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11 avr. 2019 · 6 min

Richard Serra : comment huit sculptures défient la verticale

Dans cet épisode audio, entrez dans La Matière du temps : ses surfaces d’acier mènent des formes géométriques au vertige et à l’impression de mouvement.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Pour commencer cette exploration, fermons les yeux un instant sur une scène assez singulière. Imaginez une marche entre deux immenses murs d'acier brut qui pèsent plusieurs tonnes. Le sol est parfaitement plat, l'air est très calme et pourtant soudainement l'équilibre flanche.

  2. Intervenant 2

    Ouais, le sol semble se dérober sous nos pieds.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Et ce n'est pas un tremblement de terre, mais la puissance vertigineuse de la géométrie pure. En fait, aujourd'hui, on va décortiquer un peu tout ça à travers l'article Richard Serra de Point Vertige, Guggenheim, pour bien comprendre comment l'art monumental utilise une rigueur mathématique stricte pour provoquer une vraie secousse physique.

  4. Intervenant 2

    Et c'est un changement de perspective vraiment intéressant, je trouve. Parce que bon, habituellement, l'approche des mathématiques est très cérébrale. On pense tout de suite à des formules abstraites écrites sur un

  5. Intervenant 1

    tableau.

  6. Intervenant 2

    Mais avec cette installation précise, l'abstraction théorique vient percuter notre corps de plein fouet.

  7. Intervenant 1

    Alors plantons le décor pour bien visualiser l'échelle de ce dont on parle. L'action se situe au musée Guggenheim à Bilbao, en Espagne, face à une installation colossale qui s'intitule la matière du temps.

  8. Intervenant 2

    Absolument.

  9. Intervenant 1

    Et on parle quand même de huit sculptures monumentales en acier qui ont été forgées par l'artiste américain Richard Serra entre 1994 et 2005.

  10. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est la violence de la matière première. Ces sculptures, elles sont constituées de plaques d'acier massif de cinq centimètres d'épaisseur.

  11. Intervenant 1

    Ah oui, quand

  12. Intervenant 2

    même. C'est un matériau super lourd, très industriel, presque intimidant. Et pourtant, ces colosses métalliques obéissent à des concepts mathématiques d'une précision microscopique.

  13. Intervenant 1

    Donc une vraie contradiction dès le départ, en fait.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Toute la conception repose sur des sections coniques, des formes sphériques ou encore des géométries toroidales.

  15. Intervenant 1

    Attendez, je veux être sûre qu'on est tous la même image en tête là. Des sections toroidales, très concrètement ça ressemble à quoi alors ?

  16. Intervenant 2

    Il suffit de visualiser l'intérieur d'un anneau gigantesque ou même la forme d'un beignet si on veut, qui serait courbé dans plusieurs directions simultanément. Et imposer cette courbure très complexe à un acier aussi épais, c'est une véritable prouesse technique.

  17. Intervenant 1

    Et c'est là qu'on trouve un paradoxe presque poétique, je trouve. Parce que d'un côté, il y a la brutalité absolue d'un acier industriel vraiment inflexible. Et de l'autre, on a la subtilité géométrique des titres des œuvres.

  18. Intervenant 2

    Tout à fait. Le fond de l'œuvre vient de là. L'équation quitte la feuille de papier pour devenir pesante au sens premier du

  19. Intervenant 1

    terme.

  20. Intervenant 2

    L'acier ne sert ici que de véhicule pour rendre la géométrie physiquement palpable et vraiment l'inscrire dans l'espace.

  21. Intervenant 1

    Ce qui soulève une question fondamentale, l'équation devient palpable très bien, mais que se passe-t-il physiquement quand un corps humain se retrouve coincé au milieu de ces mastodontes ?

  22. Intervenant 2

    Le simple fait de déambuler à l'intérieur de ces sculptures, ça défie totalement notre appréhension de la verticalité. La réaction physique est quasiment instantanée. Parce que l'environnement trompe complètement notre cerveau. Dans une architecture classique, le regard cherche toujours des repères orthonormés.

