
27 juin 2023 · 22 min
Terence Tao : des blocs d’enfant aux problèmes ouverts
L’épisode suit Terence Tao, de ses apprentissages précoces aux stratégies et collaborations qui caractérisent son travail mathématique.
Collections de cet épisode (7)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, pour commencer aujourd'hui, on va planter un décor assez surréaliste.
Intervenant 2
Carrément surréaliste.
Intervenant 1
Imaginons un enfant d'à peine deux ans. Il commence tout juste à marcher. Il est assis sur le tapis du salon, en train d'empiler des petits cubes.
Intervenant 2
Jusque-là, bon, il n'y a rien d'anormal pour un bébé quoi.
Intervenant 1
Bien voilà. Sauf que cet enfant, il est en train d'expliquer à un autre enfant qui lui a 5 ans comment organiser des blocs alphabétiques et numériques.
Intervenant 2
Attends, à 2 ans, il fait cours à un gamin de 5 ans ?
Intervenant 1
Exactement. Il lui montre comment ranger les lettres dans un ordre parfait, puis il utilise ces mêmes blocs pour lui enseigner genre des additions et des soustractions de base. C'est fou. Et le meilleur, c'est quand les parents, qui sont évidemment stupéfaits, demandent à ce bébé comment il a appris tout ça.
Intervenant 2
Et il répond quoi ?
Intervenant 1
La réponse tombe de la bouche du petit de 2 ans en regardant l'émission de télévision 1 rue Sésame.
Intervenant 2
Ah ouais, d'accord, le fameux programme pour enfants.
Intervenant 1
C'est ça. Et cet enfant, c'est celui qui est devenu l'un des plus grands scientifiques de notre époque, Terence Tao.
Intervenant 2
Celui qu'on surnomme souvent le Mozart des mathématiques, ouais. Je suis ravie qu'on aborde son cas aujourd'hui.
Intervenant 1
Moi aussi, parce que l'objectif de notre analyse d'aujourd'hui, ce n'est pas juste de faire un simple catalogue de ces médailles ou de ces records de précocité.
Intervenant 2
Non, ça n'aurait pas grand-internet. L'idée, c'est vraiment de comprendre les mécanismes d'un tel cerveau.
Intervenant 1
Voilà. Comment se structure une intelligence aussi hors norme ?
Intervenant 2
Et surtout, comment cette intelligence est littéralement en train d'imposer un tout nouveau paradigme dans la façon dont la recherche mathématique mondiale fonctionne aujourd'hui, au XXIe siècle.
Intervenant 1
C'est clair que c'est fascinant. Mais pour comprendre l'impact colossal de ce chercheur, il faut d'abord examiner un peu le terreau dans lequel cet enfant a grandi, tu vois ?
Intervenant 2
Bien sûr, le contexte familial.
Intervenant 1
L'histoire, elle débute en 1977 en Australie. La famille Tao vit près d'Adélaïde. Le père est pédiatre, la mère possède un diplôme de physique et de mathématiques.
Intervenant 2
Donc on est déjà dans un cadre intellectuellement très stimulant.
Intervenant 1
Très stimulant, oui. Mais très vite, ce cadre vole en éclats face à la réalité de cet enfant. Parce que peu de temps après la fameuse anecdote des cubes, le père retrouve le petit Terry, qui a toujours deux ans, dans son bureau. Et il fait quoi ? L'enfant tape à la machine avec un seul doigt. Il est en train de retranscrire, de mémoire ou presque, un livre entier.
Intervenant 2
Oh là là, à deux ans. C'est le début d'un immense défi éducatif pour les parents, ça.
Intervenant 1
Ouais, carrément. On a souvent cette croyance populaire qui veut qu'avoir un enfant surdoué, c'est une sorte de ticket gagnant à la loterie, tu sais.
Intervenant 2
Genre l'autoroute toute tracée vers le succès académique.
Intervenant 1
C'est ça. Mais la réalité clinique et sociologique, elle est tout autre. À 3 ans, les parents inscrivent Terence dans une école primaire privée. Ce qui semble
Intervenant 2
logique vu ses capacités.
Intervenant 1
Intellectuellement, oui. Il a le niveau de lecture et de calcul d'un enfant de 6 ou 7 ans, mais l'expérience se solde par un échec retentissant.
Intervenant 2
Ah bon ?
Intervenant 1
Ouais. Au bout de 6 semaines, il est déscolarisé.
Intervenant 2
Mais pourquoi un tel crash en fait ? On pourrait supposer que le programme n'était juste pas assez stimulant pour lui, non ?
Intervenant 1
Eh ben c'est pas ça. Le problème n'était pas du tout cognitif, il était purement social et émotionnel.
Intervenant 2
Ah, le décalage classique.
Intervenant 1
Exactement. L'école la plaçait avec des enfants de 6 ans. Le petit Terry y comprenait la logique combinatoire sans problème, mais émotionnellement, il restait un petit garçon de 3 ans quoi.
