
15 févr. 2017 · 18 min
Stocks incertains : pourquoi l’optimum est une probabilité
Dans cet épisode audio, suivez le dilemme entre invendus et ruptures, puis voyez comment le modèle s’applique aux croissants d’un boulanger.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Imaginez juste un instant que vous êtes boulanger.
Intervenant 2
D'accord.
Intervenant 1
C'est dimanche matin et grâce à des années d'observation, vous savez pertinemment que vous allez avoir une demande pour, disons, très exactement 100 croissants.
Intervenant 2
Ouais, le scénario idéal quoi.
Intervenant 1
C'est ça. La logique pure, enfin le bon sens, voudrait que vous prépariez exactement 100 croissants pour satisfaire tout le monde sans faire de gâchis. Pas vrai ?
Intervenant 2
Ce qui semble tout à fait rationnel.
Intervenant 1
Eh bien non, les mathématiques affirment que si vous en préparez 100, vous passez très probablement à côté d'une optimisation de vos revenus.
Intervenant 2
Ah oui, ça c'est le piège.
Intervenant 1
Bienvenue dans ce nouveau plongeant au cœur des sources, le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on s'attaque à ce qui ressemble à un simple casse-tête d'épicier, mais qui est en réalité un grand classique, le modèle du vendeur de journaux.
Intervenant 2
Oui, c'est un problème assez redoutable. Historiquement, on l'appelle le problème du vendeur de journaux, parce que ça résume parfaitement le drame du produit périssable.
Intervenant 1
Ouais, le journal d'aujourd'hui ne vaut plus rien demain.
Intervenant 2
Exactement. Si le vendeur achète trop de journaux à son grossistre, il finit la journée avec un stock invendable. Donc, c'est une perte
Intervenant 1
sèche.
Intervenant 2
Mais s'il n'en achète pas assez, il voit passer des clients, avec de l'argent à la main, qui sont prêts à acheter et il ne peut rien leur offrir.
Intervenant 1
Le fameux manque à gagner.
Intervenant 2
Voilà. La question centrale, ce n'est donc pas de deviner l'avenir, mais de calculer le niveau de risque optimal.
Intervenant 1
Et c'est ça qui est fascinant. On ne cherche pas une boule de cristal, on cherche vraiment l'équilibre du risque.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Et pour construire ce modèle, nos sources montrent qu'il faut d'abord poser un cadre temporel très strict.
Intervenant 2
Oui, on va parler d'un horizon de temps bien défini. Disons une journée d'ouverture. OK. Au début de cette journée, on a un stock de départ qu'on va appeler grand Q pour quantité. Logique. Et face à ce stock, on a une demande, grand R. Mais là où la modélisation devient subtile, c'est dans la distinction cruciale entre la demande et la vente. Ah oui, ça c'est un piège
Intervenant 1
dans lequel beaucoup tombent.
Intervenant 2
Oui, parce qu'on a tendance à utiliser les deux mots un peu comme des synonymes. Or, mathématiquement et même commercialement, ce sont deux réalités distinctes. La demande R, c'est la volonté d'achat sur le marché. Donc un
Intervenant 1
concept abstrait.
Intervenant 2
C'est ça. C'est une variable aléatoire qu'on ne contrôle pas du tout. La vente, en revanche, c'est la transaction réelle. Et cette vente, elle est physiquement limitée par le stock Q.
Intervenant 1
Le fameux concept de la barrière absorbante en zéro.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Concrètement, si ma demande est de 120 clients, mais que mon stock n'est que de 100, bah ma vente s'arrête à 100.
Intervenant 2
Oui, vous ne pouvez pas vendre ce que vous n'avez pas.
Intervenant 1
Mais le problème de cette barrière, enfin, si je me mets à la place du commerçant, c'est que c'est un problème de données.
Intervenant 2
Ah oui, totalement.
Intervenant 1
À la fin de la journée, ma caisse enregistreuse me dit que j'ai vendu 100 articles. Elle ne me dit absolument pas qu'il y avait 20 personnes de plus prêtes à acheter.
Intervenant 2
Non, le commerçant est en quelque sorte aveugle face à sa propre rupture de stock.
Intervenant 1
C'est fou quand on y pense.
Intervenant 2
C'est le cœur du problème empirique ici. Vous ne mesurez que les ventes, jamais la demande réelle. Les invendus, bon, ils sont visibles et comptabilisables.
Intervenant 1
Ouais, on les voit dans la vitrine.
Intervenant 2
Voilà. Mais la demande non satisfaite est invisible. C'est vraiment un angle mort statistique.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et pour compenser cette cécité, le mathématicien va devoir s'appuyer sur une analyse des coûts, histoire de forcer le modèle à prendre en compte cette demande fantôme.
Intervenant 1
OK, alors construisons ce modèle de coût ensemble. Si je reprends ma boulangerie, je suppose que la première variable évidente, c'est mon coût de production.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
La farine, le beurre, l'électricité pour le four. Appelons ça le petit C.
Intervenant 2
Très bien.
Intervenant 1
Ensuite, il y a le prix de vente unitaire, ce que le client me donne, le petit S. Et j'imagine qu'on doit intégrer ce qui reste à la fin, la valeur résiduelle du produit, le petit V.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Genre, si je revends mes envendus de la V les moitiés prix, c'est mon V.
Intervenant 2
C'est un bon début, mais il manque les deux variables les plus complexes à gérer.
Intervenant 1
Ah bon ?
Intervenant 2
D'abord, il y a le coût fixe de production, le petit a. Et là, la modélisation fait un choix très fort. Elle l'ignore totalement dans le calcul de la quantité optimale.
Intervenant 1
Attendez, on ignore les coûts fixes ? Oui. Mais si je loue un local en plein centre-ville à un prix exorbitant, je ne peux pas l'ignorer. C'est ma plus grosse dépense.
Intervenant 2
Vous ne l'ignorez pas dans votre bilan comptable de fin d'année, bien sûr. Mais ici, on me délise une décision marginale. Posez-vous la question. Est-ce que le montant de votre loyer change quoi que ce soit à la décision de produire un seul croissant supplémentaire à 5 heures du matin ? Bah non. Non. Votre loyer est une charge dite « 5 costs », un coût irrécupérable déjà engagé. D'accord, je vois. Que vous produisiez 10 ou 1000 croissants, le loyer reste le même. Donc, pour savoir si la énième unité est rentable, le loyer n'entre tout simplement pas dans l'équation.
Intervenant 1
Vu sous cet angle, ouais, c'est implacable. La décision ne porte pas sur l'existence même de la boulangerie, mais vraiment sur l'opportunité de rajouter un produit sur la plaque de cuisson.
Intervenant 2
C'est l'essence même du raisonnement marginal.
Intervenant 1
Très bien. Et quelle est la dernière variable complexe alors, pendant ?
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