
15 janv. 2020 · 27 min
Éoliennes : comment simuler un air ordonné et chaotique ?
Dans cet épisode, suivez le sillage des pales, puis découvrez comment modèles mathématiques et supercalculateurs aident à prédire l’air autour d’un parc éolien.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour à toutes
Intervenant 1
et à tous. Ravi d'accueillir celles et ceux qui nous écoutent pour cette nouvelle exploration au cœur des sciences. Aujourd'hui, on va s'attaquer à une image que tout le monde a forcément en tête. Bah oui, une image
Intervenant 2
très classique.
Intervenant 1
Voilà. Si on s'imagine en voiture en train de traverser une grande plaine ou même en regardant l'horizon depuis la côte, au loin, on aperçoit toujours ces immenses pales blanches d'une éolienne. Elles tournent lentement.
Intervenant 2
Très lentement, avec cette espèce de majesté super régulière.
Intervenant 1
C'est exactement ça. C'est une vision qui dégage un calme profond. Ça donne une impression d'ordre parfait, de tranquillité absolue. Sauf que notre analyse d'aujourd'hui va démontrer que cette belle image, c'est un mensonge monumental.
Intervenant 2
Ah ça c'est clair. C'est une très belle façade géométrique, mais la réalité physique que ces machines affrontent en permanence, elle est d'une violence inouïe.
Intervenant 1
C'est fou de se dire ça.
Intervenant 2
Ce que notre œil perçoit comme une douce rotation, en fait, c'est le moteur d'un véritable chaos.
Intervenant 1
Et c'est justement ce qui ressort d'un article fascinant sur lequel on se base aujourd'hui. Un article qui est co-rédigé par trois chercheurs de l'IENSA, Rouen, Normandie. Alors on a Pierre Bénard, Eugénie Gourichon et Christian Goutte.
Intervenant 2
Exactement, une très belle équipe.
Intervenant 1
Et leurs travaux nous révèlent que derrière cette tranquillité apparente, il se joue une bataille atmosphérique invisible, une tempête d'une complexité folle.
Intervenant 2
C'est vraiment le
Intervenant 1
mot, oui. Donc la mission de notre discussion d'aujourd'hui, c'est de comprendre un peu l'anatomie de cette brutalité qu'on ne voit pas. Et surtout, et c'est là que ça devient passionnant, de voir comment des outils mathématiques extrêmement sophistiqués sont déployés pour dompter ce désordre.
Intervenant 2
Pour optimiser notre production d'électricité en fin de compte.
Intervenant 1
C'est ça. Le contraste est quand même vertigineux entre ce qu'on perçoit et ce que disent les équations.
Intervenant 2
Ah bah c'est le jour et la nuit. Les équations de la mécanique des fluides nous racontent une toute autre histoire. Parce que l'air, même si pour nous ça semble immatériel, c'est pas un espace vide.
Intervenant 1
On l'oublie souvent.
Intervenant 2
C'est pas juste un vide que la pale se contente de traverser. C'est un fluide complexe. C'est lourd et ça a ses propres règles.
Intervenant 1
Donc si on veut espérer tirer le maximum d'énergie du vent, le premier obstacle, ce n'est pas la machine elle-même.
Intervenant 2
Ce qu'on appelle en mécanique des fluides son sillage.
Intervenant 1
Bon, on va décortiquer tout ça. Que se passe-t-il vraiment au niveau microscopique ou même juste à l'échelle de l'hélice quand une pâle géante vient fendre l'air ?
Intervenant 2
Alors pour comprendre ça, il faut chausser ses lunettes d'aérodynamicien.
Intervenant 1
D'accord, je les
Intervenant 2
mets. La pale d'une éolienne, elle est profilée exactement de la même manière que l'aile d'un avion de ligne.
Intervenant 1
Avec ce côté un peu bombé.
Intervenant 2
Voilà, c'est ça. Quand elle coupe l'air à grande vitesse, sa forme asymétrique force l'air à accélérer d'un côté et à ralentir de l'autre.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
Et ça, ça crée une zone de dépression, une sorte de vide partiel d'un côté de la pale et une surpression de l'autre. C'est d'ailleurs cette force d'aspiration qui fait tourner le rotor.
Intervenant 1
Jusqu'à là, tout va bien.
Intervenant 2
Sauf que la nature a horreur des déséquilibres, tu vois.
Intervenant 1
Oui, l'air sous haute pression veut absolument rejoindre la zone de basse pression.
Intervenant 2
Exactement. Il n'a qu'une seule obsession, c'est rétablir l'équilibre.
Intervenant 1
Ça me fait penser, c'est un peu comme un ballon de baudruche qu'on aurait trop gonflé et qui cherche la moindre faille pour expulser son air.
Intervenant 2
C'est une super image. Et sur une pâle d'éoliennes, ces failles, elles se trouvent aux extrémités.
Intervenant 1
Au bout de la pâle ?
Intervenant 2
Oui, tout au bout de la pâle. Et aussi près du moyeu central. L'air s'échappe par ce qu'on appelle le bord de fuite et il se met à tourbillonner sur lui-même. Ça crée des structures qu'on appelle des vortex.
Intervenant 1
Mais comme l'éolienne tourne en permanence et que le vent souffle, ces tourbillons ne restent pas sur place j'imagine ?
Intervenant 2
Ah bah non, ils sont balayés vers l'arrière en aval de la machine.
Intervenant 1
Donc la pâle laisse vraiment une trace derrière elle ?
Intervenant 2
Une trace qui, au tout début, est d'une beauté mathématique vraiment remarquable.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Tant que le vent est modéré et que la vitesse de rotation est plutôt faible, ces tourbillons s'enroulent dans l'espace pour former de magnifiques structures en hélices.
Intervenant 1
Oh, genre une double hélice d'ADN ou quelque chose comme ça, ouais.
Intervenant 2
Un peu oui. Imagine un tire-bouchon géant, totalement invisible, dont les spires s'étireraient sur des centaines de mètres derrière l'éolienne. L'écoulement reste stable, il est prévisible et très ordonné.
Intervenant 1
D'accord. Sauf que, arrête-moi si je me trompe, le but d'une éolienne c'est pas de tourner au ralenti pour faire de jolies figures invisibles.
Intervenant 2
Non, le but, c'est de produire des mégawatts.
Intervenant 1
Voilà. Donc, quand le vent forcit et que le rotor accélère, ce beau tire-bouchon, il commence à souffrir, non ?
Intervenant 2
Oh, il ne fait pas que souffrir, il s'effondre totalement.
Intervenant 1
Ah ouais, à ce point.
Intervenant 2
À mesure que la vitesse augmente, ces spirales parfaites perdent leur équilibre. Les tourbillons se rattrapent les uns les autres, ils se percutent, ils fusionnent.
Intervenant 1
C'est un carambolage atmosphérique, en fait.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Il se déchire en d'innombrables petits vortex secondaires. Tout le système bascule dans l'instabilité complète. D'ailleurs, les chercheurs de l'INSA utilisent une expression géniale dans leur article pour qualifier cette phase.
Intervenant 1
Ah oui, je l'ai noté, c'est ma préférée.
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