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30 déc. 2017 · 12 min

Xenakis : comment mettre la musique en vecteurs ?

Dans cet épisode, suivez pas à pas comment Xenakis associe des nombres aux hauteurs, intensités et durées pour construire son espace musical.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour.

  3. Intervenant 1

    Et aujourd'hui, on va aborder un sujet qui franchement heurte un peu notre conception classique de l'art.

  4. Intervenant 2

    Ah oui, complètement.

  5. Intervenant 1

    Si je vous disais que la prochaine grande symphonie que vous allez écouter n'a pas été conçue par un musicien qui attend l'inspiration divine devant son piano, mais plutôt qu'elle a été calculée très exactement avec la même rigueur géométrique qu'on utilise pour concevoir la structure d'un pont ou la trajectoire d'une fusée.

  6. Intervenant 2

    C'est une approche qui bouscule nos habitudes. On a tellement l'habitude d'opposer la froideur analytique de mathématiques d'un côté et la chaleur, la spontanéité de l'art de l'autre.

  7. Intervenant 1

    C'est exactement cette frontière qu'on va essayer d'effacer dans notre exploration d'aujourd'hui. On va plonger dans des sources fascinantes, notamment un ouvrage fondateur de 1963 qui s'appelle « Musique formelle ».

  8. Intervenant 2

    Un livre vraiment incroyable.

  9. Intervenant 1

    Oui, et le but, c'est de comprendre comment des équations, de l'algèbre pur et des probabilités peuvent littéralement créer de la matière sonore. Comment on transforme une simple note en un vecteur à trois dimensions.

  10. Intervenant 2

    Et pour comprendre ça, il faut absolument parler de l'homme derrière ce concept des espaces vectoriels musicaux. Yanis Xenakis.

  11. Intervenant 1

    Xenakis, oui.

  12. Intervenant 2

    C'est vraiment indispensable de comprendre son profil, la façon dont il voyait le monde, pour saisir comment une idée aussi radicale a pu naître.

  13. Intervenant 1

    D'accord, décortiquons un peu tout ça. Quand on regarde sa biographie, un truc qui frappe tout de suite, c'est que ce n'est pas du tout un cursus de conservatoire classique.

  14. Intervenant 2

    Non, pas du tout.

  15. Intervenant 1

    C'est un jeune homme né en Roumanie, d'origine grecque, qui a fui la guerre vers la France. Et surtout, il arrive avec un diplôme d'ingénieur.

  16. Intervenant 2

    C'est ça, un ingénieur. Et en même temps, il baigne dans un milieu très artistique.

  17. Intervenant 1

    Donc on sent bien que son cerveau ne sépare pas la technique d'un côté et l'esthétique de l'autre.

  18. Intervenant 2

    C'est exactement le moteur de son œuvre. Ce refus de compartimenter. Si on se replaire dans les années 50, il intègre l'atelier du célèbre architecte Le Corbusier.

  19. Intervenant 1

    Ah oui, à

  20. Intervenant 2

    Paris. Et quand on regarde ses croquis de l'époque, on voit un ingénieur qui calcule des résistances de béton armé, mais qui, avec les mêmes outils conceptuels, compose de la musique.

  21. Intervenant 1

    C'est fou !

  22. Intervenant 2

    Pour lui, si on peut modéliser un bâtiment avec des vecteurs de force pour qu'il tienne debout, eh bien on peut appliquer ces mêmes contraintes à l'espace sonore.

  23. Intervenant 1

    Et il y a d'ailleurs un cas hyper concret dans nos sources, c'est le pavillon Philips pour l'exposition universelle de Bruxelles de 1958.

  24. Intervenant 2

    Le point de bascule, oui. Ce bâtiment est entièrement fait de paraboloïdes hyperboliques.

  25. Intervenant 1

    Pardon, de paraboloïdes ?

  26. Intervenant 2

    Hyperboliques. En gros, ce sont des surfaces courbées mais qui sont générées par des lignes droites.

  27. Intervenant 1

    Ah d'accord.

  28. Intervenant 2

    Une prouesse pour l'époque. Xenakis a pris ces équations architecturales et il les a traduites directement dans une œuvre orchestrale. Métastase.

  29. Intervenant 1

    Les violons qui font des glissandos, ça ?

  30. Intervenant 2

    Exactement. Les violons glissent d'une note à l'autre en continu et ça forme des masses sonores qui reproduisent la forme du béton. Le son devient un matériau de construction.

  31. Intervenant 1

    Ouais, on s'éloigne vraiment de la petite mélodie qu'on sifflote sous la douche là.

  32. Intervenant 2

    Et c'est ce qui l'amène à sa musique stochastique.

  33. Intervenant 1

    Tout à fait. Alors stochastique, ça vient du grec stokos, la cible ou la probabilité. Il s'inspirait des phénomènes de masse comme le bruit de la pluie ou une foule qui crie.

  34. Intervenant 2

    C'est une très bonne image. Dans une foule, vous ne pouvez pas prédire le cri exact d'une personne à la seconde près.

  35. Intervenant 1

    Impossible.

  36. Intervenant 2

    Mais le mouvement global, lui, suit des lois statistiques.

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