
5 janv. 2016 · 19 min
Sport : ce que les maths optimisent, et leurs limites
Dans cet épisode, suivez plusieurs disciplines pour découvrir comment les maths affinent gestes, matériel et allure, puis où les modèles résistent.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un plaisir de retrouver toutes les personnes qui nous écoutent pour cette nouvelle exploration. Bonjour à tous.
Intervenant 2
Oui, c'est vraiment un plaisir d'être là aujourd'hui.
Intervenant 1
Alors, pour commencer, oubliez tout de suite l'image d'Epinal du savant un peu fragile, vous savez, courbé sur ses parchemins à la lueur d'une bougie.
Intervenant 2
Oh oui, on est très loin de ce cliché en fait.
Intervenant 1
Mais vraiment, imaginez plutôt un homme couvert de sueur et de poussière, en train de terrasser ses adversaires à mains nues, en plein centre d'une arène olympique.
Intervenant 2
Et cet homme n'est pas n'importe qui.
Intervenant 1
Non, ce champion de combat, redoutable et même invaincu dans les compétitions de pugilat de la Grèce antique, c'est Pythagore. Le fameux. Oui, le même Pythagore qui terrorise encore les collégiens avec son théorème sur les triangles rectangles.
Intervenant 2
C'est vrai que le contraste est passé saisissant pour nous aujourd'hui. Mais il faut bien comprendre que c'était parfaitement naturel à l'époque.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Bah nos sources historiques soulignent que pour les grecs de l'antiquité, l'idée même de séparer l'intellect de la performance physique, ça n'avait absolument aucun sens.
Intervenant 1
Ah la fameuse notion de l'esprit saint dans un corps saint, en gros.
Intervenant 2
Exactement. L'idéal humain y reposait vraiment sur une symétrie parfaite, donc un esprit acéré dans un corps vigoureux. Les textes anciens rapportent d'ailleurs une insulte qui était hyper courante à l'époque, pour désigner un citoyen considéré comme inapte.
Intervenant 1
Laquelle ?
Intervenant 2
On disait de lui, je cite, « il ne sait ni lire ni nager ».
Intervenant 1
Ah ouais, carrément. Donc la natation était au même niveau que l'alphabétisation ?
Intervenant 2
Tout à fait. La maîtrise intellectuelle et la maîtrise de l'effort physique exigeaient en fait la même discipline géométrique. Thalès, l'autre géant de la géométrie, a d'ailleurs poussé cette passion jusqu'au bout.
Intervenant 1
Oui, j'ai lu ça dans nos sources, c'est une anecdote incroyable. Il serait mort d'insolation dans les gradins d'un stade, c'est bien ça.
Intervenant 2
C'est ça. Il était apparemment incapable de détacher son regard d'une compétition sportive, et la chaleur a eu raison de lui.
Intervenant 1
C'est fou. Et cette vision antique pose finalement un cadre parfait pour notre mission d'aujourd'hui.
Intervenant 2
Oui, parce qu'on a un peu perdu cette connexion au fil du temps.
Intervenant 1
Exactement. Quelque part en cours de route, on a cru que les mathématiciens s'étaient enfermés dans une abstraction pure, loin de la sueur des stades. Mais aujourd'hui, les sportifs de haut niveau s'emparent des mathématiques pour optimiser leur performance à un niveau honnêtement vertigineux.
Intervenant 2
Et c'est de plus en plus pointu.
Intervenant 1
Et donc, l'objectif de notre discussion, c'est de décortiquer ces mécanismes, comprendre comment la modélisation prédictive, les équations différentielles ou la dynamique des fluides permettent en fait de transformer un effort brut en médaille d'or.
Intervenant 2
Par contre, il faut d'abord poser une limite claire à cette ambition.
Intervenant 1
Vous pensez à quoi Evelyne ?
Intervenant 2
La capacité des mathématiques à résoudre un problème sportif, ça dépend entièrement de la taxonomie du sport en question.
Intervenant 1
La taxonomie, donc la classification du sport.
Intervenant 2
Voilà. Les sources proposent de diviser les disciplines selon des critères très précis. Est-ce que c'est un sport individuel ou collectif ? Est-ce que c'est avec ou sans instrument ?
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et surtout, comment la victoire est-elle décidée ? Est-ce que c'est par un record mesurable, un duel tactique, ou, et c'est là que ça se corse, par un jugement humain ?
Intervenant 1
Bah justement, si on veut utiliser des équations, le jugement humain me semble être la pire des variables, non ?
Intervenant 2
C'est un cauchemar pour les modèles, oui.
Intervenant 1
Pourquoi on ne peut pas modéliser à 100% la note d'un patineur artistique ou, disons, l'issue d'un match de football, de la même manière qu'on calcule la trajectoire d'une sonde spatiale vers Mars, par exemple ?
Intervenant 2
Eh bien, la grande différence, c'est que la sonde spatiale, elle évolue dans un système déterministe.
Intervenant 1
Les lois de la physique sont fixes, quoi.
Intervenant 2
C'est ça, les lois de la gravitation sont constantes, mais un match de football ou une épreuve de patinage, ça relève d'un système hautement stochastique.
Intervenant 1
Stochastique, donc rempli de variables aléatoires.
Intervenant 2
Exactement. Dans les sports collectifs, l'interaction psychologique entre 22 joueurs crée un niveau de complexité computationnelle énorme. Nos modèles actuels ne peuvent tout simplement pas résoudre ça de manière certaine.
Intervenant 1
Et pour le patinage alors ? Il n'y a qu'une seule personne sur la glace.
Intervenant 2
Oui, mais pour le patinage artistique, la faille du modèle, c'est la subjectivité.
Intervenant 1
C'est comme essayer de mettre en équation une humeur ou une dispute en fait. La théorie a beau être parfaite, l'humain vient de tout gâcher.
Intervenant 2
C'est joliment dit, mais c'est ça. Vous pouvez avoir une équation parfaite qui prévoit l'atterrissage d'un quadruple saut au millimètre près. Mais si le patineur a une micro-hésitation à cause du stress, ou si le juge qui attribue la note est influencé par un biais cognitif inconscient, tout le calcul prédictif sur le score final s'effondre.
Intervenant 1
Ah, je vois, donc on ne peut pas mettre la psychologie en équation, ça vient parasiter le modèle. Mais attendez, la figure du patineur en elle-même, une fois qu'il est en l'air, ça ne décan plus de son stress si ça dépend juste de la gravité.
Intervenant 2
Ah, et c'est là que la rigueur mathématique reprend tous ses droits.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Même si le score est imprévisible, la mécanique de la figure est un objet d'étude purement géométrique et physique.
Intervenant 1
Le mouvement pur, en somme.
Intervenant 2
Voilà.
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