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15 juil. 2019 · 23 min

Relativité générale : quand l’espace-temps se courbe

Cet épisode suit les étapes qui mènent des limites de Newton aux géodésiques, puis aux trous noirs et aux ondes gravitationnelles.

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  1. Intervenant 1

    En 1916, sous le feu de l'artillerie de la première guerre mondiale, il y a un astrophysicien allemand cloué dans une tranchée qui trouvait la première solution exacte à des équations que leur créateur lui-même pensait analytiquement

  2. Intervenant 2

    insolubles.

  3. Intervenant 1

    Une prouesse mathématique qui allait presque par accident révéler l'existence des trous noirs. Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente et merci à toutes et à tous de nous rejoindre aujourd'hui.

  4. Intervenant 2

    Bonjour à tous.

  5. Intervenant 1

    Notre mission aujourd'hui, à travers l'étude de l'article « Les énigmes de la relativité générale », c'est de retracer un peu cette redoutable mécanique géométrique qui a forcé l'humanité à réinventer nos concepts fondamentaux d'espace et de temps.

  6. Intervenant 2

    Oui, tout à fait.

  7. Intervenant 1

    Et surtout de comprendre précisément comment la physique a basculé.

  8. Intervenant 2

    Et ce qui est fascinant, c'est que le point de bascule, il réside paradoxalement dans l'une des Plus grande victoire de la science classique. Pendant plus de deux siècles, la loi de la gravitation universelle de Newton s'était imposée comme un modèle prédictif inégalé.

  9. Intervenant 1

    Ça marchait pour tout.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Le formalisme newtonien permettait de calculer par exemple le retour exact de la comète de Halley, ou encore plus fort, de postuler l'existence de la planète Neptune.

  11. Intervenant 1

    Juste avec des maths en fait.

  12. Intervenant 2

    Juste par le poids du calcul mathématique. On l'a trouvé avant même de la voir au télescope. Donc le cadre théorique semblait infaillible et il reposait sur cette idée d'un temps universel qui s'écoule de manière identique pour absolument chaque observateur.

  13. Intervenant 1

    D'accord. Donc la mécanique céleste paraissait totalement déterministe.

  14. Intervenant 2

    Voilà.

  15. Intervenant 1

    Jusqu'à ce que les astronomes se penchent sur l'orbite de Mercure.

  16. Intervenant 2

    Ah, Mercure, le fameux problème.

  17. Intervenant 1

    C'est ça. Parce que la trajectoire de la planète la plus proche de notre étoile, ce n'est pas une ellipse parfaitement fermée.

  18. Intervenant 2

    Non, en fait, à chaque orbite, son point le plus proche du Soleil, ce qu'on appelle le Périhélie, il se décale légèrement. C'est un phénomène qu'on appelle la précession. Et ça avance d'une infime fraction de degré par siècle. C'est tout petit, mais c'est là.

  19. Intervenant 1

    Et du coup, les astronomes du 19e siècle, avec Urbain Le Verrier en tête, ils ont tenté d'appliquer la même méthode qui avait si bien fonctionné pour Neptune.

  20. Intervenant 2

    Oui, ils se sont dit, on va calculer les perturbations induites par l'attraction gravitationnelle de toutes les autres planètes. Vénus, Jupiter, la Terre.

  21. Intervenant 1

    Sauf que le bilan mathématique, il était formel,

  22. Intervenant 2

    non ? Il était implacable. Même en additionnant toutes les masses du système solaire, il manquait un résidu. Il y avait une avance de 43 secondes d'arc par siècle qui restait, mais alors obstinément inexpliquée par les équations de Newton.

  23. Intervenant 1

    C'est fou qu'un si petit détail bloque tout. Et je crois que Le Verrier est allé jusqu'à postuler l'existence d'une autre planète, non ?

  24. Intervenant 2

    Ouais, exactement. Il s'est dit, bon, il y a une planète invisible orbitant très près du Soleil, qu'il a même nommée Vulcain.

  25. Intervenant 1

    Ah oui, Vulcain.

  26. Intervenant 2

    Voilà, pour justifier cette perturbation. Mais cette planète hypothétique, on ne l'a jamais détectée.

  27. Intervenant 1

    Parce qu'elle n'existe pas ?

  28. Intervenant 2

    Bah non. Pour cause, en fait, l'anomalie, elle venait pas d'une masse manquante, mais d'une erreur fondamentale dans la structure même de la théorie de la gravitation.

  29. Intervenant 1

    D'accord. Donc cette anomalie orbitale, elle vient un peu percuter une autre crise majeure de la physique de la fin du 19e siècle ?

  30. Intervenant 2

    Ouais, tout s'accumule à ce moment-là.

  31. Intervenant 1

    C'est ça. Avec les équations de

  32. Intervenant 2

    Maxwell

  33. Intervenant 1

    sur l'électromagnétisme, qui avaient unifié la lumière, l'électricité et le magnétisme.

  34. Intervenant 2

    Et qui démontrait que les ondes électromagnétiques se propagent à une vitesse finie.

  35. Intervenant 1

    Et ça, ça pose un énorme problème.

  36. Intervenant 2

    D'accord. Décomposons un peu ça. Pourquoi ça pose un problème ?

  37. Intervenant 1

    Eh bien, ça crée une contradiction insoluble avec la gravitation newtonienne. Parce que Newton, lui, il décrivait la gravité comme une action instantanée à distance.

  38. Intervenant 2

    Ah, instantanée. Ouais. Imagine si le soleil venait à disparaître brusquement, d'un coup.

  39. Intervenant 1

    Ok, plus de soleil.

  40. Intervenant 2

    Selon Newton, la Terre quitterait son orbite au moment exact de sa disparition, instantanément.

  41. Intervenant 1

    Ah oui, d'accord. Mais selon Maxwell, la lumière, elle, elle met huit minutes à nous parvenir.

  42. Intervenant 2

    Exactement. L'information de cette absence de lumière, on la verrait que huit minutes plus tard, donc cette incompatibilité conceptuelle, ça pouvait pas perdurer.

  43. Intervenant 1

    Les physiciens se retrouvaient un peu face à une dichotomie insoutenable.

  44. Intervenant 2

    Ouais, entre une mécanique classique qui repose sur une transmission instantanée des forces et un électromagnétisme qui lui impose une vitesse limite de propagation qu'on note C.

  45. Intervenant 1

    Surtout que les expériences, notamment je pense à celles de Michelson et Morlaix en 1887. Oui,

  46. Intervenant 2

    très célèbres.

  47. Intervenant 1

    Elles avaient échoué à détecter un milieu de propagation pour la lumière, le fameux éther luminifère.

  48. Intervenant 2

    Ben oui, parce qu'ils espéraient trouver dans quoi la lumière voguait, comme le son dans

  49. Intervenant 1

    l'air.

  50. Intervenant 2

    Mais l'expérience a confirmé que la lumière se déplaçait à la même vitesse, quelle que soit la direction ou le mouvement de la Terre.

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