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15 févr. 2017 · 6 min

Trois Nobel d’économie : quand les disciplines se croisent

Dans cet épisode audio, suivez trois parcours : Samuelson, Debreu et Tirole puisent dans les mathématiques, la physique et la psychologie.

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  1. Intervenant 1

    Imaginez l'économie mondiale, pas juste comme une affaire de gros sous, mais vraiment comme une gigantesque réaction chimique. Fascinant, non ? C'est

  2. Intervenant 2

    clair que c'est

  3. Intervenant 1

    l'image qui interpelle. Oui. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on décode un super article. Notre mission, c'est de comprendre comment les mathématiques, la physique et même la psychologie ont littéralement envahi l'histoire des prix Nobel d'économie.

  4. Intervenant 2

    C'est ça. Au fil des décennies, l'économie moderne s'est comportée un peu comme une éponge scientifique. Elle a absorbé toutes ces autres sciences exactes.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Et pour comprendre cette invasion, il faut carrément remonter aux racines physiques de ces modèles.

  6. Intervenant 2

    Absolument. Tout commence vraiment avec la physique. Si on veut capter l'essence des modèles financiers, il faut regarder du côté de la thermodynamique.

  7. Intervenant 1

    Qu'attend la thermodynamique ? Quoi ? C'est l'étude de la chaleur ? Des transferts d'énergie ? Enfin, quel est le rapport avec le pouvoir d'achat ou le marché boursier ?

  8. Intervenant 2

    Le rapport, c'est la gestion du chaos. Pense à un gaz. Dedans, tu as des milliards de particules qui s'entrechoquent de façon complètement aléatoire.

  9. Intervenant 1

    D'accord, donc c'est impossible de suivre la trajectoire d'une seule de ces particules.

  10. Intervenant 2

    Voilà. Mais grâce aux lois des probabilités, on peut prédire le comportement global du gaz, comme sa pression ou sa température. Et au milieu du XXe siècle, l'économiste Paul Samuelson, le prix Nobel 1970, s'est inspiré de ça.

  11. Intervenant 1

    Ah, il s'est dit qu'on pouvait appliquer ces méthodes statistiques directement à l'économie.

  12. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Il a appliqué le calcul différentiel, intégral et les statistiques comparatives. D'ailleurs, il s'est ouvertement inspiré de Josiah Willard Gibbs.

  13. Intervenant 1

    Le fondateur de vémalise vectorielle et de la thermodynamique chimique, c'est bien ça. Oui. Samuelson en a même fait un outil ultra pédagogique avec son grand livre de 1947 sur les fondements de l'analyse économique.

  14. Intervenant 2

    C'est brillant en fait. Je comprends mieux l'analogie. Les particules, ce sont les consommateurs et les entreprises. On ne sait pas ce qu'une personne précise va acheter demain, mais on calcule la probabilité globale d'un état du marché.

  15. Intervenant 1

    C'est tout à fait la logique derrière.

  16. Intervenant 2

    Mais du coup, en empruntant des outils pareils aux sciences dures, est-ce que l'économie espérait pas devenir une science exacte et infaillible ?

  17. Intervenant 1

    C'est justement le piège dans lequel la discipline a failli tomber. Pour asseoir cette rigueur mathématique, l'économie a dû plonger dans une abstraction encore plus profonde. Et là, on doit parler de Gérard Debreu.

  18. Intervenant 2

    Le premier Français prix Nobel d'économie en 1983. C'est ça. Et lui, pour prouver les fondations de ses modèles, il a carrément fait appel à la topologie.

  19. Intervenant 1

    La topologie. Alors, pour ceux de notre audience qui n'ont pas fait de maths pure, c'est bien l'étude des formes géométriques qu'on peut étirer ou tordre sans les déchirer, non ?

  20. Intervenant 2

    Parfaitement résumé. Mais en économie, c'est utilisé pour modéliser le comportement d'achat. Imagine que les envies des consommateurs fluctuent, s'étirent ou se déforment selon les revenus.

  21. Intervenant 1

    D'accord.

  22. Intervenant 2

    Et grâce à la topologie, Debreu a prouvé mathématiquement l'existence d'une fonction d'utilité continue. En gros, il a démontré que malgré ces déformations de la demande, un équilibre des prix finira toujours par exister sur un marché concurrentiel.

