
22 mai 2017 · 16 min
Strophoïdes : combien de constructions pour ces courbes ?
Dans ce podcast, suivez plusieurs constructions des strophoïdes, puis découvrez le rôle central des relations angulaires.
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Intervenant 1
Bienvenue dans cette nouvelle exploration. C'est le podcast du magazine Tangente et je suis ravi d'ouvrir cette session. Aujourd'hui, on va plonger dans une famille de courbes assez mystérieuse.
Intervenant 2
Oui, c'est vrai que le nom lui-même est déjà tout un programme en fait.
Intervenant 1
Exactement. Les strophoïdes, c'est un mot qui sonne presque comme une créature antique. L'idée aujourd'hui, c'est que quiconque écoute en ce moment puisse visualiser cette architecture fascinante, la voir se déployer dans l'espace, et ça sans avoir besoin de tracer la moindre équation sur un tableau noir.
Intervenant 2
Ce qui est un beau défi, parce qu'on va lier une rigueur mathématique absolue à une beauté visuelle très organique, je dirais.
Intervenant 1
Ouais. Bon, décortiquons un peu tout ça. D'où vient cette forme exactement et pourquoi elle a obsédé des générations entières de mathématiciens ? Donc on parle de la Grèce antique là, non ?
Intervenant 2
Voilà, ça remonte au grec. On pense évidemment à E.Pièce d'Elysse avec sa trisectrice ou à Dinostrate avec la quadratrice.
Intervenant 1
Ah oui, le principe classique d'intersection de segments mobiles.
Intervenant 2
C'est ça. Ces courbes n'étaient pas trouvées par hasard en fait. C'étaient de véritables machines géométriques conçues pour résoudre des problèmes impossibles avec la simple règle et le compas.
Intervenant 1
Comme la fameuse trisection de l'angle quoi.
Intervenant 2
Tout à fait, c'est l'héritage fondamental. Mais bon, pour voir émerger notre fameuse strophoïde en tant qu'objet d'étude à part entière, il faut faire un sacré bond dans le temps.
Intervenant 1
Ouais, c'est au XVIIe siècle qu'elle entre véritablement en scène, c'est bien ça ?
Intervenant 2
Exactement. L'étude spécifique de cette famille de courbes prend son essor avec des figures immenses comme Evangelista Torricelli, autour de 1644, puis Gilles de Roberval.
Intervenant 1
Et c'est là que l'histoire du nom devient géniale, je trouve. Parce que ça révèle comment on percevait les mathématiques à
Intervenant 2
l'époque. Oui, en 1645, Robert Val décide d'étudier ces courbes et il les baptise des ptéroïdes.
Intervenant 1
Des ptéroïdes, avec la racine grecque qui renvoie à l'aile, comme dans Ptérodactyle en fait.
Intervenant 2
Voilà, Robert Val regardait cette équation se déployer et il y voyait quelque chose de complètement aérodynamique. Des ailes immenses qui s'étirent vers l'infini quoi.
Intervenant 1
C'est fou de se dire que le contexte physique influence la géométrie. On est au début de la balistique, de l'étude des trajectoires, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est exactement ça, vous voyez. Roberval est frappé par ces branches asymptotiques qui s'ouvrent et son nom d'aile, il va rester pendant presque deux siècles.
Intervenant 1
Jusqu'à un certain Enrico Montucci, si j'ai bien noté.
Intervenant 2
Oui, en 1837, ce mathématicien italien publie un ouvrage où il rebaptise cette même courbe l'astrophoïde. Ce
Intervenant 1
qui signifie littéralement en forme de torsade ou de nœud. Je trouve ça génial. C'est la même réalité mathématique indéniable.
Intervenant 2
Oui, la même équation exacte.
Intervenant 1
Mais au XVIIe siècle, on y voit l'envol, la projection vers l'extérieur. Et au XIXe, Montucci regarde la courbe et son œil est immédiatement attiré par le centre, par la boucle fermée, la torsade intérieure.
Intervenant 2
C'est une excellente analyse. Le regard du mathématicien change selon les préoccupations de son époque. On s'intéresse davantage à la topologie, aux singularités.
Intervenant 1
Mais du coup, qu'on l'appelle aile ou torsade, ce qui ne change pas, c'est son moteur, sa recette de fabrication, on va dire.
Intervenant 2
Tout à fait. Et cette mécanique interne repose sur trois éléments fondateurs. Une courbe de base qu'on appelle la directrice, un point qu'on désigne comme le pôle et un troisième élément qui est un point fixe.
Intervenant 1
D'accord, la scène est en place. On a notre rail, donc la directrice, notre pôle central et ce fameux point fixe. Si je dois programmer une machine pour dessiner cette strophoïde, quelle est la règle algorithmique que je lui donne ?
Intervenant 2
La contrainte est très stricte. Imaginons un point mobile qui se déplace le long de votre rail directrice. A chaque instant de sa course, vous tracez une droite virtuelle qui relie le pôle à ce point mobile.
Intervenant 1
Attendez, je visualise. Le point mobile est sur la directrice. Et je dois m'écarter de ce point le long de la droite de quelle distance exactement ?
Intervenant 2
C'est là qu'intervient le point fixe. L'objectif est de trouver, sur cette droite mobile, deux points spécifiques, de part et d'autre, de votre coin sur le rail. Et l'écart doit être rigoureusement égal à la distance qui sépare ce même point mobile du point fixe.
Intervenant 1
Ah d'accord. Donc géométriquement, ça veut dire que le point mobile, c'est le centre d'un cercle qui passe à la fois par les deux nouveaux points tracés et par le point fixe.
Intervenant 2
Voilà, c'est exactement ça.
Intervenant 1
Ah, je vois. C'est un peu comme si j'avais une sorte de bras mécanique télescopique, en fait.
Intervenant 2
C'est une très bonne image,
Intervenant 1
oui. Le pivot central de ce bras glisse sur mon rail, la directrice, et au lieu d'avoir une longueur fixe, ce bras respire. Il s'étire et se rétracte en permanence. Le capteur mesure la distance entre le pivot et le point fixe et ordonne aux extrémités de s'écarter de la même distance.
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