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18 févr. 2021 · 7 min

Télévision : que transportent ses lignes invisibles ?

Dans cet épisode audio, suivez les données invisibles, du son aux repères qui marquent le passage d’une image active à la suivante.

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va aborder un aspect de nos écrans qui est assez contre intuitif. Saviez-vous que près de 20% des données que votre téléviseur reçoit chaque seconde ne servent absolument pas à composer l'image que vous regardez ?

  2. Intervenant 2

    C'est énorme quand on y pense, ouais.

  3. Intervenant 1

    Ah oui, c'est fou. Et notre mission aujourd'hui, c'est d'aller au-delà des pixels visibles. On va traverser la dalle de verre pour comprendre l'architecture mathématique et informatique qui organise vraiment la face cachée de nos téléviseurs.

  4. Intervenant 2

    Oui, parce que c'est vrai qu'on a tellement l'habitude d'évaluer un écran par, tu sais, sa résolution ou son taux de rafraîchissement. Bien sûr,

  5. Intervenant 1

    la 4K, tout ça.

  6. Intervenant 2

    C'est ça. Et du coup, on oublie l'essentiel. En amont, le téléviseur, il doit ingérer et structurer un flux linéaire ininterrompu de milliards de bits.

  7. Intervenant 1

    Ah ouais, des milliards.

  8. Intervenant 2

    Absolument. Et c'est vraiment le tri de cette masse d'informations à une vitesse complètement vertigineuse qui permet à l'image d'avoir un sens au final.

  9. Intervenant 1

    D'accord. Alors, vu qu'on s'adresse à un public qui maîtrise déjà un peu ses bases, on va faire l'impasse sur la façon dont les beats encode classiquement la luminance et la chrominance. Ouais,

  10. Intervenant 2

    on ne va pas refaire tout le cours sur les pixels.

  11. Intervenant 1

    Non, voilà. Mais d'accord, essayons de décortiquer ça. Se concentrer uniquement sur la couleur et la luminosité, c'est un peu comme regarder une pièce de théâtre en ignorant totalement les régisseurs et les techniciens en coulisses, non ? Le spectacle s'effondre sans la régie.

  12. Intervenant 2

    C'est une super analogie, parce que l'image brute seule, elle ne suffit pas. Si on avait que ça, elle ne produirait qu'une vidéo muette et complètement désynchronisée.

  13. Intervenant 1

    L'enfer.

  14. Intervenant 2

    Totalement. L'enjeu critique du flux numérique, en fait, c'est d'intégrer le son, mais surtout de garantir une synchronisation absolue entre la trame vidéo et la piste audio.

  15. Intervenant 1

    Ouais parce que sinon t'as les lèvres qui bougent et le son qui arrive après.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Un décalage labial de jusque quelques millisecondes, ça suffit pour rendre un film impossible à regarder quoi.

  17. Intervenant 1

    Ah ça c'est sûr, ça me rend folle quand ça arrive.

  18. Intervenant 2

    Et or, ces données de synchronisation et l'audio, elles n'ont par définition aucune représentation visuelle.

  19. Intervenant 1

    Ah bah oui, forcément.

  20. Intervenant 2

    Donc elles logent dans des lignes et des pixels virtuels qui sont strictement invisibles sur la surface d'affichage ?

  21. Intervenant 1

    Attends, attends. Si ces pixels sont virtuels, comment on architecture matériellement un flux de données continues pour leur faire de la place ? Je veux dire, on est obligé d'intercaler des fausses trames d'images ou un truc du genre ?

  22. Intervenant 2

    Alors non, pas du tout. La solution, elle trouve en réalité son origine dans l'époque des tubes cathodiques.

  23. Intervenant 1

    Oh les vieilles télés avec le gros dos à l'arrière.

  24. Intervenant 2

    Voilà, exactement. Historiquement, le faisceau d'électrons qui balayait l'écran de gauche à droite, il mettait une infime fraction de seconde à se couper juste pour revenir au début de la ligne suivante.

  25. Intervenant 1

    Ah d'accord, le temps de faire le retour chariot quoi.

  26. Intervenant 2

    C'est exactement ça, un retour chariot visuel. C'est ce qu'on appelle l'intervalle de suppression.

  27. Intervenant 1

    Ok.

  28. Intervenant 2

    Et avec l'avènement du numérique, plutôt que de conserver un temps mort inutile, les ingénieurs se sont dit, enfin, ils ont converti cette contrainte géométrique en espace de stockage.

  29. Intervenant 1

    Ah, malin.

  30. Intervenant 2

    Ouais, c'est ce qu'on appelle les zones de données auxiliaires ou « ancillary data » en anglais.

  31. Intervenant 1

    Donc on exploite le temps de trajet virtuel de l'ancien faisceau lumineux.

  32. Intervenant 2

    Tout à fait. Ce

  33. Intervenant 1

    qui nous donne le HANC, c'est ça, pour l'axe horizontal, et le VANC pour l'axe vertical.

  34. Intervenant 2

    T'as tout compris, ouais.