  23. Intervenant 1

    C'est super élégant sur le papier. Il a coécrit ça en 1954 avec Kenneth Arrow, je crois.

  24. Intervenant 2

    Oui, le fameux Nobel de

  25. Intervenant 1

    1972. Celui qui est connu pour son théorème d'impossibilité sur les limites du système démocratique, basé sur le paradoxe de Condorcet. Mais attends, ça soulève un vrai doute tout ça.

  26. Intervenant 2

    Lequel ?

  27. Intervenant 1

    Bah, si on doit utiliser des outils aussi abstraits que la topologie pour trouver un équilibre, est-ce que ces modèles ne risquent pas d'être complètement déconnectés de la réalité du terrain ? Surtout quand Haro prouve que même nos choix de vote sont mathématiquement irrationnels.

  28. Intervenant 2

    C'est une excellente réflexion. L'abstraction garantit la cohérence de la théorie, mais le monde réel est rempli d'acteurs humains incapables de paniquer. Ces modèles purs ne peuvent pas survivre sans s'adapter.

  29. Intervenant 1

    C'est sûr que l'humain n'est pas une équation parfaite.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Et c'est précisément pour reconnecter ces modèles parfaits aux comportements imparfaits qu'une nouvelle approche est née, en intégrant la psychologie.

  31. Intervenant 1

    Ce qui nous amène directement à la théorie des jeux et aux travaux de Jean Tirole, le prix Nobel 2014.

  32. Intervenant 2

    Exactement. Il travaille à Toulouse et il est carrément ingénieur et docteur en mathématiques de la décision. Son génie, c'est de mêler les modèles économiques classiques avec la théorie des jeux, la théorie de l'information et la psychologie.

  33. Intervenant 1

    Donc on a l'impression que la théorie des jeux agit ici comme un pont. Un pont indispensable entre, disons, les mathématiques froides et la panique totalement irrationnelle des marchés lors d'une crise.

  34. Intervenant 2

    C'est une super métaphore. Tirole voulait vraiment comprendre les crises financières, comme celles des subprimes en 2008. Et son analyse a montré que le problème, ce n'était pas l'outil mathématique, mais l'emballement humain.

  35. Intervenant 1

    Face à des outils hyper complexes comme la titrisation ou les produits dérivés, j'imagine.

  36. Intervenant 2

    C'est ça. D'ailleurs, sa position est très nuancée là-dessus. Il a dit qu'il ne faudra pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

  37. Intervenant 1

    Donc, il faut garder les effets positifs de ces innovations financières, mais imposer des garde-fous techniques très strictes contre les abus.

  38. Intervenant 2

    C'est la clé de voûte de ses recherches. Dans son livre Économie du bien commun, il démontre que pour réguler un système, on doit impérativement intégrer la psychologie des acteurs.

  39. Intervenant 1

    C'est fascinant quand on y pense. Pour résumer cette évolution incroyable, on est passé de la physique pour modéliser des statistiques globales, à la topologie abstraite pour prouver des équilibres, jusqu'à intégrer la psychologie pour gérer notre irrationnalité.

  40. Intervenant 2

    Et il faut rappeler que les politiques économiques qui régissent le quotidien de tout le monde reposent secrètement sur ces mathématiques hybrides. Un vrai millefeuille scientifique pour comprendre une réalité toujours changeante.

  41. Intervenant 1

    Ce qui me laisse avec une pensée un peu provocatrice pour la fin.

  42. Intervenant 2

    Je t'écoute.

  43. Intervenant 1

    Eh bien, puisque l'économie s'est nourrie de toutes ces sciences au siècle dernier, quelle sera la prochaine grande discipline à bouleverser nos modèles financiers ?

  44. Intervenant 2

    Ah, peut-être la biologie évolutive, pour modéliser la survie des entreprises ?

  45. Intervenant 1

    Ou bien l'intelligence artificielle. C'est un débat qui reste totalement ouvert pour ceux qui nous écoutent. Un grand merci d'avoir suivi cette analyse des sources du magazine Tangente avec

  46. Intervenant 2

    nous. Merci à tous et à très bientôt.

  47. Intervenant 1

    À bientôt.

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