
3 nov. 2020 · 24 min
Suites récurrentes : une règle répétée peut-elle trouver une racine ?
Dans cet épisode audio, suivez une valeur calculée depuis la précédente et découvrez sous quelles conditions elle converge, jusqu’à approcher une racine carrée.
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Intervenant 1
Quand on appuie sur la touche racine carrée d'une calculatrice, la réponse s'affiche vraiment à la vitesse de la lumière. On pourrait croire que la machine possède, je ne sais pas, une immense bibliothèque de résultats en mémoire ou qu'elle connaît la réponse de base. Mais en fait, pas du tout. Elle utilise un très vieux secret mathématique qui consiste, pour faire super simple, à répéter la même petite erreur en boucle jusqu'à ce que cette erreur disparaisse complètement et laisse place à la perfection absolue. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, nous entamons une plongée au cœur de nos sources absolument fascinantes. Ah oui, très fascinantes.
Intervenant 2
Ouais.
Intervenant 1
L'objectif de cette exploration, en fait, c'est de comprendre comment une idée d'une simplicité enfantine, genre le simple fait de répéter une règle, ça permet de modéliser le monde entier et de résoudre des problèmes d'une complexité folle.
Intervenant 2
Ce qui est merveilleux avec ce sujet, c'est vraiment la disproportion entre l'outil de départ et le résultat obtenu.
Intervenant 1
Ouais, les carrés immenses !
Intervenant 2
Complètement. Tirer une infinité de conclusions, construire des mondes mathématiques entiers ou même anticiper l'évolution d'une population à partir d'une seule et unique règle qu'on répète inlassablement, c'est sans conteste l'une des plus grandes prouesses de la pensée humaine. C'est vraiment ça, c'est l'art de faire naître l'infini à partir d'une graine minuscule.
Intervenant 1
Et pour comprendre comment cette graine a germé, il faut remonter un peu le temps. Et effet super surprenant pour un concept mathématique d'ailleurs, s'intéresser d'abord à la linguistique.
Intervenant 2
Ah ouais, l'étymologie c'est la base.
Intervenant 1
Exactement. Le terme central de notre exploration d'aujourd'hui, pour ceux qui nous écoutent, c'est la récurrence. Mais d'où vient ce mot fondamentalement ? Avant d'atterrir sur nos bancs de l'école.
Intervenant 2
Alors, son origine nous vient tout droit du latin, du verbe « récurer ». Et l'image est super physique, hyper dynamique, vu que ça signifie littéralement « revenir en courant » ou « revenir en arrière sur ses pas », tu vois.
Intervenant 1
Revenir sur ces pas d'accord.
Intervenant 2
L'idée de repasser par le même chemin. Historiquement, on associe souvent l'émergence de ce raisonnement par récurrence à Blaise Pascal au XVIIe siècle, notamment avec son fameux triangle.
Intervenant 1
Le fameux triangle de Pascal, ouais.
Intervenant 2
Voilà. Mais pourtant, en creusant bien les archives de nos sources, on s'aperçoit que la mécanique, elle était déjà en germe bien avant, genre en pleine Renaissance.
Intervenant 1
Alors là, on parle du mathématicien italien Francisco Moralico, si je ne me trompe pas, quelque part entre 1495 et 1575. C'est fou de se dire qu'à l'époque où Michel-Ange peignait la chapelle Sistine, d'autres posaient littéralement les briques de l'infini.
Intervenant 2
C'est le parallèle parfait. Dans son ouvrage Arithmeticorum, Moralico utilisait déjà ce principe d'induction pour démontrer des propriétés sur les nombres impairs. En fait, il avait saisi cette intuition de la chaîne logique.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Si une chose est vraie pour le premier maillon et que chaque maillon transmet la vérité au suivant, alors la chaîne entière est vraie.
Intervenant 1
C'est d'une logique implacable.
Intervenant 2
Oui, mais il a quand même fallu plusieurs siècles pour que cette intuition devienne un pilier incontestable. Il faut carrément attendre la fin du XIXe siècle et le grand Henri Poncarré pour que la récurrence soit couronnée.
Intervenant 1
Ah, Poncarré !
Intervenant 2
Eh oui, Poincare l'a qualifié carrément de « raisonnement mathématique par excellence ». Pour lui, c'était la preuve ultime de la puissance de l'esprit humain, qui est capable de concevoir l'infini en un seul acte de pensée.
