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18 mai 2021 · 23 min

Règle et compas : pourquoi certains nombres résistent

Dans cet épisode, suivez le passage de la géométrie à l’algèbre pour découvrir quels nombres se construisent et pourquoi d’autres résistent.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Allez, on imagine une feuille de papier, une feuille infiniment blanche, pas de repères, pas de quadrillage du tout, pas le moindre petit chiffre noté dans un coin, juste un compas basique et une règle totalement vierge, sans aucune graduation.

  2. Intervenant 2

    C'est un peu le dénuement total, mathématiquement parlant.

  3. Intervenant 1

    Oui, exactement. Et pendant plus de deux millénaires, il y a une question qui a littéralement obsédé les plus grands esprits de l'humanité. Avec ce simple kit de survie, est-ce qu'on peut atteindre n'importe quel point géométrique ? Est-ce qu'on peut, en quelque sorte, construire l'univers entier à partir de rien ?

  4. Intervenant 2

    Rien que

  5. Intervenant 1

    ça. Rien que ça. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente, pour une plongée vertigineuse au cœur d'une des énigmes les plus tenaces de l'histoire des mathématiques. Je suis super enjoué aujourd'hui parce que le sujet est dingue.

  6. Intervenant 2

    Je confirme, c'est une exploration fascinante. Je suis ravie d'être là. Cette quête, elle commence dans le sable de l'Antiquité grecque avec une idée de pureté absolue. Le défi, ce n'était pas juste de faire de jolis dessins.

  7. Intervenant 1

    Non, ça, c'est sûr.

  8. Intervenant 2

    C'était vraiment de prouver l'existence même des grandeurs. Et ce qui est captivant dans les sources qu'on va explorer, tirées de l'article « De la géométrie à l'algèbre, construire les nombres », c'est de voir comment un simple problème de dessin, avec une règle et un compas, s'est heurté à des murs infranchissables.

  9. Intervenant 1

    Des murs qui ont rendu fous des générations de mathématiciens.

  10. Intervenant 2

    Mais totalement. Et ça les a forcés, des siècles plus tard, à inventer une algèbre monumentale juste pour s'en libérer. C'est une aventure pleine de

  11. Intervenant 1

    rebondissements. Let's unpack this, décortiquons tout ça, parce qu'il faut bien poser les bases. Et pour bien comprendre ce défi antique, moi j'aime bien faire un parallèle avec un jeu vidéo de survie.

  12. Intervenant 2

    Ah, le fameux système de crafting !

  13. Intervenant 1

    Ouais, voilà, le crafting. C'est un peu comme ces jours où le personnage se réveille sur une île avec, bah, littéralement, les poches vides. Notre univers de base ici, c'est le plan euclidien, une grande étendue vide. Et l'inventaire de départ est super minimaliste.

  14. Intervenant 2

    On n'a presque rien ?

  15. Intervenant 1

    C'est ça, on n'a que deux choses. Un premier point de départ, qu'on appelle O, pour l'origine, et un deuxième point, posé un peu plus loin, qu'on appelle I. C'est notre bois et notre pierre originelle, en fait.

  16. Intervenant 2

    C'est une super analogie. Et avec ce bois et cette pierre combinés aux deux seuls outils physiques qu'on a le droit d'utiliser, donc la règle non graduée pour tracer des droites et le compas pour capturer et reporter un écartement, l'objectif c'est de générer tout le reste.

  17. Intervenant 1

    Tout le reste du monde.

  18. Intervenant 2

    Mais attention, la règle du jeu exige de définir hyper rigoureusement ce qu'est un objet constructible. C'est pas juste faire une esquisse à main levée sur un coin de table. Ah

  19. Intervenant 1

    non, on est en mathématiques, faut de la rigueur.

  20. Intervenant 2

    Voilà, un objet constructible dans cet univers abstrait, c'est exclusivement une droite ou un cercle qu'on obtient après une séquence finie d'étapes et en exploitant uniquement les points qui existent déjà.

  21. Intervenant 1

    Les mentions d'une séquence finie, c'est hyper crucial. On ne peut pas juste dire ouais, on fait ça une infinité de fois pour s'approcher du but. Il faut que l'action ait une fin physique. Donc, on commence notre petit artisanat.

  22. Intervenant 2

    On prend la règle.

  23. Intervenant 1

    Ouais, on relie O et I et paf, on obtient une première droite. Ensuite, on pose la pointe sèche du compas sur O, la mine sur I, on tourne et on a un cercle. Un cercle de rayon

  24. Intervenant 2

    OI. Et les sources nous rappellent qu'avec ces tout premiers mouvements, on fabrique hyper vite des outils plus sophistiqués.

  25. Intervenant 1

    Genre des nouveaux plans de craft ?

