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12 mai 2025 · 20 min

Dissection parfaite du carré : l’enquête électrique de Trinity

L’épisode suit quatre étudiants, des rectangles aux graphes électriques, dans leur quête d’une dissection parfaite et simple du carré.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Quel immense plaisir d'entamer cette nouvelle plongée au cœur de nos sources pour une exploration mathématique qui s'annonce franchement vertigineuse. Ah ça, vertigineuse,

  2. Intervenant 2

    c'est vraiment le mot. Bonjour.

  3. Intervenant 1

    Aujourd'hui, on va parler d'un truc qui, en apparence, semble super simple. Imaginons un instant un grand carré vierge dessiné sur une feuille de papier. La mission, c'est de le découper entièrement en plusieurs petits carrés.

  4. Intervenant 2

    Jusque-là, rien de bien méchant. On trace une grille de mots-croissés classiques, quelques lignes horizontales et verticales, et c'est plié.

  5. Intervenant 1

    Exactement. On obtient 9, 16 ou 25 petits carrés parfaitement identiques. L'affaire est résolue. Mais, et c'est là que ça se corse, ajoutons une seule et unique contrainte. Pour réussir ce défi, aucun de ces petits carrés ne doit avoir la même taille qu'un autre. Pas un seul doublon n'est autorisé.

  6. Intervenant 2

    Et là, paf, le cerveau bloque. C'est le cauchemar géométrique assuré.

  7. Intervenant 1

    Totalement. Ce puzzle d'apparence si inoffensive a tout simplement rendu fous les plus brillants cerveaux du XXe siècle. On va décortiquer aujourd'hui comment cette quête a fait plier des génies, comment quatre étudiants ont utilisé l'électricité pour pirater la géométrie, et comment cette petite énigme abstraite est devenue l'architecture secrète de nos smartphones modernes.

  8. Intervenant 2

    C'est vraiment une histoire incroyable. Et il faut savoir que ce casse-tête porte un nom très précis en mathématiques. C'est la quadrature parfaite du carré.

  9. Intervenant 1

    La quadrature parfaite.

  10. Intervenant 2

    Voilà. Et le terme « parfait » est lourd de sens ici. Il dicte cette fameuse règle implacable de l'unicité dont tu parlais. Si on trouve deux carrés de la même dimension dans le découpage, c'est raté.

  11. Intervenant 1

    Retour à la case départ, quoi.

  12. Intervenant 2

    C'est ça. On parle aussi d'ordre pour mesurer la complexité de la figure. Un carré parfait d'ordre 10, par exemple, ça signifierait qu'on a réussi à paver notre grand carré avec exactement 10 petits carrés de tailles toutes différentes.

  13. Intervenant 1

    Et imbriqués les uns dans les autres sans laisser le moindre vide.

  14. Intervenant 2

    Absolument. Et sans que rien ne dépasse des bordures.

  15. Intervenant 1

    Alors pour comprendre l'ampleur du blocage que cela représentait à l'époque, il faut remonter dans les années 1930, avec une figure quasi mythologique des mathématiques, Paul Erdős.

  16. Intervenant 2

    Un véritable monument. En 1934, Erdős, qui est un esprit nomade et incroyablement prolifique, est de passage à l'université

  17. Intervenant 1

    de Cambridge. Il

  18. Intervenant 2

    va se pencher sur ce petit puzzle avec toute l'assurance de son génie. Il ne se contente pas de dire « c'est difficile ». Il pose deux conjectures qui résonnent un peu comme des sentences définitives.

  19. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Quelles sont ces sentences ?

  20. Intervenant 2

    R2 affirme, de façon très catégorique, que toute dissection d'un carré en un nombre fini de carrés plus petits comportera toujours, inévitablement, au moins deux carrés de la même taille.

  21. Intervenant 1

    Donc pour lui, la quadrature parfaite n'existe tout simplement pas. C'est impossible.

