
30 déc. 2017 · 5 min
Art vectoriel : quand surface et volume prolongent la ligne
Dans cet épisode audio, suivez le trait des tables traçantes des années 1960 aux peintures vectorielles de Scowcza et à sa sculpture.
Collections de cet épisode (1)
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous et merci de nous rejoindre pour le podcast du magazine Tangente. Imaginons un instant une maison totalement dépourvue de murs.
Intervenant 2
Ah, juste la charpente en
Intervenant 1
fait. C'est exactement ça, juste la charpente nue qui flotterait dans les airs. Eh bien, c'est un peu la démarche audacieuse qu'on va aborder aujourd'hui dans notre exploration sonore.
Intervenant 2
Une belle plongée au programme
Intervenant 1
aujourd'hui. L'objectif de notre analyse du jour, basée sur un texte fascinant appelé le Manifeste de l'art vectoriel, c'est de comprendre comment une simple notion mathématique a engendré un vrai mouvement artistique. Un mouvement mis en lumière par le magazine depuis 2012 d'ailleurs.
Intervenant 2
Alors pour bien entrer dans ce manifeste, il faut d'abord accepter de dépouiller l'art de ses attributs habituels.
Intervenant 1
C'est-à-dire on oublie les aplats de couleurs, la matière ?
Intervenant 2
Voilà, on oublie la matière étalée sur une toile pour remplir un espace. L'objectif absolu, qui est vraiment revendiqué par ce courant, c'est littéralement de dessiner des vecteurs. Le trait devient l'unique protagoniste quoi.
Intervenant 1
Donc le reste n'a plus d'importance ?
Intervenant 2
Bah les surfaces ou les volumes n'existent que comme le prolongement de cette ligne en fait.
Intervenant 1
Alors, qu'est-ce que tout cela signifie au fond ? Parce que si on garde mon image de la charpente de tout à l'heure, ça veut dire que la structure géométrique elle-même doit porter toutes les lotions de l'œuvre.
Intervenant 2
C'est tout l'enjeu. Un vecteur, en mathématiques, ce n'est pas juste un petit trait statique. C'est une direction, une intensité, une force.
Intervenant 1
Ah oui, donc on trace des dynamiques, on ne fait pas que remplir.
Intervenant 2
Exactement. En peinture vectorielle, l'artiste ne remplit pas un espace passif. L'assemblage de ces trajectoires crée des tensions visuelles vraiment fortes, qui guident le regard de manière très différente d'un tableau classique.
Intervenant 1
Et c'est là que ça devient vraiment captivant. Parce que, bon, utiliser les mathématiques et l'informatique pour tracer des lignes, ça ne date pas d'hier.
Intervenant 2
Non, c'est sûr.
Intervenant 1
Ça renvoie inévitablement aux années 60. À l'époque, on produisait déjà de l'abstraction géométrique avec ce qu'on appelait des tables traçantes.
Intervenant 2
Oui, les fameuses tables traçantes des années 60. En gros, c'était d'immenses bras mécaniques qui tenaient un stylo. L'ordinateur, qui était très primitif à l'époque, leur dictait des coordonnées spatiales.
Intervenant 1
J'imagine que le rendu devait être assez… chirurgical.
Intervenant 2
Très froid, oui. Et très strict. Tout simplement parce que la machine ne tolérait aucune variation gestuelle. L'outil physique imposait sa propre rigidité géométrique au créateur.
Intervenant 1
On était donc très loin d'une démarche d'avant-garde cherchant à transmettre une émotion humaine. Du coup, comment l'art vectoriel actuel a-t-il réussi à s'affranchir de ce bras mécanique ?
Intervenant 2
Et bien tout simplement en reprenant le contrôle humain. Ce qui est fascinant ici, c'est que le mouvement d'aujourd'hui s'approprie cette esthétique de la ligne calculée, mais il la fusionne avec le geste spontané de la peinture classique.
Intervenant 1
Le vecteur redevient donc un véhicule ?
Intervenant 2
Ce sont d'étymologie, tout à fait. Il véhicule du sens, une intention humaine, et plus seulement une banale coordonnée dictée par une machine.
Intervenant 1
Décortiquons un peu ça, parce que cette volonté de donner un vrai corps au vecteur prend une forme assez étonnante aujourd'hui avec le collectif Skovza, formé par Dominik Ushfarski et Pierre Schmitt.
Intervenant 2
Oui, et ce sont d'ailleurs leurs œuvres qui illustrent ce numéro de Tangente.
Intervenant 1
Tout à fait. Et depuis 2012, il réalise la sculpture qui est remise au lauréat du prix Bernard Novelli. C'est un grand concours de projets informatiques autour du jeu, pour ceux qui ne connaissent pas.
Intervenant 2
Et si on regarde leurs œuvres, elles matérialisent parfaitement cette transition, tu vois. On passe de la théorie mathématique abstraite à un objet d'art palpable, ancré dans le réel.
Intervenant 1
Sauf que là, je bloque sur un paradoxe logique. L'art vectoriel repose sur la ligne, qui est unidimensionnelle par définition.
Intervenant 2
Absolument.
Intervenant 1
Alors, comment peut-on en faire une sculpture physique en trois dimensions sans trahir le manifesto cuiviste ? Enfin, on regarde quoi physiquement ?
Intervenant 2
Des tiges de métal soudées.
Intervenant 1
Si l'on relie cela à la vision globale, c'est là que le concept devient brillant. Au lieu de sculpter un bloc de matière pleine, ils utilisent des matériaux filaires. Donc ils
Intervenant 2
dessinent avec du métal ?
Intervenant 1
Voilà, ils tracent des lignes dans le vide. Le volume de la sculpture n'est pas rempli par de la matière, il est uniquement défini par ses arêtes. La ligne, en fait, s'échappe simplement du plan de la toile pour coloniser l'espace en trois dimensions.
Intervenant 2
Oh waouh, donc le spectateur marche littéralement autour d'une projection spatiale du vecteur.
Intervenant 1
Exactement. C'est fascinant, non ? La rigueur géométrique finit par nourrir l'expression créative, au lieu de la brider, tant que l'on ne perd pas le fil du trait. C'est vertigineux de voir comment une contrainte technique, née sur de vieilles tables traçantes, a pu se transformer en une avant-garde aussi physique. Et ça laisse imaginer des perspectives inédites avec les technologies actuelles.
Intervenant 2
Oh, carrément !
Intervenant 1
Parce que si ces vecteurs mathématiques ont réussi à s'extirper de la toile pour devenir des sculptures physiques en métal, que se passera-t-il avec la réalité virtuelle ou les hologrammes ?
Intervenant 2
Des vecteurs de pure lumière ?
Intervenant 1
C'est ça. Imaginons pouvoir évoluer au milieu de vecteurs faits de lumière, totalement affranchis de la gravité. La fameuse maison sans mur de notre introduction ne serait plus qu'une architecture d'informations flottantes.
Intervenant 2
Ça remet tout en perspective.
Intervenant 1
On peut vraiment se demander comment notre cerveau percevrait l'art s'il n'y avait plus aucune limite physique aux traits mathématiques. Une réflexion passionnante à garder en tête pour prolonger cette écoute. Merci à toutes et à tous de nous avoir suivis et à la prochaine pour une nouvelle plongée au cœur du savoir.
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