repère mobile qui distingue courbure et torsion, puis leur constance sur une hélice circulaire.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de démarrer cette nouvelle exploration mathématique aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Salut Evelyne. Et moi aussi je suis ravi, surtout avec le sujet qu'on a sur la table.

  3. Intervenant 1

    Ouais, un super sujet. Alors pour commencer, prenez une petite seconde pour visualiser un simple brin d'ADN, ou un gigantesque escalier en collimation.

  4. Intervenant 2

    Des choses qu'on voit tout le temps en fait.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Ces objets font tellement partie de notre quotidien visuel qu'on n'y prête même plus attention. Mais si on chausse les lunettes d'un mathématicien, on réalise que ce sont des anomalies absolues.

  6. Intervenant 2

    Ah oui, complètement. C'est le mot.

  7. Intervenant 1

    Ce sont littéralement les seuls objets de tout l'univers géométrique qui parviennent à atteindre un état de rébellion parfait. Une rébellion contre la ligne droite, et c'est ça le plus fou, une rébellion contre le plan plat.

  8. Intervenant 2

    C'est une belle façon de le dire.

  9. Intervenant 1

    Du coup, aujourd'hui, on plonge au cœur d'un article fascinant qui s'intitule « Des courbes qui sortent du plan ». L'objectif est clair, on veut comprendre comment les mathématiques ont réussi à capturer, à mesurer et surtout à dompter ces formes en trois dimensions, celles qui refusent de rester sagement couchées sur une feuille de papier.

  10. Intervenant 2

    Et c'est un défi colossal, parce que la géométrie plane, celle du tableau noir avec nos petits carrés, nos cercles, elle offre une sécurité super rassurante.

  11. Intervenant 1

    Ouais, on contrôle tout.

  12. Intervenant 2

    Voilà, tout y est figé, contenu, entièrement visible d'un seul coup d'œil. Mais dès l'instant où une ligne décide de s'élever, de se tordre dans l'espace, bam, notre intuition visuelle est mise à rude épreuve.

  13. Intervenant 1

    Nos outils classiques ne marchent plus en fait.

  14. Intervenant 2

    Exactement, il s'effondre. Ce saut vers la troisième dimension, c'est pas juste ajouter une coordonnée Z au fond d'une équation, tu vois. C'est un vrai bouleversement philosophique dans la façon de concevoir la forme.

  15. Intervenant 1

    Mais avant même de décortiquer cette fameuse rébellion géométrique et les équations, il faut absolument qu'on s'arrête sur le contexte humain.

  16. Intervenant 2

    Ok oui. L'histoire derrière ça est dingue.

  17. Intervenant 1

    Totalement. Parce que dans nos sources, on découvre que la première tentative rigoureuse pour dompter ces courbes spatiales, c'est pas l'œuvre d'un vieux savant à barbe blanche, c'est l'œuvre d'un adolescent.

  18. Intervenant 2

    Absolument. C'est vraiment l'une des fulgurances les plus incroyables de l'histoire des mathématiques. On est en 1731, et un jeune homme d'à peine 19 ans, Alexis Claude Clairaut, publie un mémoire massif, un truc de 137 pages.

  19. Intervenant 1

    137 pages à 19 ans. C'est ça,

  20. Intervenant 2

    ça s'appelle « Recherche sur les courbes à double courbure ». Et si 19 ans, ça te semble jeune pour révolutionner la géométrie de l'espace, l'article précise un fait encore plus dingue. Vas-y, dis-nous. À 13 ans seulement, ce même Clairaut présentait déjà des travaux sur des courbes algébriques super complexes devant la très sérieuse Académie royale des sciences.

  21. Intervenant 1

    Attends, 13 ans ? C'est délirant. À 13 ans, la plupart des gens essayaient vaguement de comprendre comment diviser des fractions, et lui dominait l'analyse des infiniment petits ?

  22. Intervenant 2

    C'est clair. Il maîtrisait ça à un âge où la conceptualisation abstraite commence à peine à se former dans un cerveau normal, quoi.

  23. Intervenant 1

    Je suis bluffée. Mais du coup, ça soulève une vraie question technique. Parce qu'aujourd'hui, pour étudier une courbe complexe en 3D, on ouvre un logiciel de modélisation sur le PC, on fait tourner l'objet, on zoome…

  24. Intervenant 2

    Ouais, on a trois doigts sur les oules.

  25. Intervenant 1

    Voilà. Mais au XVIIIe siècle, Clairaut n'a qu'une plume, de l'encre et son imagination. Comment il a fait pour visualiser ses courbes en 3D sans nos outils modernes ?

  26. Intervenant 2

    Eh bien, il a fait preuve d'un pragmatisme redoutable. En fait, il s'est inspiré de l'héritage de René Descartes. Puisqu'il ne pouvait pas attaquer le volume de front, il s'est dit « je vais le contourner ».

  27. Intervenant 1

    D'accord, mais comment on contourne un volume ?

  28. Intervenant 2

    Sa méthode, qu'il décrit dans sa préface, ça consiste à projeter tous les points de cette courbe spatiale sur deux plans distincts, perpendiculaires l'un par rapport à l'autre.

  29. Intervenant 1

    Ah, je vois. Donc si on traduit ça visuellement pour notre auditoire, on imagine notre ligne tordue qui flotte au milieu d'une pièce sombre.

  30. Intervenant 2

    Ouais, super analogie.

  31. Intervenant 1

    On allume une lampe au plafond, ce qui projette l'ombre de la courbe sur le sol. Et ensuite, on allume une deuxième lampe sur le côté pour projeter une seconde ombre sur le mur.

  32. Intervenant 2

    C'est très exactement ça le mécanisme. En projetant la courbe, Clairaut obtient deux ombres. Or, une ombre sur un mur ou sur un sol, c'est une courbe classique, parfaitement plate.

  33. Intervenant 1

    Il triche un peu en fait.

  34. Intervenant 2

    Il ramène surtout un problème inconnu en trois dimensions à deux problèmes très bien connus en deux dimensions. En étudiant les propriétés de ces deux ombres planes, il en déduit ce qu'il nomme deux courbures.

  35. Intervenant 1

    D'où le titre de son livre « Courbes à double courbure ».

  36. Intervenant 2

    Exactement, c'est de là que vient l'expression.

  37. Intervenant 1

    Bon, l'astuce est brillante pour l'époque. Mais si je peux me permettre une objection formelle, une ombre, par définition, c'est une perte d'information. C'est un écrasement, non ?

  38. Intervenant 2

    Bien

  39. Intervenant 1

    sûr ! Par exemple, en regardant l'ombre de ma main sur le mur, je ne vois pas l'épaisseur de mes doigts. Est-ce que cette technique de projection permet vraiment de saisir les sens géométriques d'une courbe en 3D ?

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