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17 juil. 2018 · 26 min

Principe des tiroirs : comment le simple devient puissant

Dans cet épisode, suivez le principe des tiroirs, de la commode aux problèmes de combinatoire, et découvrez comment repérer les bonnes « boîtes ».

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Très heureux de vous retrouver pour notre exploration du jour. Et aujourd'hui, on va vous prouver avec une certitude absolue qu'à cet instant précis, il y a au moins quatre personnes dans Paris qui ont très exactement le même nombre de cheveux sur la tête. Et le plus beau dans tout ça, c'est qu'on ne va pas en compter un seul.

  2. Intervenant 2

    C'est une promesse audacieuse, mais je vous garantis qu'elle est mathématiquement inattaquable. Et c'est vraiment tout l'objet de notre discussion d'aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Et c'est en fait, c'est justement le point de départ d'un article vraiment fascinant, publié dans Tangente, que nous décryptons aujourd'hui. L'objectif de notre émission, c'est de comprendre un peu comment les mathématiciens arrivent à des certitudes aussi massives, juste à partir d'observations du quotidien en fait.

  4. Intervenant 2

    Tout à fait.

  5. Intervenant 1

    On va plonger dans une branche qu'on appelle la combinatoire et on va voir comment on passe du simple bon sens à des preuves géométriques, arithmétiques, vertigineuses. Et ça, sans s'encombrer de calculs de probabilités interminables.

  6. Intervenant 2

    Ouais, parce que le secret, il repose sur un outil conceptuel d'une simplicité vraiment désarmante. En fait, pour bien le comprendre, oubliez les mathématiques un instant.

  7. Intervenant 1

    D'accord.

  8. Intervenant 2

    Imaginez simplement que vous possédez une petite commode. Et cette commode, elle ne comporte que deux tiroirs.

  9. Intervenant 1

    Ok, je visualise.

  10. Intervenant 2

    Bon. Maintenant, imaginez que vous avez trois vêtements, disons trois chemises, et que vous devez absolument les ranger dans cette commode. Qu'est-ce qui se passe ?

  11. Intervenant 1

    Eh bien, physiquement parlant, si j'ai trois chemises et seulement deux tiroirs, je vais forcément devoir mettre au moins deux chemises dans le même tiroir.

  12. Intervenant 2

    Voilà.

  13. Intervenant 1

    Enfin, je veux dire, je peux tout tasser dans un seul, bien sûr. Mais dans tous les cas, il y aura au moins un tiroir avec deux chemises ou plus. Je n'ai pas vraiment le choix, quoi.

  14. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et vous venez de formuler ce que l'on appelle le principe des tiroirs.

  15. Intervenant 1

    Ah, d'accord.

  16. Intervenant 2

    Les anglo-saxons, ils appellent ça le « pigeonhole principle », l'idée des pigeons qui doivent se répartir dans les lucarnes d'un pigeonnier, qui sont trop peu nombreuses. Mais en fait, c'est le mathématicien allemand Johann Peter Gustav Legend de Richelette qui a formellement théorisé la chose. C'était en 1834, sous le nom de Schubfahrprinzip.

  17. Intervenant 1

    Ah mes souhaits ! Avouez que c'est presque trop simple pour porter le nom d'un mathématicien du XIXe siècle, non ?

  18. Intervenant 2

    Ben, on pourrait le croire, ouais. Mais la simplicité n'est qu'apparente. Parce que, en fait, dit Richelin, ne s'est pas arrêté là. Il a posé une règle qui est généralisable.

  19. Intervenant 1

    D'accord.

  20. Intervenant 2

    Si on range n plus un objet dans n tiroirs, au moins un tiroir contiendra deux objets. Bon, jusque-là, c'est vos chemises.

  21. Intervenant 1

    C'est mes chemises,

  22. Intervenant 2

    ouais. Mais si on augmente un peu les volumes. Si vous devez ranger K fois N plus un objet dans N tiroirs.

  23. Intervenant 1

    Oula.

  24. Intervenant 2

    Alors, au moins un tiroir contiendra obligatoirement K plus un objet.

  25. Intervenant 1

    Attendez, attendez, ne me perdez pas avec les K et les N là. Si je reprends ma commode à trois tiroirs.

  26. Intervenant 2

    Ouais.

  27. Intervenant 1

    Et que, disons, j'ai 10 chemises à ranger.

  28. Intervenant 2

    Oui.

  29. Intervenant 1

    Bon, 10 c'est 3 fois 3 tiroirs plus une chemise qui me reste sur les bras. Le principe me dit qu'un tiroir aura au moins 4 chemises du coup.

  30. Intervenant 2

    C'est exactement la bonne déduction, oui. Mathématiquement parlant, en fait, on divise le nombre d'objets par le nombre de tiroirs et on arrondit à l'entier supérieur.

  31. Intervenant 1

    Ah je vois.

  32. Intervenant 2

    Donc 10 divisé par 3 ça donne 3,33, on arrondit au-dessus ça donne 4. En langage ensembliste formel, pour être un peu plus précise, on dit que si on a deux ensembles finis E et F, et que E contient plus d'éléments que F, aucune fonction reliant E et F ne peut être strictement injective. Il y aura forcément des collisions.

  33. Intervenant 1

    Ok, bon, permettez-moi de déjargonner un peu ça pour que l'image reste bien concrète pour ceux qui nous écoutent.

  34. Intervenant 2

    Bien

  35. Intervenant 1

    sûr. Si je résume, c'est un peu le principe du jeu des chaises musicales, mais appliqué à la logique pure. C'est ça. La musique s'arrête, il y a cinq enfants, mais seulement quatre chaises. Et inévitablement, deux enfants vont essayer de s'asseoir sur la même chaise.

  36. Intervenant 2

    L'analogie des chaises musicales, elle est parfaite. C'est vraiment exactement le même mécanisme d'évidence spatiale et logique.

  37. Intervenant 1

    D'accord. Bon, l'idée est limpide. Mais prouvez-moi que ça sert dans le monde réel. Parce que tout à l'heure, en introduction, j'ai promis à nos auditeurs une histoire de cheveux parisiens, là.

  38. Intervenant 2

    Ouais, c'est vrai.

  39. Intervenant 1

    Comment on passe des chaises musicales à la chevelure de millions de personnes ?

  40. Intervenant 2

    Faisons l'expérience de pensée de l'article de Tangente en fait. La question c'est, est-ce qu'on peut affirmer qu'à Paris, intra-muros, au moins quatre personnes ont, au cheveu près, la même chevelure aujourd'hui ? Pour répondre, il nous faut deux données. D'abord, la science nous apprend qu'un être humain possède en moyenne entre 100 000 et 150 000

  41. Intervenant 1

    cheveux.

  42. Intervenant 2

    Et prenons une marge de sécurité gigantesque. Disons qu'absolument personne sur Terre n'a plus de 500 000 cheveux.

  43. Intervenant 1

    OK.

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