  26. Intervenant 2

    Exactement. On arrive à tracer des perpendiculaires, on peut élever des parallèles, trouver le milieu exact d'un segment ou même couper un angle en deux avec une bisectrice.

  27. Intervenant 1

    C'est fou qu'on puisse faire tout ça juste avec des ronds et des lignes droites. Et du coup, la grande quête du jeu devient évidente pour quiconque s'y penche. Est-ce que ce processus permet, à terme, de tout construire ?

  28. Intervenant 2

    Et c'est là qu'il faut dissiper une illusion tenace. Un vrai mirage visuel qui a trompé énormément de monde.

  29. Intervenant 1

    Ah bon ? Lequel ?

  30. Intervenant 2

    Bah, c'est pas parce qu'une droite constructible est tracée sur la feuille que tous les points qui la composent deviennent miraculeusement connus ou utilisables.

  31. Intervenant 1

    Attends, tu veux dire que la ligne qu'on vient de tracer, on la connaît pas vraiment ?

  32. Intervenant 2

    Visuellement, la ligne noire donne une impression de continuité parfaite, oui. Mais mathématiquement, on ne possède pas tous ces points.

  33. Intervenant 1

    C'est ouf ! C'est un peu comme si cette ligne géométrique, c'était en fait un chemin invisible qui traverse un brouillard super dense. On sait que la route est sous nos pieds, mais les seuls endroits où on a vraiment le droit de s'arrêter pour planter un drapeau ou monter un campement, ce sont les carrefours.

  34. Intervenant 2

    Voilà les intersections, c'est la règle d'or. Ce principe de carrefour dicte toute l'évolution de la construction. Un point n'acquiert le statut de point constructible que s'il n'est d'une collision avérée.

  35. Intervenant 1

    Une collision entre quoi et quoi ?

  36. Intervenant 2

    L'intersection entre deux droites, ou entre une droite et un cercle, ou bien entre deux cercles qu'on a construit avant. Tout le reste de la ligne qu'on a tracée, c'est juste un vide potentiel.

  37. Intervenant 1

    Donc on ne peut pas juste glisser son doigt le long de la règle, s'arrêter au pif et dire hop, ça c'est un nouveau point ?

  38. Intervenant 2

    Ah non, surtout pas. Chaque étape doit être justifiée par un croisement géométrique rigoureux.

  39. Intervenant 1

    Bon, la mécanique de survie est posée. Mais on réalise vite un truc. À force de tracer des cercles et des droites dans tous les sens pour trouver ces fameux carrefours, la feuille de papier devient un enchevêtement complètement incompréhensible.

  40. Intervenant 2

    Un vrai gribouillis géant.

  41. Intervenant 1

    C'est ça. Et c'est là que l'histoire prend un tournant décisif. Pour savoir si ces carrefours peuvent vraiment mailler tout l'univers, il a fallu un changement de point de vue radical. Et c'est là qu'intervient René Descartes.

  42. Intervenant 2

    À Descartes, il va bâtir un pont intellectuel massif entre ce brouillard géométrique et un monde beaucoup plus propre, beaucoup plus structuré. Le monde des nombres.

  43. Intervenant 1

    Comment il s'y prend ?

  44. Intervenant 2

    Il a l'intuition fondatrice qu'il faut étiqueter cet univers. La géométrie pure, elle a des limites analytiques, parce qu'elle repose trop sur l'intuition spatiale. Avec le repère cartésien, ça change tout.

  45. Intervenant 1

    Notre fameux bois et notre pierre de tout à l'heure.

  46. Intervenant 2

    Exactement. Le point de départ O devient l'origine avec les coordonnées . Le point I permet de définir l'axe horizontal avec les coordonnées . Et grâce aux techniques de la règle et du compas, notamment la perpendiculaire, hop, on dresse un axe vertical.

  47. Intervenant 1

    Et voilà le fameux quadrillage. Les abscisses, les ordonnées, le truc qu'on étudie tous à l'école. Et soudain, la mission change complètement de nature.

  48. Intervenant 2

    C'est plus du tout la même question.

  49. Intervenant 1

    Bah non, c'est plus « est-ce qu'on peut poser la pointe du compas ici ? » et ça devient « est-ce que le nombre qui correspond à cette coordonnée est un nombre constructible ? » On bascule de la géométrie pure à l'arithmétique pure, quoi.

  50. Intervenant 2

    Le problème visuel devient un problème d'algèbre. C'est brillant. Un nombre réel est qualifié de constructible si la distance qui le sépare de zéro peut être physiquement matérialisée sur notre axe horizontal, toujours en respectant les intersections dont on parlait.

  51. Intervenant 1

    Alors faisons un peu l'inventaire de ce catalogue de nombres constructibles. Les nombres entiers, par exemple. Bon, ça pose aucune difficulté.

  52. Intervenant 2

    Non, c'est basique.

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