  23. Intervenant 1

    Donc des murs droits, des angles à 90 degrés, un plafond parallèle au sol, ce genre de choses.

  24. Intervenant 2

    C'est ça. Mais à l'intérieur de ces sculptures de Serra, le côtoiement de ces immenses surfaces qui s'inclinent avec des torsions contraires, ça détruit littéralement ses repères visuels et ça provoque un vrai sentiment de vertige.

  25. Intervenant 1

    D'accord, mais je veux bien comprendre le mécanisme, parce qu'il y a quelque chose d'un peu illogique là-dedans.

  26. Intervenant 2

    Comment ça ?

  27. Intervenant 1

    Ben, comment des plaques d'acier aussi lourdes qui sont profondément ancrées au sol et totalement statiques peuvent-elles nous donner cette illusion d'équilibre instable et sembler perpétuellement en mouvement ?

  28. Intervenant 2

    Ah, joie. En fait, ça provient d'un conflit d'information direct dans notre système nerveux.

  29. Intervenant 1

    D'accord.

  30. Intervenant 2

    Les yeux s'accrochent à ces immenses parois courbées et, inconsciemment, le cerveau essaye de les utiliser comme référence pour définir la verticalité.

  31. Intervenant 1

    Comme on le ferait naturellement avec le mur d'une pièce normale, en somme.

  32. Intervenant 2

    Exactement. Mais de l'autre côté, on a l'oreille interne qui abrite le système vestibulaire et qui, elle, ressent la véritable gravité terrestre. Il y a donc une énorme contradiction.

  33. Intervenant 1

    Ah je vois, c'est un peu le même principe que le mal des transports en fait.

  34. Intervenant 2

    Ouais totalement.

  35. Intervenant 1

    Comme le fait de lire un livre dans une voiture sur une route très sinueuse.

  36. Intervenant 2

    C'est une excellente comparaison, mais le mécanisme s'opère dans le sens inverse ici.

  37. Intervenant 1

    Ah bon ? Bah oui.

  38. Intervenant 2

    Dans une voiture, les yeux fixent une page immobile et signalent que rien ne bouge, alors que l'oreille interne, elle, ressent l'accélération et les virages.

  39. Intervenant 1

    Ah oui, ok, alors que dans l'œuvre de Serra, c'est l'inverse.

  40. Intervenant 2

    Voilà, c'est l'oreille interne qui sait pertinemment que le sol du musée est plat et immobile, mais les yeux, qui sont trompés par ces inclinaisons elliptiques, hurlent au cerveau que le monde est en train de basculer.

  41. Intervenant 1

    C'est fascinant. Donc ce décalage d'interprétation, c'est ça qui crée le vertige.

  42. Intervenant 2

    Absolument. Si on relie ça à une perspective plus large, l'objectif de Richard Serra, c'est justement d'utiliser ses propriétés mathématiques pour proposer une expérience sensorielle totale.

  43. Intervenant 1

    Une sorte de chorégraphie imposée au sens.

  44. Intervenant 2

    Exactement. Il amène le spectateur à ressentir de façon tangible le temps, le mouvement, l'espace et le poids oppressant de la matière.

  45. Intervenant 1

    Cette plongée démontre de façon assez spectaculaire que les mathématiques ne se limitent pas du tout à des concepts abstraits. Elles possèdent une vraie matérialité, capable de désorienter physiquement les sens de quiconque les traverse.

  46. Intervenant 2

    Tout à fait, elles agissent comme une force invisible mais palpable et redéfinissent notre façon d'occuper l'espace.

  47. Intervenant 1

    Ce qui laisse une dernière réflexion assez vertigineuse pour clore cette exploration. Si de simples sections toroidales ou elliptiques en acier peuvent à ce point brouiller notre perception de la gravité, on peut se demander quelles autres géométries invisibles, subtilement cachées dans l'architecture de notre quotidien, manipulent secrètement notre équilibre sans que personne ne s'en rende jamais compte.

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