  35. Intervenant 1

    Mais attends, c'est là que ça devient vraiment fascinant. Donc si je saisis bien l'implication géométrique de tout ça, la bande son complète d'une émission, avec vraiment toute sa complexité, elle est littéralement hachée et nichée dans ces marges horizontales invisibles de l'image, dans ce fameux HANC.

  36. Intervenant 2

    Oui, c'est ça. Le son est effectivement imbriqué ligne par ligne dans les marges horizontales du signal vidéo.

  37. Intervenant 1

    Wow.

  38. Intervenant 2

    Dans un standard numérique professionnel comme le SDI, par exemple, il n'y a plus un flux vidéo d'un côté et un câble audio de l'autre.

  39. Intervenant 1

    Ah oui, c'est fini le câble rouge et le câble blanc.

  40. Intervenant 2

    Fini, ouais. Le signal, il transporte l'ensemble dans une seule structure matricielle unifiée. Donc en gros, l'audio voyage dans l'ombre géométrique de la vidéo.

  41. Intervenant 1

    C'est super poétique dit comme ça. Mais attends, si on découpe l'audio pour l'insérer à la toute fin de chaque ligne horizontale de l'image, ça veut dire qu'une perturbation sur une ligne vidéo, ça risque aussi de corrompre la milliseconde de son qui correspond.

  42. Intervenant 2

    Théoriquement,

  43. Intervenant 1

    oui. Et surtout, comment le téléviseur fait la différence ? Qu'est-ce qui l'empêche de s'emmêler les pinceaux et d'afficher soudainement ma piste audio sous la forme d'une bouillie de pixels aux couleurs complètement psychédéliques ?

  44. Intervenant 2

    Ouais, je vois très bien l'image. C'est pour empêcher cette aberration visuelle que le système s'appuie sur une grammaire mathématique extrêmement stricte en fait.

  45. Intervenant 1

    D'accord.

  46. Intervenant 2

    On utilise des mots informatiques composés de 10 bits qui vont délimiter chaque zone.

  47. Intervenant 1

    Des mots de 10 bits.

  48. Intervenant 2

    Ouais. Et c'est pas un simple balisage théorique. Ce sont des séquences binaires vraiment spécifiques qui contiennent, par exemple, des valeurs extrêmes de 0 ou de 1. Et ces valeurs, elles sont mathématiquement interdites dans le codage classique de la couleur.

  49. Intervenant 1

    Ah, je vois la subtilité.

  50. Intervenant 2

    Ouais.

  51. Intervenant 1

    Le téléviseur, il ne peut physiquement pas confondre une de ces balises avec, disons, un pixel rouge ou bleu.

  52. Intervenant 2

    Exactement.

  53. Intervenant 1

    Parce que la valeur numérique de la balise, elle n'a tout simplement pas le droit d'exister dans la palette de couleurs autorisée.

  54. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Le décodeur, en fait, il identifie ces combinaisons comme des frontières totalement étanches.

  55. Intervenant 1

    Ok.

  56. Intervenant 2

    On les appelle les mots SAV pour Start of Active Video et EAV pour End of Active Video.

  57. Intervenant 1

    D'accord. Début et fin de vidéo active.

  58. Intervenant 2

    Voilà. Et dès que le système lit la séquence EAV, il sait immédiatement qu'il quitte la zone visible. Et là, il bascule instantanément son traitement vers le décodage de l'audio.

  59. Intervenant 1

    Ah super !

  60. Intervenant 2

    Ou d'autres méthadones cachées d'ailleurs. Jusqu'à ce qu'il rencontre la balise SAV suivante pour la ligne d'après.

  61. Intervenant 1

    Alors, qu'est-ce que tout cela signifie au fond ? Ces mots de 10 bits, ils agissent comme une ponctuation numérique ultra-stricte qui dicte au matériel, en gros, stoppe l'image, lit les données auxiliaires, passe à la ligne suivante.

  62. Intervenant 2

    C'est le chef d'orchestre quoi. Une ponctuation qui garantit un fonctionnement parfaitement déterministe. Faut s'imaginer, sur des flux qui transmettent plusieurs gigabits par seconde, chaque bit est positionné avec une telle précision que la moindre ambiguïté d'interprétation, elle est exclue par le design même du protocole.

  63. Intervenant 1

    C'est fascinant de se dire que tout ça se passe sous nos yeux, ou plutôt hors de notre vue.

  64. Intervenant 2

    Ouais, littéralement dans les marges.

  65. Intervenant 1

    Eh bien, la prochaine fois que vous regarderez votre télévision, rappelez-vous que la fluidité du programme, elle ne dépend pas seulement de la qualité de la dalle ou de la compression vidéo.

  66. Intervenant 2

    Oh que non !

  67. Intervenant 1

    Elle dépend d'une chorégraphie mathématique rigoureuse, invisible, qui encadre vraiment chaque ligne d'image, des dizaines de fois par seconde. Et ça soulève une dernière interrogation pour clore notre exploration.

  68. Intervenant 2

    Je t'écoute.

  69. Intervenant 1

    Qu'en serait-il, dans notre perception, si cette fine architecture de synchronisation venait à se décaler, ne serait-ce que d'un infime battement numérique ? Je vous laisse y réfléchir. Merci de nous avoir suivis et à très vite dans le podcast du magazine Tangente.

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