
4 déc. 2020 · 20 min
Créer un article Wikipédia : les étapes qui comptent
Cet épisode suit le parcours d’une contribution : choisir un sujet, préparer le brouillon, citer ses sources, publier puis suivre les modifications.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On va commencer avec une petite image mentale. On a tous en tête cette représentation très classique et franchement un peu intimidante de la transmission du savoir.
Intervenant 2
Ah oui, les immenses bibliothèques d'autrefois.
Intervenant 1
Exactement. Ces grandes bibliothèques avec des boiseries sombres, les rayonnages qui ploient sous le poids de volumes encyclopédiques massifs. Tu sais, se relient en cuir avec des lettres dorées sur la tranche.
Intervenant 2
Complètement. C'était un peu le sanctuaire de la connaissance, quoi.
Intervenant 1
Voilà. Et historiquement, quand on cherchait une information, la démarche était presque religieuse. On ouvrait le livre et la vérité s'y trouvait, validée par des comités d'experts totalement invisibles. Tout était imprimé et surtout figé pour des décennies. C'est
Intervenant 2
clair, c'était gravé dans le marbre.
Intervenant 1
Et pourtant, en l'espace d'une vingtaine d'années à peine, il y a eu une révolution. Une simple interface numérique complètement ouverte aux quatre vents a littéralement renversé ce paradigme séculaire.
Intervenant 2
C'est fascinant quand on y pense.
Intervenant 1
Ah mais c'est dingue ! L'objectif de notre exploration d'aujourd'hui, à partir d'un super article sur le sujet, c'est de comprendre les rouages de ce projet collaboratif titanesque. En fait, on veut comprendre comment on passe d'un statut de lecteur purement passif à celui de créateur.
Intervenant 2
Ouais, de consommateur à producteur.
Intervenant 1
C'est ça. Et surtout, la grande question, c'est comment un système basé sur l'anonymat et le bénévolat parvient à maintenir une rigueur absolue ? Avec un focus tout particulier sur le domaine qui est réputé le plus intransigeant qui soit, les mathématiques.
Intervenant 2
Il y a vraiment un contrat saisissant avec ces fameux volumes en cuir dont on vient de parler. Franchement, le basculement éditorial auquel on a assisté, c'est sans équivalent dans l'histoire des idées.
Intervenant 1
Ouais, sans équivalent carrément.
Intervenant 2
Bah ouais. En ligne, des institutions qui semblaient intouchables, genre le Grand Larousse ou l'Encyclopédia Universalis. Elles ont été, on va dire, complètement ringardisées par une plateforme qui est née seulement en 2001.
Intervenant 1
C'est allé à une vitesse folle.
Intervenant 2
Exactement. On est passé d'une validation hyper centralisée, lente, à un processus décentralisé, permanent et complètement horizontal.
Intervenant 1
Ouais.
Intervenant 2
Et au-delà de la philosophie, ce qui est hallucinant, c'est l'échelle de cette architecture de l'information.
Intervenant 1
Justement, les chiffres donnent vraiment le vertige. Rien que pour la version anglophone, en se basant sur des statistiques de 2020, on dépasse allègrement les 6 millions d'articles. 6 millions !
Intervenant 2
C'est une masse d'informations qui dépasse l'entendement.
Intervenant 1
Complètement. Mais le truc fou, c'est que la machine ne tourne pas grâce à une armée d'employés payés à plein temps. C'est une communauté d'environ 136 000 utilisateurs actifs.
Intervenant 2
Ce qui veut dire des gens qui ont fait au moins une modification dans le dernier mois,
Intervenant 1
c'est ça ? C'est ça. 136 000 personnes. En gros, on parle d'une ville entière dont l'unique activité serait d'écrire, de corriger et de structurer des paragraphes, tous les jours.
Intervenant 2
Et tu sais, l'hégémonie de l'anglais sur le web pourrait laisser penser que les autres langues, elles font juste de la figuration.
Intervenant 1
Ouais, on a souvent cette impression.
