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23 avr. 2023 · 5 min

Terence Tao : de la Grande Médaille aux preuves par ordinateur

Dans cet épisode, suivez la cérémonie, puis le contraste entre les assistants numériques espérés par Tao et la vision pessimiste de Timothy Gowers.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va aborder un sujet qui secoue vraiment la communauté scientifique. Et si le prochain grand théorème mathématique n'était pas l'œuvre d'un esprit humain, mais d'une machine ?

  2. Intervenant 2

    Oui, c'est une question qui provoque un véritable séisme en ce moment. Et pour bien comprendre cette bascule, on s'est plongé dans les notes de la rédaction et surtout dans le compte-rendu d'un événement parisien assez historique.

  3. Intervenant 1

    C'est ça, un événement qui s'est tenu le 21 mars dernier. La grande salle des séances de l'Institut de France était pleine à craquer, littéralement, pour accueillir une véritable star de la discipline, Terence Tao.

  4. Intervenant 2

    Né en 1975 d'ailleurs, il recevait l'une des récompenses les plus prestigieuses, la Grande Médage de l'Académie des sciences, avec une introduction en français par Etienne Guisse, le secrétaire perpétuel.

  5. Intervenant 1

    Exactement, mais la mission de notre analyse d'aujourd'hui, c'est pas de retracer sa carrière impressionnante. On va plutôt décortiquer le débat fascinant qui est né ce jour-là sur le futur des mathématiques face à l'intelligence artificielle.

  6. Intervenant 2

    Parce que lors de sa mini-conférence qu'il a donnée en anglais, Tao n'a pas du tout parlé de son passé. Il a immédiatement braqué les projecteurs sur l'avenir, et plus précisément sur les preuves assistées par ordinateur.

  7. Intervenant 1

    Il observe que les grands modèles de langage et les logiciels d'assistance, comme Lean par exemple, sont en train de muter, non ?

  8. Intervenant 2

    Tout à fait. Ils ingèrent des bases de données massives de publications scientifiques. Le but, c'est de repérer des structures logiques que notre cerveau ne peut tout simplement pas embrasser dans sa globalité.

  9. Intervenant 1

    Donc on est très loin de la simple calculatrice améliorée. En fait, c'est presque comme un exosquelette pour l'esprit mathématique.

  10. Intervenant 2

    Ah, l'image de l'exosquelette est super pertinente, c'est exactement ça.

  11. Intervenant 1

    L'humain garde la direction, il pose la question de base et la machine fournit la force de calcul brut pour franchir les obstacles techniques.

  12. Intervenant 2

    Ouais, Tao envisage vraiment ses IA comme de véritables assistants numériques. Des assistants capables de trouver des coïncidences improbables, par exemple.

  13. Intervenant 1

    Genre, relier deux domaines qui n'ont rien à voir.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. Relier un problème de géométrie hyper pointu à un concept apparemment déconnecté en théorie des nombres. Le système pourrait suggérer des méthodes inédites ou même rédiger les premiers brouillons techniques.

  15. Intervenant 1

    Ce qui libère le chercheur du travail laborieux pour qu'il se concentre sur l'architecture globale, tu vois. C'est une vision super optimiste.

  16. Intervenant 2

    Complètement. Sauf que, et c'est là que ça devient fascinant, on a eu le droit à une autre conférence juste après qui a pris le contre-pied exact de tout ça.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, avec Timothy Gurz.

  18. Intervenant 2

    Voilà, le professeur britannique du Collège de France. Il est monté sur la même tribune, à parler en anglais aussi, mais alors sa vision était, disons, beaucoup plus sombre.

  19. Intervenant 1

    Il a carrément dit que l'IA allait nous remplacer, c'est bien ça, non ?

  20. Intervenant 2

    Purement et simplement. Pour lui, à court ou moyen terme, l'IA assumera toute la recherche et même l'enseignement. Elle supplantera les mathématiciens.

  21. Intervenant 1

    Attends, j'ai quand même une grosse réserve par rapport à ça. Les IA génératives, elles ont tendance à halluciner. Elles inventent des résultats aberrants avec un aplomb terrifiant.

  22. Intervenant 2

    C'est en fait, ouais.

  23. Intervenant 1

    Et puis surtout, les mathématiques de haut niveau, ça repose énormément sur l'intuition. Ce fameux saut dans le vide qui permet de trouver une solution élégante. Comment une machine pourrait reproduire cette étincelle créative sans même comprendre ce qu'elle manipule ?

  24. Intervenant 2

    C'est justement là que l'argument de Gowers force à réfléchir. Il suggère de redéfinir notre conception même de l'intuition.

  25. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  26. Intervenant 2

    Pour lui, ce qu'on appelle la créativité ou l'étincelle, ce n'est finalement qu'une capacité subconsciente et extrêmement complexe à reconnaître des schémas sous-jacents.

  27. Intervenant 1

    Ah, donc si on nourrit une IA avec des siècles de raisonnement mathématique,

  28. Intervenant 2

    Ces algorithmes de reconnaissance de formes deviendront tellement sophistiqués qu'ils simuleront parfaitement cette intuition. Ce sera plus de la simple imitation, mais une nouvelle forme de créativité algorithmique.

  29. Intervenant 1

    Capable de surpasser la nôtre donc ? C'est assez vertigineux comme hypothèse.

  30. Intervenant 2

    C'est clair.

  31. Intervenant 1

    Parce que si la fulgurance d'un génie peut être réduite à une simple mécanique de reconnaissance de schémas, Ça veut dire que la créativité dans n'importe quel autre domaine pourrait suivre la même trajectoire.

  32. Intervenant 2

    Exactement. C'est pour ça que cette journée était si marquante. D'un côté, on a Tao qui voit l'IA comme l'outil d'accompagnement ultime, un super copilote. Et de l'autre, Gowers qui l'aperçoit comme notre successeur inévitable.

  33. Intervenant 1

    Et c'est précisément sur cette frontière pourreuse entre le simple outil et le créateur autonome qu'il faut laisser reposer notre réflexion.

  34. Intervenant 2

    Tout à fait.

  35. Intervenant 1

    Si un algorithme parvient un jour à formuler et à prouver un théorème d'une complexité telle qu'absolument aucun cerveau humain ne puisse en comprendre le sens, est-ce que les mathématiques appartiendront encore à l'humanité ?

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