
15 janv. 2020 · 17 min
Traitement d’images : du bruit aux fresques restaurées
Dans cet épisode audio, suivez les mathématiques du débruitage jusqu’au choix d’une teinte qui rend une lacune de fresque moins perceptible.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour à tout le
Intervenant 1
monde. Je suis vraiment ravie d'accueillir tout le monde pour cette nouvelle plongée parce qu'on va aborder un sujet qui est pour le coup fascinant.
Intervenant 2
Ouais, carrément fascinant. On va parler d'images.
Intervenant 1
Voilà. Et surtout, des mathématiques cachées derrière le traitement d'images. C'est vrai qu'on associe souvent les maths à des trucs très froids, des tableaux noirs pleins d'équations. Mais en fait, c'est hyper concret.
Intervenant 2
C'est même au cœur de notre quotidien. C'est une discipline super ancrée dans la réalité.
Intervenant 1
Exactement. Et pour guider notre échange aujourd'hui, on va s'appuyer sur un excellent article, un article rédigé par Eduardo Provenzi, qui est professeur à l'Institut de mathématiques de l'Université de Bordeaux et qui s'intitule « Images, des applications inattendues ».
Intervenant 2
Un texte très riche d'ailleurs.
Intervenant 1
Très. Et la mission de notre exploration aujourd'hui, ça va être de découvrir comment des concepts mathématiques qui ont l'air hyper abstraits, genre les probabilités ou les méthodes variationnelles, ils façonnent littéralement notre monde visuel.
Intervenant 2
Ouais, depuis l'écran de notre smartphone jusqu'à la restauration de vieilles œuvres d'art dans les musées. C'est fou quand on y pense. C'est ça qui est génial avec les mathématiques appliquées.
Intervenant 1
Bon, décortiquons un peu tout ça. Aujourd'hui, l'image, c'est devenu le mode de communication non-verbal numéro un. Tout le monde a un appareil photo dans sa poche.
Intervenant 2
Oui, et du coup, le traitement d'images, c'est devenu un des domaines de recherche les plus massifs, que ce soit en informatique ou en mathématiques appliquées depuis une bonne quinzaine d'années.
Intervenant 1
On connaît tous quelques applications comme la compression pour nos disques durs ou la gestion des couleurs, l'imagerie médicale aussi qui sauve des vies.
Intervenant 2
Tout à fait, le scanner, l'IRM, tout ça, ce sont des mathématiques.
Intervenant 1
Mais du coup, comment on passe concrètement d'une simple photo sur un écran à un objet de recherche mathématique aussi complexe ? Je veux dire, pour la machine, l'image, c'est quoi au juste ?
Intervenant 2
En fait, il faut vraiment déconstruire ce qu'est une image. Quand on regardait une photo argentine à l'époque, c'était de la chimie. Des grains d'argent sur du papier.
Intervenant 1
Oui, la fameuse chambre noire.
Intervenant 2
Exactement. Mais en passant au numérique, la nature de l'image a totalement changé. Nous, avec nos yeux humains, on regarde l'écran et on décode direct. Ah tiens, un visage, une ombre, un paysage.
Intervenant 1
Le cerveau fait le job tout seul.
Intervenant 2
Voilà. Mais pour un ordinateur, il n'y a aucun sens là-dedans. Il est complètement aveugle. Il ne voit pas de ciel. Il ne voit pas d'arbres. Il ne voit qu'une matrice géante.
Intervenant 1
Une grille de chiffres, en gros.
Intervenant 2
C'est ça. Si on prend l'écran d'un téléphone, l'image est découpée en des millions de petits carrés. Les pixels.
Intervenant 1
D'où les fameux mégapixels.
Intervenant 2
Ouais. Et chaque pixel, il a des coordonnées précises, horizontales et verticales. Et l'ordinateur lui attribue des valeurs numériques. Très souvent, on utilise trois canaux de couleurs, le rouge, le vert et le bleu. Le système RVB.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et pour chacun de ces canaux, la machine enregistre un nombre. Ça va généralement de 0 à 255. Ça indique juste l'intensité de la lumière.
Intervenant 1
Donc, si je prends une photo de 12 mégapixels avec mon téléphone, je demande à mon processeur de jongler avec 36 millions de nombres en une fraction de seconde ?
Intervenant 2
C'est exactement ça. La lumière ambiante a été traduite en données pures. Et c'est justement parce que c'est devenu une structure mathématique qu'on peut lui appliquer des algorithmes hyper puissants.
Intervenant 1
C'est logique. Et j'imagine que l'un des plus gros chantiers de ces algorithmes, c'est de corriger les erreurs de l'appareil.
Intervenant 2
Ah bah le nerf de la guerre, c'est le bruit visuel, clairement.
Intervenant 1
Le fameux bruit digital. On a tous déjà vécu ce truc frustrant. On essaye de prendre une photo le soir, dans la rue ou dans une église un peu sombre, et paf, la photo est recouverte d'une espèce de neige un peu moche.
Intervenant 2
Ouais, des petits points rouges, verts, violets qui apparaissent n'importe où.
Intervenant 1
Voilà. Mais d'où ça sort cette corruption de l'image, concrètement ?
Intervenant 2
Eh bien physiquement, c'est un manque de photons. Le capteur de ton appareil, il est fait pour avaler des particules de lumière. Mais dans l'obscurité, le signal lumineux, il est hyper faible.
Intervenant 1
Du coup, l'appareil essaie de compenser.
Intervenant 2
C'est ça, il augmente sa sensibilité, ce qu'on appelle « monter dans les iso ». Mais le problème ?
Intervenant 1
Ah oui, les iso, je connais.
Intervenant 2
Voilà. Le problème, c'est qu'en amplifiant ce tout petit signal lumineux, l'appareil amplifie aussi son propre bruit interne. L'activité électrique parasite, la chaleur thermique du capteur, tout ça génère des erreurs aléatoires.
Intervenant 1
Donc, comme l'appareil manque d'infos, il en vend des couleurs au hasard.
Intervenant 2
Exactement. Et ça détruit complètement l'image. Et nettoyer ça sans effacer les vrais détails de la photo, c'est un défi mathématique énorme.
Intervenant 1
J'imagine, oui. Parce que c'est quoi la première solution qu'on a trouvée, alors ?
Intervenant 2
Au départ, les mathématiciens ont utilisé ce qu'on appelle le « lissage local ». L'idée est purement statistique. Disons qu'on a un pixel qui est corrompu par ce fameux bruit. L'algorithme regarde juste autour de lui. Il prend un petit bloc de pixels voisins et il remplace la valeur du pixel abîmé par la moyenne mathématique de tous ses voisins.
Intervenant 1
Donc on demande aux voisins quelle couleur est censée être là.
Intervenant 2
Voilà. Et c'est hyper rigoureux comme approche.
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