Intervenant 2
Mais en fait, l'analyse des données montre une dynamique linguistique super différente. La francophonie s'impose d'une manière assez spectaculaire dans ce paysage.
Intervenant 1
Attends, la version française est si bien classée que ça ?
Intervenant 2
Ah ouais, on a une base super solide, avec plus de 2 200 000 articles et environ 20 000 contributeurs actifs. La version francophone est sur le podium, troisième place mondiale. Ah ouais, la médaille de bronze quand même ! Voilà, et on talonne vraiment de très près la version germanophone qui, elle, est à 2 400 000. Donc il y a une vraie appropriation culturelle de l'outil.
Intervenant 1
C'est génial de voir que notre communauté est aussi active.
Intervenant 2
C'est clair. Et d'ailleurs, les critères d'admissibilité d'un article, ce qui a le droit d'être sur l'encyclopédie ou non, c'est pas les mêmes sur le wiki francophone et sur l'anglophone. Chaque communauté fixe ses propres lois.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. D'abord, le terme wiki lui-même. C'est un petit préfixe qu'on accole un peu partout aujourd'hui, mais son origine est vachement inattendue.
Intervenant 2
Ah oui, c'est pas de l'anglais la labose.
Intervenant 1
Pas du tout. Ça vient du beau du monde, de la langue hawaïenne en fait, où l'expression « wiki wiki » signifie tout simplement « rapide ».
Intervenant 2
Hawaïen, c'est
Intervenant 1
fou quand même. Ouais. À la genèse de l'internet collaboratif, le créateur du concept, Ward Cunningham, son idée c'était de créer des pages web qui se modifieraient plus vite qu'elles ne se lisent.
Intervenant 2
Le glissement de sens de ce mot est super révélateur d'ailleurs. Parce qu'à l'origine, cette fameuse rapidité, ça désignait vraiment la technologie elle-même.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Le fait qu'il n'y avait pas de processus lourd pour publier. Pas besoin de savoir coder en HTML, pas besoin de serveurs FTP ou trucs complexes. Tu cliques, tu tapes, tu sauves.
Intervenant 1
La simplicité absolue.
Intervenant 2
Exactement. Mais petit à petit, cette rapidité purement technique, elle s'est muée en rapidité sociale. C'est devenu le synonyme de collaboratif.
Intervenant 1
Ah, je vois. L'information qui circule et qui s'ajoute à la vitesse de l'éclair.
Intervenant 2
Voilà. Dès qu'il y a une actualité ou une nouvelle découverte scientifique, hop, c'est en ligne. Cette absence totale de friction à l'entrée, c'est le moteur du projet. Mais en même temps, c'est intrinsèquement son plus gros défaut.
Intervenant 1
Bah oui, parce que c'est le paradoxe central du système. Si c'est si ouvert, c'est aussi hyper vulnérable.
Intervenant 2
C'est clair. L'ouverture totale pose la question de la fiabilité.
Intervenant 1
Imaginons la scène. On lit un texte tranquillement et pouf, une faute de frappe énorme ou une date complètement fausse nous saute aux yeux. L'interface nous tend les bras avec son bouton modifié, là juste en haut de
Intervenant 2
l'écran. La tentation est forte.
Intervenant 1
Ouais, un simple clic et bam, on peut altérer un texte lu par des millions de personnes. Et ça, sans même donner son identité ou créer un compte. Du coup, la logique voudrait qu'un système pareil s'effondre sous le poids des trolls et du vandalisme en quelques heures, non ?
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est la façon dont le code lui-même a évolué. La plateforme a développé un véritable système immunitaire.
Intervenant 1
Un système immunitaire, genre comme des globules branchs numériques ?
Intervenant 2
Exactement. Ça s'appuie sur une asymétrie de l'effort qui est redoutable. En gros, s'il faut disons 10 secondes à un troll pour vandaliser une page, il faut littéralement une fraction de seconde à un gardien pour annuler cette modification.
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