
25 nov. 2019 · 22 min
Autoréférence : quand une phrase atteint son point fixe
Dans cet épisode, suivez pas à pas une phrase qui recompte ses consonnes jusqu’à devenir exacte, puis reliez ce jeu aux points fixes.
Collections de cet épisode (3)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Ravi de vous retrouver pour notre analyse du jour. Alors, pour commencer, imaginez une caméra vidéo. Et cette caméra, on la braque directement sur son propre écran de contrôle.
Intervenant 2
Ah oui, le classique.
Intervenant 1
Voilà. L'image de l'écran est filmée par la caméra qui la renvoie sur l'écran qui est à nouveau filmée. Et ça crée, enfin vous voyez le genre, ça crée un tunnel d'image infinie quoi.
Intervenant 2
Une boucle vertigineuse.
Intervenant 1
C'est ça, une boucle qui s'enfonce dans elle-même sans fin. Et aujourd'hui, nous allons voir comment les mathématiques, étonnamment, parviennent à encadrer ce vertige absolu. On va se baser sur un article fascinant de Tangente qui s'intitule Autoréférence et point fixe. Et notre mission, en gros, c'est de comprendre comment une simple bizarrerie de langage cache en réalité une mécanique profonde de la logique mathématique.
Intervenant 2
Absolument. Et ce qui est fascinant ici, c'est que l'autoréférence, c'est exactement ce phénomène de la caméra qui se filme. En linguistique, on parle d'une phrase qui parle de sa propre
Intervenant 1
structure. D'accord.
Intervenant 2
Et d'ailleurs, l'article de Tangente commence par nous rassurer avec un exemple assez inoffensif. C'est la phrase, écoutez bien, « Cette phrase contient cinq mots ».
Intervenant 1
Cette phrase contient cinq mots. Oui, un, deux, trois, quatre, cinq, c'est vrai.
Intervenant 2
Voilà, le mécanisme est là, la phrase se décrit elle-même et ce qu'elle énonce correspond parfaitement à la réalité. Donc l'équilibre est atteint instantanément.
Intervenant 1
Ouais, mais on sait très bien que cette stabilité, elle est hyper fragile. Parce que si on change juste quelques mots, on tombe sur le pire cauchemar des philosophes de la Grèce antique, le fameux paradoxe du menteur.
Intervenant 2
Oui, cette phrase est un mensonge.
Intervenant 1
C'est ça. Cette phrase est un mensonge. Et là, c'est si elle dit la vérité, alors c'est un mensonge. Mais si c'est un mensonge, alors elle dit la vérité. Et là, le cerveau, il disjoncte complètement. On oscille éternellement entre le vrai et le faux sans jamais pouvoir s'arrêter. Et moi, la question que je me pose, c'est si ce genre de boucle fait exploser la logique de base, comment les mathématiciens, eux, font-ils pour gérer ça sans devenir fous ?
Intervenant 2
Eh bien, pour ne pas devenir fou, les mathématiques imposent un cadre très strict, ce qu'on appelle les définitions récursives.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
En gros, pour apprivoiser l'autoréférence, on ne la laisse pas flotter dans le vide de l'interprétation linguistique. On lui donne une direction et surtout une limite.
Intervenant 1
Alors attendez, parce que décortiquons un peu tout ça. En dehors des maths, définir un truc par lui-même, c'est le défaut absolu, non ? Ah bah
Intervenant 2
oui, en littérature ou en lexicographie, c'est
Intervenant 1
sûr. Oui, si j'ouvre un dictionnaire pour chercher le mot « courage » et que la définition, c'est « fait de faire preuve de courage », j'enferme le livre, j'ai rien appris du tout, c'est le serpent qui se mord la queue. Pourquoi les maths autorisent ça alors que la langue française le rejette catégoriquement ?
Intervenant 2
C'est une excellente question. Le dictionnaire échoue parce qu'il ne vous donne aucune porte d'entrée en dehors du mot lui-même. En mathématiques, la définition récursive, elle fonctionne uniquement parce qu'on la couple obligatoirement avec une condition qui, elle, n'est pas récursive.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
C'est ce qu'on appelle l'initialisation.
Intervenant 1
L'initialisation, d'accord. Ouais.
Intervenant 2
Prenons la factorielle d'un nombre, abstrait. On va l'appeler n, d'accord ? La règle mathématique nous dit que la factorielle de n, c'est égal à n multiplié par la factorielle de n-1.
Intervenant 1
Ok, donc l'objet se définit bien par lui-même.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Donc ça veut dire que pour connaître la factorielle de 10, je dois connaître la factorielle de 9.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Qui me demande celle de 8, qui me demande celle de 7, et on descend comme ça à l'infini. On est de nouveau dans le puits sans fond, là.
Intervenant 2
Eh bien, on tomberait dans le puits sans fond, oui, si nous n'avions pas notre fameux point d'ancrage.
Intervenant 1
À l'initialisation.
Intervenant 2
Exactement. L'initialisation, c'est une règle absolue qu'on ajoute à la définition. Par exemple, on dit la factorielle de 0 est égale à 1. Point. Fin de la phrase.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Il n'y a pas d'autoréférence ici. C'est une valeur fixe et définitive.
Intervenant 1
Ah, je vois la mécanique. Donc, si on me demande la factorielle de 3, La règle récursive me dit, tu fais 3 multiplié par la factorielle de 2.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
La factorielle de 2, c'est 2 multiplié par la factorielle de 1. Et la factorielle de 1, c'est 1 multiplié par la factorielle de 0. Et là, boum !
Intervenant 2
Boum ! Vous touchez l'encre.
Intervenant 1
Je touche le fond du puits, ouais. Je sais que la factorielle de 0 vaut 1, parce que c'est la règle de base. Donc je remonte la chaîne. 1 fois 1 fait 1. Puis 2 fois 1 fait 2. Et enfin, 3 fois 2 fait 6.
Intervenant 2
Et voilà.
Intervenant 1
La boucle s'est refermée sans aucun paradoxe en fait.
Intervenant 2
C'est exactement ça. La définition autoréférente est devenue un outil de calcul parfaitement valide, mais l'article 2 Tangente nous emmène un cran plus loin.
Intervenant 1
Ah !
Intervenant 2
Parce que définir un objet, c'est une chose.
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