
15 avr. 2020 · 14 min
Courbes : deux millénaires jusqu’aux équations de Descartes
Dans cet épisode, suivez les courbes des constructions grecques aux coordonnées et aux équations de Descartes, qui ouvrent une nouvelle manière de les étudier.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut à
Intervenant 1
tous. Aujourd'hui, on va s'attaquer à un sujet, enfin à un objet que absolument quiconque nous écoute pense connaître sur le bout des doigts.
Intervenant 2
Oh oui, une notion qui paraît tellement évidente qu'on n'y prête même plus attention.
Intervenant 1
Exactement. Et on va baser notre plongée d'aujourd'hui sur un article fascinant qui s'intitule « Une notion géométrique insaisissable ».
Intervenant 2
Un titre qui annonce bien la couleur.
Intervenant 1
C'est clair. Le but, ça va être de retracer une véritable épopée intellectuelle. On parle d'un voyage de près de 2000 ans quand même.
Intervenant 2
Rien que ça.
Intervenant 1
Et tout ça pour définir avec une rigueur absolue un truc tout simple. La courbe.
Intervenant 2
Mais tu vas voir que c'est loin d'être simple. C'est même une quête acharnée où les mathématiciens ont dû, en gros, détruire notre intuition visuelle.
Intervenant 1
C'est ça qui est dingue. Parce que si on demande à une personne croisée dans la rue de dessiner une courbe sur un doux de papier, le résultat est hyper prévisible.
Intervenant 2
Bah oui, on va voir apparaître une belle ligne sinueuse, pleine d'arrondis, de virages.
Intervenant 1
Voilà. Et à l'inverse, si on demande de tracer une ligne droite, la personne va spontanément chercher une règle.
Intervenant 2
Tout à fait. C'est ancré dans l'esprit collectif.
Intervenant 1
D'ailleurs, j'ai vérifié dans les dictionnaires de langue française, genre le Robert ou le Larousse, et pour eux, une courbe, c'est défini par son absence de droiture. C'est une ligne qui s'infléchit, sans aucune portion droite.
Intervenant 2
Donc si on suit cette logique intuitive, une droite n'est absolument pas une courbe.
Intervenant 1
Exactement. Sauf que, en mathématiques, c'est une illusion totale.
Intervenant 2
Ah ça, la rupture entre notre perception visuelle et la vérité mathématique, c'est vraiment l'un des tournants les plus crucieux de l'histoire des sciences.
Intervenant 1
Pour un géomètre, une ligne droite parfaitement rectiligne, c'est une courbe.
Intervenant 2
Ouais, et quand tu ouvres un dictionnaire spécialisé en mathématiques, la définition n'a plus rien à voir avec un joli trait de crayon.
Intervenant 1
Ah non, là ça rigole plus du tout.
Intervenant 2
Si on prend le Larousse spécialisé, on y lit, accroche-toi, que c'est l'image dans un espace euclidien de dimension 2 ou 3 d'un intervalle de grand R par une application continue.
Intervenant 1
La ligne ondulée a complètement disparu au profit d'un vocabulaire topologique hyper aride quoi.
Intervenant 2
C'est ça. Mais ce changement radical ne s'est pas fait juste pour le plaisir de compliquer les choses.
Intervenant 1
Heureusement.
Intervenant 2
En fait, c'est le résultat d'une lutte millénaire contre les limites même de la matière. Parce qu'un dessin tracé sur du sable ou sur un parchemin, ça a une épaisseur. Ça a une imperfection inhérente.
Intervenant 1
Bien sûr, le grain du papier, l'encre qui bave un peu.
Intervenant 2
Voilà. Pour atteindre une vérité universelle, la géométrie a dû s'arracher au monde physique pour devenir un pur objet de pensée algébrique.
Intervenant 1
Tu sais à quoi ça me fait penser ? C'est un peu comme juger un livre à sa couverture.
Intervenant 2
Comment ça ?
Intervenant 1
Bah, se fier à l'apparence visuelle d'une courbe, c'est la couverture. Alors que la définition mathématique ardue avec son application continue et tout, c'est comme lire le code source de l'univers.
Intervenant 2
Ah, j'adore l'analogie. C'est exactement ça, c'est l'architecture invisible qui régit la forme.
Intervenant 1
Mais du coup, une question me brûle les lèvres. Pourquoi les mathématiciens ont-ils ressenti ce besoin presque obsessionnel de compliquer une chose visuellement si simple ?
Intervenant 2
C'est une excellente question !
Intervenant 1
Parce que la géométrie antique, elle semblait super bien marcher avec ses figures tracées, au compas et à la règle. Quels ont été les démons déclencheurs ? Le mur sur lequel ils se sont fracassés ?
Intervenant 2
Eh bien, ce mur portait un nom très précis. Ce sont les limites algébriques de la règle et du compas.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Pour comprendre, il faut qu'on fasse un petit saut dans le temps. Direction la Grèce antique, au VIe siècle avant notre ère, avec des savants comme Thalès.
Intervenant 1
L'âge d'or de la géométrie, quoi.
Intervenant 2
Exactement. Mais à l'époque, il y avait un dogme intellectuel absolu, une règle stricte.
Intervenant 1
Laquelle ?
Intervenant 2
Pour qu'une construction géométrique soit jugée pure et valide, elle devait être réalisable avec seulement deux outils. Une règle non graduée, juste pour tracer des droites, et un compas, pour tracer des cercles.
Intervenant 1
La règle du jeu ultime. Droite et cercle sont les rois absolus.
Intervenant 2
C'est ça. Et ça permettait de faire des trucs incroyables, attention. Des polygones réguliers, des proportions parfaites.
Intervenant 1
Ouais, mais j'imagine que cette rigidité, ça a fini par coincer.
Intervenant 2
Totalement.
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