
9 oct. 2019 · 8 min
Cinq, six ou sept couleurs pour tous les points du plan ?
Dans cet épisode audio, suivez les étapes du coloriage du plan : deux points distants d’une unité doivent recevoir des couleurs différentes.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on fait une plongée au cœur de sources vraiment fascinantes. On a des archives mathématiques des années 50, des publications super récentes. Et on va décortiquer un casse-tête géométrique qui a l'air, à première vue, complètement inoffensif.
Intervenant 2
Oui, bonjour à l'heure. Alors, la mission du jour, en fait, c'est un problème qui a été posé en 1950 par l'américain Edward Nelson. Et ça tient en une seule règle absolue.
Intervenant 1
Une seule règle, c'est ça. Genre, imaginez une feuille de papier infinie.
Intervenant 2
Et sans aucun bord.
Intervenant 1
Voilà, totalement infinie.
Intervenant 2
Et donc, il faut colorier chaque point de cette surface. Mais la contrainte, c'est que deux points qui sont séparés d'exactement, on va dire, un centimètre, doivent toujours, je dis bien toujours, être de couleurs différentes.
Intervenant 1
Dit comme ça, honnêtement, ça a l'air simple, mais bon, on va vite voir pourquoi nos notes qualifient ça de labyrinthe infernal. Parce que si je prends juste deux feutres, disons un rouge et un bleu.
Intervenant 2
D'accord.
Intervenant 1
Et je dessine un triangle équilatéral sur ma feuille avec chaque côté qui fait exactement un centimètre.
Intervenant 2
Un triangle géométrique classique.
Intervenant 1
C'est ça. Donc le premier sommet, je le mets en rouge, le deuxième en bleu.
Intervenant 2
Et le troisième alors ?
Intervenant 1
Bah, je suis coincée. Il est à la fois à un centimètre du rouge et du bleu, donc il me faut obligatoirement une troisième couleur.
Intervenant 2
Ah ! La logique est imparable. La géométrie de base nous impose déjà trois couleurs
Intervenant 1
minimum. Mais c'est là que notre intuition commence un peu à nous jouer des tours en fait.
Intervenant 2
C'est-à-dire ? Parce que même avec trois couleurs, le système finit par craquer. C'est ce qu'illustre une de nos sources historiques clés, le fameux graphe de Mauser.
Intervenant 1
Ah oui, j'ai vu ce schéma dans les notes. Ça ressemble à un losange un peu complexe.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Mais comment un simple dessin peut nous forcer à utiliser une quatrième couleur en fait ?
Intervenant 2
Alors, imaginez deux losanges distincts. Chacun est fait de deux triangles équilatéraux collés ensemble.
Intervenant 1
Ok, je visualise.
Intervenant 2
Leurs côtés mesurent tous un centimètre. Et là, vous attachez ces deux losanges par un sommet commun.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Ensuite, vous faites pivoter l'un d'eux. Juste assez pour que deux autres sommets opposés se retrouvent très exactement à un centimètre l'un de l'autre. Et là, vous les reliez.
Intervenant 1
Ah, je vois la manœuvre. En fait, en les imbriquant et en les tournant avec cette contrainte stricte de distance, on crée un réseau fermé.
Intervenant 2
C'est exactement ça. C'est le piège parfait. En essayant de colorier cette structure spécifique, les rotations vous amènent inexorablement à une contradiction.
Intervenant 1
Genre rond tournant rond quoi.
Intervenant 2
Littéralement. Le jeu de déduction vous force à donner la même couleur à deux points qui sont pourtant reliés par ce fameux segment de 1 cm. Mince ! Donc la structure elle-même engendre une collision mathématique. Il nous faut donc au moins quatre couleurs pour s'en sortir.
Intervenant 1
C'est fou. Mais le problème avec un plan infini, c'est que j'ai l'impression que le nombre de couleurs pourrait monter indéfiniment, je ne sais pas, cent couleurs, mille couleurs.
Intervenant 2
C'est la grande question.
Intervenant 1
Est-ce qu'on a une limite haute garantie dans la littérature mathématique ?
Intervenant 2
Alors oui. Heureusement, les mathématiciens ont prouvé que sept couleurs, ça suffit pour paver ce plan infini.
Intervenant 1
Sept couleurs, pas plus.
Intervenant 2
Pas plus. L'astuce, c'est d'arrêter de réfléchir point par point et de penser plutôt en surface. Imaginez qu'on recouvre notre plan d'un réseau d'hexagones réguliers.
Intervenant 1
Comme un immense nid d'abeilles, en fait.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
D'accord. Mais à quelle échelle, du coup ?
Intervenant 2
Alors, le secret, il est vraiment dans leur taille. Il faut choisir des hexagones dont le diamètre maximal est très légèrement inférieur à un centimètre.
Intervenant 1
Ah, je comprends. De cette façon, si on prend n'importe quelle paire de points à l'intérieur d'un même hexagone, la distance sera toujours strictement inférieure à un centimètre.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Ok, donc la règle de Nelson n'est pas enfreinte. Je peux peindre tout l'intérieur de cet hexagone, en bleu par exemple.
