
16 avr. 2021 · 19 min
Des étoiles au GPS : le voyage des maths pour garder le cap
Cet épisode suit les étapes du repérage en mer : observer les astres, mesurer des angles, quadriller la Terre, puis se localiser par satellites.
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Intervenant 1
Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on plonge dans une angoisse, enfin une véritable terreur humaine.
Intervenant 2
La peur viscérale de se perdre.
Intervenant 1
Exactement. Imaginons un instant l'océan absolu. Pas un seul bout de terre à l'horizon, juste une étendue d'eau sombre en perpétuel mouvement qui s'étire à perte de vue.
Intervenant 2
Sous une voûte étoilée totalement vertigineuse en plus.
Intervenant 1
Voilà. Et aujourd'hui, on a tous notre petit point bleu sur l'écran du téléphone qui nous donne notre position exacte au mètre près. C'est net, c'est super rassurant.
Intervenant 2
Très rassurant, oui.
Intervenant 1
L'objectif de dériver jusqu'à l'épuisement, c'était le cauchemar absolu. Le but de notre exploration aujourd'hui, c'est de comprendre comment l'esprit humain a dompté cette angoisse. Comment la géométrie, des premières observations à l'œil nu jusqu'aux puces de nos téléphones, nous a sauvés de l'errance absolue.
Intervenant 2
C'est un voyage fascinant. Et pour poser les bases de cette histoire, il faut d'abord souligner un paradoxe assez fondamental.
Intervenant 1
Un paradoxe ?
Intervenant 2
Avant même d'espérer concevoir des instruments capables de guider un navire sur l'eau, l'urgence absolue, c'était de comprendre sur quoi très exactement l'humanité posait les pieds.
Intervenant 1
Ah oui, définir la scène de théâtre avant d'y placer les acteurs.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Et ce qui rend cette évolution incroyable, c'est de constater que l'algorithme ultra sophistiqué qui tourne dans un satellite militaire aujourd'hui, il s'appuie dans son essence géométrique sur les mêmes principes que des érudits qui observaient le ciel il y a plus de 2000 ans.
Intervenant 1
C'est fou. Mais d'ailleurs, il faut tout de suite balayer un cliché tenace là-dessus. On entend souvent dire que pendant l'Antiquité ou même au Moyen Âge, tout le monde croyait que la Terre était un disque plat.
Intervenant 2
Oh, le fameux mythe du navire qui tombe dans le vide intersidéral au bout de l'océan.
Intervenant 1
Voilà. Or, les textes historiques montrent que la rotondité de la planète, c'était une évidence scientifique bien avant notre ère.
Intervenant 2
C'est un mythe total de pensée que les savants antiques croyaient à la Terre plate. Dès le VIe et Ve siècle avant notre ère, un philosophe comme Anaximandre de Millet l'envisageait déjà.
Intervenant 1
Et comment il en est arrivé là ? Il n'avait pas fait le tour du monde à l'époque ?
Intervenant 2
Non, pas du tout. Sa démarche était très conceptuelle. C'était basé sur une recherche de symétrie cosmique.
Intervenant 1
De symétrie ?
Intervenant 2
Ouais. L'idée dominante, en fait, c'était que si la voûte céleste observable semblait tourner autour d'un axe de manière sphérique, l'objet situé en son centre, la Terre, devait logiquement adopter la même harmonie géométrique.
Intervenant 1
Donc une démarche très philosophique, très esthétique au final. L'ordre de l'univers,
Intervenant 2
quoi. C'est ça. Mais bon, l'harmonie intellectuelle, ça suffit pas à faire une vérité scientifique.
Intervenant 1
Ah bah non. Il a bien fallu trouver des preuves tangibles, des choses qu'on peut observer depuis la plage pour confirmer cette intuition.
Intervenant 2
Tout à fait. Et c'est avec Aristote, au IVe siècle avant notre ère, que les preuves physiques indiscutables sont vraiment formalisées. Une de ses démonstrations les plus élégantes repose sur un événement précis, l'éclipse de Lune.
Intervenant 1
Quand la Terre s'intercale pile entre le Soleil et la Lune.
Intervenant 2
Voilà. Aristote note que l'ombre projetée par la Terre sur le disque lunaire présente toujours, je dis bien toujours, une courbure parfaitement circulaire.
Intervenant 1
Et c'est un détail crucial, ça.
Intervenant 2
Absolument. Parce que peu importe la position de la Lune sur l'horizon ou l'heure de la nuit, l'ombre reste un arc de cercle.
Intervenant 1
Et sur le plan purement géométrique, c'est implacable. Le seul volume capable de projeter une ombre circulaire dans toutes les directions, peu importe l'angle d'éclairage, c'est une sphère parfaite.
Intervenant 2
C'est la seule explication mathématique.
Intervenant 1
Parce qu'un disque plat, par exemple, ça projecterait une ligne s'il était éclairé par la tranche. Ou une ellipse s'il est incliné.
Intervenant 2
Exactement. L'ombre trahit la forme de l'objet. Et l'autre argument d'Aristote est encore plus ancré dans la vie quotidienne des marins de l'époque. C'est le phénomène d'occultation des navires à l'horizon.
Intervenant 1
Ah oui, quand on regarde un bateau s'éloigner du port.
Intervenant 2
Ouais. Il ne se contente pas de rétrécir jusqu'à devenir un petit point invisible. En fait, la coque disparaît en premier, engloutie par la ligne d'horizon, puis les voiles, et enfin le sommet du mât.
Intervenant 1
C'est super visuel ça. C'est l'équivalent de regarder un ami s'éloigner en marchant de l'autre côté d'une colline.
Intervenant 2
C'est la même mécanique optique, ouais. Ses pieds disparaissent de notre champ de vision avant sa tête.
Intervenant 1
C'est la courbure de l'eau qui s'interpose entre l'œil et le navire. Donc savoir que la Terre est une sphère, c'est un acquis vraiment très ancien.
Intervenant 2
Absolument.
Intervenant 1
Mais ça pose un problème colossal pour la navigation du coup.
Intervenant 2
Le repérage.
Intervenant 1
Bah oui ! Une sphère parfaite, couverte d'eau, c'est complètement lisse. Il n'y a ni début, ni fin, ni point de repère au milieu de l'océan. Comment on fait pour poser un système de coordonnées sur une balle de billard totalement vierge ?
Intervenant 2
C'est exactement le défi immense qu'a relevé Eratosthène, au IIIe siècle avant notre ère.
Intervenant 1
C'est lui qui est célèbre pour avoir calculé la circonférence de la Terre, non ?
Intervenant 2
Lui-même, avec une précision incroyable d'ailleurs. Mais son vrai coup de génie géographique, ça a été de concevoir une grille. Il a tracé la première carte détaillée du monde connu, ce qu'on appelle l'écoumène, en superposant deux axes perpendiculaires.
Intervenant 1
Une croix sur la carte, en gros.
Intervenant 2
Voilà, une croix qui se coupait sur l'île de Rhodes. Et il ne s'agissait pas de tracer des lignes au hasard. Il a utilisé les phénomènes astronomiques pour ancrer cette grille de façon immuable.
Intervenant 1
Ah, donc le ciel devient le point d'ancrage de la Terre. Comment il a défini ces deux axes, ce qui allait devenir nos parallèles et nos méridiens ?
Intervenant 2
Alors pour l'axe horizontal, donc l'ancêtre des parallèles, Eratosthène a regroupé tous les lieux où le jour le plus long de l'année, le solstice d'été, possède très exactement la même durée.
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