Intervenant 2
Ce qui est tout à fait normal. Il n'avait pas les codes sociaux de la cour de récréation de cette tranche d'âge.
Intervenant 1
Voilà. Il ne s'intéressait pas du tout au même jeu. Et surtout, il réclamait encore l'attention affective, l'attention physique d'un tout petit.
Intervenant 2
Je vois le tableau. L'enseignant se retrouvait face à un paradoxe insoluble.
Intervenant 1
Mais totalement. Comment tu gères un élève qui a besoin qu'on lui lise une comptine pour réussir à faire la sieste, mais qui s'ennuie à mourir pendant les cours de calcul mental de CE1 ?
Intervenant 2
Ses missions, impossibles. Et la décision des parents face à ce mur est vraiment brillante, je trouve.
Intervenant 1
Ah oui, raconte ! Parce qu'on a souvent en tête la figure du parent tigre, tu sais, qui veut à tout prix exhiber son gamin prodige.
Intervenant 2
Ouais, le cliché des parents qui exigent des sauts de classe pour flatter leur propre égo.
Intervenant 1
Exactement. Et bien là, la famille Tao fait tout l'inverse. Ils prennent une décision qui ressemble, de l'extérieur, à un immense retour en arrière. Ils le remettent à la crèche du quartier.
Intervenant 2
Retour à la case départ avec les bébés.
Intervenant 1
Ouais, et c'est d'une lucidité rare. Faut préciser qu'à l'époque, l'Australie ne disposait pas vraiment de filière spécialisée pour les enfants dits à haut potentiel.
Intervenant 2
Il n'y avait pas de classe pour surdouer quoi.
Intervenant 1
C'est ça. Et ce manque d'infrastructure, qui aurait pu être un vrai handicap, s'est en fait transformé en avantage décisif pour lui.
Intervenant 2
Ah ouais ? En quoi ? Bah... En retournant à la crèche, Terry a pu sauver son développement social. Il a appris à interagir, à jouer, à gérer ses frustrations et ses émotions avec des enfants de son âge physiologique.
Intervenant 1
D'accord, donc il grandit normalement sur le plan humain. Mais intellectuellement, comment on empêche un tel cerveau de dépérir dans un bac à sable, en fait ?
Intervenant 2
En séparant radicalement le développement social du développement cognitif. C'est super ingénieux. La crèche s'occupait de la socialisation et la maison, elle, s'est transformée en espèce de bibliothèque ouverte permanente.
Intervenant 1
D'accord, un buffet à volonté pour le cerveau.
Intervenant 2
Exactement. Les parents achetaient et empruntaient des piles énormes de livres, de mathématiques, de logique, d'informatique, éthérilisés à son propre rythme.
Intervenant 1
Poussé juste par sa curiosité quoi.
Intervenant 2
Voilà, poussé par sa curiosité, sans aucune pression de résultats, il n'y avait pas d'examen, pas de compétition. L'enfant s'auto-alimentait.
Intervenant 1
C'est génial. Et cette approche, ça débouche ensuite sur un compromis institutionnel assez fou.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
À l'âge de 8 ans, on lui trouve enfin une école primaire, publique, qui est prête à bousculer toutes ses règles pour lui.
Intervenant 2
Oh, sympa de leur part !
Intervenant 1
Ouais, l'administration lui crée un emploi du temps totalement à la carte. Donc à 8 ans, le gamin suit des cours de 4 niveaux scolaires simultanément.
Intervenant 2
4 niveaux en même temps ?
Intervenant 1
Ouais. En gros, il fait du sport et de l'art avec ceux de son âge, donc 8 ans, pour garder ce lien social. Mais pour les sciences et les maths, il migre dans les classes supérieures, avec des élèves de 12 ou 13 ans.
Intervenant 2
Ce découpage chirurgical de son éducation, ça va produire une accélération phénoménale de ses capacités, forcément.
Intervenant 1
Totalement.
Intervenant 2
Il n'est plus du tout freiné par le rythme du groupe dans ses domaines de prédilection, tout en conservant un ancrage social qui est sain.
Intervenant 1
Et les résultats statistiques de cette période, franchement, ils donnent le vertige.
Intervenant 2
J'imagine.
Intervenant 1
Toujours à 8 ans, il apprend tout seul le langage de programmation basic. Et il code un programme qui génère la suite de Fibonacci.
Intervenant 2
Normal, à 8 ans, ouais.
Intervenant 1
Ensuite, à 8 ans et 3 mois, il passe les examens d'entrée à l'université en mathématiques et il obtient 90%. C'est
Intervenant 2
ahurissant.
Intervenant 1
Et l'anecdote la plus frappante de cette période, elle a lieu un peu plus tard, en 1985. Il passe le test d'aptitude de l'université Johns Hopkins.
Intervenant 2
Ah, le fameux test SAT.
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