
31 juil. 2026 · 6 min
Son, clowns, classes : trois lauréats des prix SMF
Dans cet épisode audio, passez du son aux clowns mathématiques, puis aux classes qui coopèrent, pour découvrir les trois lauréats des prix 2025.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on fait une petite plongée dans les plus hautes distinctions mathématiques françaises.
Intervenant 2
Bonjour. Oui, les prix 2025 de la Société Mathématique de France, la fameuse SMF.
Intervenant 1
Voilà, ils sont décernés tous les deux ans. Mais bon, si on s'attend à une liste interminable de théorèmes super ardus ou d'équations sur un tableau noir, on risque d'être surpris.
Intervenant 2
C'est clair. Au programme de cette exploration, on a des clowns, des fictions réalistes et même de la poésie.
Intervenant 1
C'est fou ça.
Intervenant 2
C'est toute la mission de notre analyse d'aujourd'hui, en fait. Comprendre comment les maths sortent de leur cadre académique pour s'infiltrer dans le réel. Et pour ça, il faut surprendre le grand public.
Intervenant 1
Créer un décalage.
Intervenant 2
Exactement, un décalage immédiat.
Intervenant 1
Ce qui nous amène logiquement au prix d'Alembert, qui récompense justement la diffusion des maths. Et cette année, on a deux lauréats ex aequo qui manient très bien ce fameux décalage.
Intervenant 2
Oui, alors d'un côté, il y a l'exposition, ça résonne. C'est à la Maison des mathématiques et de l'informatique de Lyon, jusqu'en juin 2027 d'ailleurs. Le but, c'est de révéler la
Intervenant 1
science derrière le son,
Intervenant 2
c'est bien ça ? C'est ça. Et la méthode est brillante parce qu'on n'explique pas simplement et de façon abstraite que le son est une onde.
Intervenant 1
Ah, on manipule du coup ?
Intervenant 2
Voilà. Par des manipulations physiques, l'architecture mathématique devient visible. On voit des concepts comme les fréquences, les ondes stationnaires ou l'analyse de Fourier se matérialiser littéralement devant nous.
Intervenant 1
Donc on rend l'invisible visible. C'est très fort, mais pour le coup, le second lauréat va encore plus loin dans la surprise, je trouve. C'est la compagnie Lille Logique. Les clowns
Intervenant 2
mathématiques.
Intervenant 1
Oui, c'est Burlesque à souhait. Le fondateur, Cédric Aubouilly, qui vient d'ailleurs de publier le roman « Je ne sais pas où la disparition des mathématiciens » en 2025, lance un nouveau projet qui s'appelle « Urgence ralentir ». Et moi, cette idée du clown, je la vois comme un vrai cheval de Troie.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
Ben, on fait rire pour désarmer et paf, on glisse une leçon de rigueur. Leur devise est géniale d'ailleurs, c'est « plus on fait n'importe quoi, moins il faut le faire n'importe comment ».
Intervenant 2
C'est tellement vrai. Ça capture toute la mécanique de l'absurde en fait. Une blague clownesque basée sur la science, ça exige une logique implacable.
Intervenant 1
Parce qu'il faut connaître la règle pour la briser.
Intervenant 2
Exactement. En poussant un raisonnement dans l'absurde total, on montre exactement où la logique se fracture. Ça force le cerveau à s'interroger sur les règles sous-jacentes. Et c'est un entraînement redoutable pour l'esprit critique.
Intervenant 1
C'est sûr que le rire, ça accroche. Mais bon, l'humour, ça reste instantané. Du coup, si on veut transformer ça en engagement sur la durée, surtout pour des élèves, comment on fait ?
Intervenant 2
Eh bien, c'est là qu'intervient le prix Jacqueline Ferrand. Il est centré sur la pédagogie. Et cette année, il est attribué au dispositif Resco.
Intervenant 1
Porté par l'Institut de recherche pour l'enseignement des sciences de Montpellier ?
Intervenant 2
C'est ça. Et Resco, ça veut dire résolution collaborative de problème. En gros, c'est une plateforme d'échange où plusieurs classes planchent sur un problème qu'ils appellent de fiction réaliste.
Intervenant 1
Et ça dure combien de temps, ça fiche ?
Intervenant 2
Pendant cinq semaines. À raison d'une séance par semaine, les élèves fouillent des données, ils débattent pour prendre la meilleure décision possible face à cette situation.
Intervenant 1
Alors attendez, je vous arrête un petit instant parce que dans la préparation, j'ai vu un détail technique assez incroyable.
Intervenant 2
Lequel ?
Intervenant 1
Ce même problème, il est envoyé simultanément à des classes de la sixième à la terminale.
Intervenant 2
Oui, tout à fait.
Intervenant 1
Mais comment c'est possible en pratique, je veux dire, de faire travailler des niveaux tellement différents sur le même énoncé ?
Intervenant 2
La réponse, elle, est au cœur de la modélisation mathématique. Face à un problème tiré du réel, disons, je ne sais pas, optimiser un réseau d'eau potable. La situation de base, elle, ne change pas. Ce sont les outils qui changent, alors ? Voilà. Un élève de sixième, il va peut-être utiliser un tableau de proportionnalité ou une petite grille logique.
Intervenant 1
D'accord, oui.
Intervenant 2
Alors qu'en terminale, l'élève va sortir un système d'équations complexes ou utiliser des suites. L'énoncé ne dicte jamais la complexité. Ils s'adaptent très naturellement à la maturité de l'élève.
Intervenant 1
Ok, on donne juste le terrain de jeu quoi. La méthode vient de l'élève. Et donc, après le réel et la collaboration, la dernière initiative primée nous ramène vraiment à l'essence de la discipline. C'est le concours de poésie mathématique Michel Audin.
Intervenant 2
Oui, lancé par la Gazette de la SMF. Et le principe est superbe. Toutes les formes de texte sont acceptées. Envoyées avant le 1er octobre 2026 d'ailleurs.
Intervenant 1
Le but étant de mêler l'équation et le verbe. C'est presque antinomique dans l'imaginaire collectif, non ?
Intervenant 2
Pas du tout. En fait, c'est un lien hyper naturel. Une démonstration mathématique, quand elle est élégante, elle fonctionne exactement comme un poème réussi. C'est joli, m'en dit. Mais c'est vrai. Dans les deux cas, le processus, c'est de retirer tout le superflu. On gomme chaque symbole ou chaque mot inutile.
Intervenant 1
Pour ne garder qu'une vérité pure.
Intervenant 2
Exactement. Très concentré. C'est ça qui rend la discipline profondément sensible, vibrante même.
Intervenant 1
Ce qu'on retient de ce palmarès, c'est que les maths sont fondamentalement ancrées dans la créativité, le rire et le partage. Loin des clichés, en somme.
Intervenant 2
Très loin, oui.
Intervenant 1
Ce qui m'amène à une ultime réflexion. Puisque les mathématiques peuvent se raconter en poèmes ou se jouer en clowns, est-ce que ce langage universel ne pourrait pas être considéré finalement comme la forme d'art ultime ?
Intervenant 2
Une forme d'art à part entière, oui.
Intervenant 1
Un art capable de traduire des concepts, des architectures mentales ou même des émotions que nos mots classiques échouent parfois à exprimer. C'est une perspective assez vertigineuse à explorer pour le coup, non ?
Intervenant 2
Complètement.
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