  22. Intervenant 2

    Impossible. Et il va même un cran plus loin avec sa deuxième conjecture. Il soutient que parmi ces carrés de même taille qui apparaîtront forcément, il y en aura au moins deux qui seront contraints de se toucher, d'être en contact par un de leurs bords.

  23. Intervenant 1

    Ah oui, il enfonce vraiment le clou. Essayons de visualiser concrètement pourquoi notre cerveau, et celui d'Herdeuse d'ailleurs, arrive à cette conclusion.

  24. Intervenant 2

    Vas-y, je t'écoute.

  25. Intervenant 1

    Si on imagine un artisan qui doit carreler un mur de salle de bain parfaitement carré. Sa contrainte, c'est de piocher dans des boîtes contenant des carreaux qui sont tous de dimensions différentes.

  26. Intervenant 2

    Le pauvre artisan, on lui facilite pas la tâche.

  27. Intervenant 1

    Donc, il pose un immense carreau dans le coin en bas à gauche. Ensuite, il place un carreau moyen juste à côté. Entre les deux, au-dessus, il se crée un vide en forme de L inversé ou de petit rectangle.

  28. Intervenant 2

    Oui, forcément, vu que les hauteurs ne sont pas les mêmes.

  29. Intervenant 1

    Exactement. Et pour combler cet espace avec des carrés, il va devoir utiliser des carreaux de plus en plus minuscules. Très rapidement, l'artisan se retrouve avec des petites tranchées rectangulaires impossibles à combler avec un carré unique.

  30. Intervenant 2

    Ce qui l'oblige, de fait, à utiliser deux carrés identiques côte à côte pour finir sa ligne.

  31. Intervenant 1

    C'est ça. Mais pourquoi un esprit aussi affûté qu'Ardoz pensait-il que cette impossibilité tenait d'une loi inébranlable de la nature ?

  32. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que le blocage vient d'un conflit profond entre deux concepts. La symétrie et l'asymétrie.

  33. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  34. Intervenant 2

    Le carré est la figure géométrique symétrique par excellence. Ses quatre côtés sont égaux, ses angles sont identiques. Erdos pensait, guidé par son intuition, qu'on ne pouvait pas générer une telle perfection symétrique globale en n'utilisant que de l'asymétrie locale.

  35. Intervenant 1

    En n'utilisant que des pièces tout traditionnellement différentes, en fait.

  36. Intervenant 2

    Voilà. Pour lui, la structure même du carré exigeait une forme de répétition interne. L'esthétique mathématique suggérait que l'hétérogénéité totale ne pouvait pas s'emboîter de manière finie pour former un tout parfaitement régulier.

  37. Intervenant 1

    Mais l'intuition, même chez les plus grands, ça peut être un piège redoutable.

  38. Intervenant 2

    Et cette déclaration d'impossibilité d'Erdos ne va pas clore le débat. Bien au contraire, elle va agir comme un appel à la rébellion pour un petit groupe d'étudiants du Trinity College de Cambridge.

  39. Intervenant 1

    La fameuse bande des quatre. Cédric Smith, Leonard Brooks, Arthur Stone et William Toot.

  40. Intervenant 2

    Oui, quatre jeunes passionnés. Et ce qui est savoureux dans cette histoire, c'est qu'ils prennent ça pour un simple défi récréatif au départ, un petit puzzle pour s'occuper l'esprit. Mais ils vont s'y acharner pendant des années.

  41. Intervenant 1

    Et avec une méthode redoutable, non ?

  42. Intervenant 2

    Très méthodique, oui. Il ne fonce pas tête baissée contre le carré parfait, qui est un mur géométrique bien trop rigide. Il décide de relâcher un tout petit peu la pression.

  43. Intervenant 1

    Il triche un peu quoi ?

  44. Intervenant 2

    Disons qu'il contourne l'obstacle. Au lieu de chercher à construire un grand carré, il se demande d'abord s'il est possible de disséquer un grand rectangle en petits carrés tous différents. C'est une forme légèrement plus malléable. On appelle ça des rectangles carrés.

  45. Intervenant 1

    C'est une porte d'entrée super intéressante.

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