Intervenant 2
Tout à fait. Et ensuite, on utilise nos sept couleurs différentes pour colorir l'ensemble de ces tuiles hexagonales selon un motif répétitif bien
Intervenant 1
précis.
Intervenant 2
Et ce motif garantit que deux hexagones de la même couleur seront toujours séparés par une sorte de zone tampon.
Intervenant 1
Pour les empêcher d'être à cette fameuse distance d'un centimètre.
Intervenant 2
C'est ça. Avec cette architecture, cette couleur, ça fonctionne à l'infini.
Intervenant 1
Ce qui crée une véritable zone d'ombre mathématique finalement. Parce que pendant des décennies, on est resté bloqué avec cette incertitude. La réponse parfaite, c'est soit quatre, soit cinq, soit six ou soit sept.
Intervenant 2
Et on a stagné là-dessus pendant soixante ans.
Intervenant 1
C'est dingue. Et là, on arrive à ce fameux article d'avril 2018. Aubrey de Grey ?
Intervenant 2
Oui, le biologiste.
Intervenant 1
C'est ça, un biologiste britannique qui travaille sur le vieillissement cellulaire à la base. Et lui, sur son temps libre, il prouve que quatre couleurs, ça ne suffit pas. Mais comment un amateur a pu débloquer ça là où les grands spécialistes pataugeaient depuis des décennies ?
Intervenant 2
Eh bien, par une approche correctement différente. Par la force brute informatisée. Là où les mathématiciens cherchaient la beauté, une preuve élégante sur papier.
Intervenant 1
Comme le graphe de Mauser avec ses petits losanges, là.
Intervenant 2
Exactement. De Grey, lui, il a programmé un algorithme pour assembler un graphe absolument monstrueux. On parle d'une structure de plus de 20 000 sommets.
Intervenant 1
Attendez, vingt mille points, tous connectés par des distances exactes de un centimètre.
Intervenant 2
Oui, c'est vertigineux. Il a tissé une toile de contrainte tellement dense, tellement imbriquée, que l'ordinateur qui essayait de la colorier avec seulement quatre couleurs finissait toujours par planter.
Intervenant 1
Oh, waouh !
Intervenant 2
Impossible de résoudre le labyrinthe sans briser la règle.
Intervenant 1
La communauté académique a d'ailleurs ensuite repassé ce code au crible pour enlever les connexions redondantes.
Intervenant 2
D'accord. Ils ont réussi à simplifier cette preuve à environ 800 sommets.
Intervenant 1
C'est quand même fou d'avoir besoin d'une telle machinerie pour une règle aussi basique au départ.
Intervenant 2
Oui, c'est paradoxal.
Intervenant 1
Mais au fait, pourquoi est-ce qu'on s'acharne sur cette feuille de papier infini ? À quoi ça sert concrètement en dehors de la pure théorie ?
Intervenant 2
Alors en fait, c'est fondamental pour des applications technologiques très réelles de notre quotidien. Pensez par exemple aux antennes relais de nos téléphones portables.
Intervenant 1
Ah oui, les histoires de brouillage et de fréquences.
Intervenant 2
Exactement, on doit leur attribuer des fréquences. Et ces fréquences, on peut complètement les assimiler à nos fameuses couleurs.
Intervenant 1
D'accord, pour éviter les interférences.
Intervenant 2
Voilà. Si deux antennes sont trop proches et partagent la même fréquence, la même couleur, eh bien, les appels coupent.
Intervenant 1
C'est la collision dont on parlait tout à l'heure avec le graphe de Mauser.
Intervenant 2
C'est exactement la même mécanique mathématique. Ce type de graphe sert aussi à optimiser les réseaux Wi-Fi dans des espaces très venses. Ou même à planifier des emplois du temps hyper complexes pour des universités entières, sans aucun conflit de salles.
Intervenant 1
Donc si je résume, on sait aujourd'hui grâce à De Grey qu'il faut cinq, six ou sept couleurs pour colorier l'infini, mais le chiffre exact reste toujours mystérieux.
Intervenant 2
Et c'est justement ce qui nous laisse sur une réflexion assez vertigineuse sur l'avenir de la science.
Intervenant 1
C'est clair.
Intervenant 2
Pendant des millénaires, les mathématiques ont avancé grâce à des éclairs de génie humain.
Intervenant 1
Des intuitions qu'on pouvait presque dessiner sur le
Intervenant 2
sable. Mais avec ce graphe gigantesque, on bascule vraiment dans un autre paradigme.
Intervenant 1
Ouais, on peut se demander si la solution finale, ce fameux chiffre magique, est-ce qu'il émergera d'une épiphanie humaine classique ?
Intervenant 2
Ou alors, est-ce que les mathématiques sont désormais condamnées à dépendre de l'intelligence artificielle ?
Intervenant 1
Pour résoudre des labyrinthes logiques que notre propre cerveau ne peut tout simplement plus visualiser, en fait.
Intervenant 2
C'est une excellente question à se poser, en repensant à ce simple problème de coloriage.
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