Intervenant 1
C'est hyper puissant, mais ça amène quand même une petite confusion sémantique qu'il faut dissiper pour notre audience.
Intervenant 2
Je vois de quoi tu parles.
Intervenant 1
Bah oui, dans les discussions autour de ce sujet, on entend super souvent deux mots qui se ressemblent énormément. On parle de récurrence d'un côté et de récursivité de l'autre. Est-ce que c'est des simples synonymes ou il y a une vraie subtilité qui nous échappe ?
Intervenant 2
Ah, il y a une subtilité et elle est cruciale pour comprendre l'évolution des sciences. La récurrence, c'est vraiment rester la chasse gardée des mathématiques pures. C'est une méthode de démonstration logique.
Intervenant 1
Ok, donc on prouve des théorèmes avec.
Intervenant 2
Voilà. La récursivité, en revanche, elle a voyagé. Le terme nous vient de l'anglais « recursive », qui est bien sûr dérivé de notre fameux « recurere » latin, mais il a explosé dans d'autres disciplines.
Intervenant 1
Genre en informatique, j'imagine ?
Intervenant 2
Oui, mais pas seulement. Pour les linguistes, par exemple, c'est la capacité d'enchasser des phrases dans des phrases à l'infini. En informatique moderne, c'est le concept de bave où une fonction s'appelle elle-même. Mais on le retrouve aussi en biologie de l'évolution avec l'ADN ou même dans les fractales en art.
Intervenant 1
Ce qui est vertigineux, c'est quand un seul esprit arrive à fusionner ces deux mondes. Nos sources mettent en lumière un personnage vraiment charnière, un certain Giuseppe Peano.
Intervenant 2
Ah oui, Piano a ses mathématiques, ah oui !
Intervenant 1
Ce mathématicien italien de la fin du XIXe siècle était justement, et c'est sûrement pas un hasard, un grand passionné de linguistique.
Intervenant 2
C'est clair. Et le travail de Piano, c'est l'un des plus grands tours de force de l'histoire des sciences. À son époque, les mathématiciens cherchaient à consolider les fondations de leurs disciplines. Et Piano, il a décidé de reconstruire la totalité de l'ensemble des entiers, naturel, tu sais, le fameux ensemble grand N,
Intervenant 1
Oui, 0, 1, 2, 3, etc.
Intervenant 2
Exactement. Il a voulu le reconstruire en partant du vide absolu, en utilisant uniquement une approche récursive. Et sa méthode brille par son ascétisme. Il pose qu'une seule brique de départ, le chiffre 0, et il définit qu'une seule règle de mouvement, ce qu'il appelle la fonction successeur.
Intervenant 1
Donc, si je résume, au lieu de dire que les nombres existent de façon innée dans la nature, il dit, bon bah voici 0, et voici une règle qui dit que chaque élément possède un élément suivant. C'est ça, hein ?
Intervenant 2
C'est totalement ça. Le chiffre 1 n'est rien d'autre que le successeur de 0. Le 2, bah c'est le successeur du successeur de 0. Et ainsi de suite. Avec une seule brique et un seul mouvement, il engendre l'infinité de tous les nombres entiers.
Intervenant 1
Waouh ! Si on essaie de visualiser ça, c'est un peu comme si Piano avait inventé un escalier infini, mais avec une astuce de construction redoutable.
Intervenant 2
Une astuce ?
Intervenant 1
Ouais. C'est pas un escalier qu'on bâtit marche par marche, on allait en chercher des planches de bois à chaque fois. On pose la première marche, le zéro, et à l'intérieur de cette marche, il y a un petit mécanisme, genre un code génétique, qui contient les matériaux et le plan pour fabriquer la marche suivante. La mécanique s'emballe toute seule pour construire l'édifice des maths.
Intervenant 2
Mais c'est une super image. L'analogie de l'escalier auto-constructeur est hyper juste. D'ailleurs, pour réconcilier définitivement la vision informatique et la vision mathématique dont on parlait, le XXe siècle a vu naître les travaux de Stephen Colclean.
Intervenant 1
Un logicien, c'est
Intervenant 2
ça ? Oui, un logicien américain. Il a donné un sens formel et très rigoureux aux ensembles qu'on construit par cette méthode récursive de l'escalier, en s'appuyant justement sur les suites récurrentes. Il a prouvé que tout ce qui est calculable par une machine est intimement lié à ses définitions récursives.
Intervenant 1
Mais du coup, je me fais un peu l'avocat du diable là.
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