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12 sept. 2017 · 19 min

Pourquoi n’existe-t-il que sept types de frises ?

Dans cet épisode audio, partez du ruban enroulé sur un cylindre, puis suivez rotations et réflexions jusqu’à l’inventaire exhaustif des sept frises.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et un très grand merci à toutes celles et ceux qui nous rejoignent pour cette nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Bonjour, ravie d'être là pour décortiquer ce sujet avec vous aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Alors, il suffit d'imaginer un instant un artiste dans son atelier. Cet artiste, il a reçu une commande spéciale.

  4. Intervenant 2

    Une grosse commande,

  5. Intervenant 1

    oui. Voilà. Concevoir un motif décoratif, une frise, pour orner les murs d'un immense palais. Et sur le paquet, la liberté semble vraiment totale.

  6. Intervenant 2

    C'est clair. On peut y dessiner des lianes qui s'entrelacent, des créatures fantastiques, des formes géométriques ultra complexes.

  7. Intervenant 1

    Ouais, jouer sur les couleurs, les espacements, tout ça, on a vraiment l'illusion d'une créativité absolument infinie.

  8. Intervenant 2

    Et pourtant, et c'est là que ça devient fascinant, les mathématiciens ont une réalité assez brutale à opposer à cet artiste.

  9. Intervenant 1

    Brutale, c'est le mot. On

  10. Intervenant 2

    aura même prisonnière d'une liste très restreinte dictée par l'unimère.

  11. Intervenant 1

    C'est tout le paradoxe de la géométrie combinatoire en fait. On pense inventer, mais on ne fait que remplir un moule qui existe déjà.

  12. Intervenant 2

    Exactement. Et l'article que nous explorons aujourd'hui, il s'intitule « Les sept types de frises ». Ce titre annonce tout de suite la couleur.

  13. Intervenant 1

    Il n'y en a que sept. Pas un de plus.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. Toute l'histoire de l'art décoratif linéaire tient dans ces sept minuscules catégories mathématiques.

  15. Intervenant 1

    Bon, avant de plonger dans ce mystère du chiffre 7, je pense qu'il faut définir très clairement notre objet d'étude.

  16. Intervenant 2

    D'accord.

  17. Intervenant 1

    Qu'est-ce qu'on appelle exactement une frise en mathématiques ? Parce qu'il ne faut pas confondre ça avec un pavage.

  18. Intervenant 2

    Ah, c'est une distinction super importante, oui. Un pavage, c'est un motif qui a pour vocation de recouvrir un plan entier.

  19. Intervenant 1

    De toutes les directions, du

  20. Intervenant 2

    coup. Voilà, si l'on regarde le carrelage d'une cuisine ou les mosaïques géantes de la Lambra, le motif s'étend indéfiniment sur la longueur et la largeur.

  21. Intervenant 1

    C'est un espace en deux dimensions complète.

  22. Intervenant 2

    C'est ça. La frise, elle, elle a une contrainte majeure. Elle ne se propage que dans une seule direction.

  23. Intervenant 1

    Donc, c'est le ruban de papier peint en haut du mur ou la bordure sculptée le long d'un temple grec.

  24. Intervenant 2

    Tout à fait.

  25. Intervenant 1

    Ça court sur une ligne, de gauche à droite, théoriquement jusqu'à l'infini, mais ça reste confiné dans une bande d'une certaine hauteur.

  26. Intervenant 2

    C'est bien ça. On est sur un objet qui vit dans un espace à une dimension de propagation, même si le dessin en lui-même a une épaisseur. Et pour analyser comment ces motifs peuvent se répéter le long de cette ligne infinie, l'article propose une méthode d'analyse qui peut sembler très contre-intuitive au premier abord.

  27. Intervenant 1

    Oui, j'ai vu ça.

  28. Intervenant 2

    Pour comprendre ce ruban plat, il faut d'abord l'enrouler.

  29. Intervenant 1

    Et ça, franchement, c'est un point sur lequel j'ai un peu bloqué lors de ma première lecture. Ah bon ? Bah oui, on veut analyser un mur plat en deux dimensions et le texte nous emmène soudainement dans l'espace en trois dimensions avec des cylindres et des amphores antiques.

  30. Intervenant 2

    C'est déroutant, je comprends.

  31. Intervenant 1

    Quel est l'intérêt de compliquer des choses en ajoutant une dimension supplémentaire en fait ?

  32. Intervenant 2

    Mais c'est pas pour compliquer, c'est au contraire pour rendre le calcul possible.

  33. Intervenant 1

    Ah

  34. Intervenant 2

    ouais ? Oui, parce que l'infini, c'est quelque chose de très difficile à manipuler mathématiquement. Si on prend une ligne qui s'arrête jamais, on ne peut pas l'isoler pour la

  35. Intervenant 1

    mesurer. C'est vrai, vu

  36. Intervenant 2

    comme ça. Du coup, l'astuce des topologistes, c'est de tricher un peu avec l'espace, en prenant ce ruban infini et en l'enroulant sur lui-même pour former un cylindre exactement comme les frises de guerriers qui font le tour d'un vase grec. On transforme un problème infini en un problème fini.

  37. Intervenant 1

    D'accord. Le motif fait le tour, il se referme sur lui-même.

  38. Intervenant 2

    Voilà, et on obtient une boucle fermée qu'on peut enfin étudier.

  39. Intervenant 1

    Ok, je commence à saisir la nuance. On utilise la symétrie de rotation du vase, qui est un espace clos en fait, pour comprendre la répétition.

  40. Intervenant 2

    Exactement.

  41. Intervenant 1

    Mais bon, on décore pas tous nos salons avec des vases géants ici. Bah non, ce serait encombrant. Alors comment on ramène cette théorie cylindrique sur notre mur parfaitement plat ?

  42. Intervenant 2

    Par une expérience de pensée très élégante. Il suffit d'imaginer que ce cylindre, il se met à gonfler. Il

  43. Intervenant 1

    gonfle.

  44. Intervenant 2

    Oui. Son rayon s'agrandit de plus en plus. Si l'on se tient sur un cylindre d'un kilomètre de rayon, la surface sous nos pieds, elle nous paraît déjà presque plate.

  45. Intervenant 1

    Ah, comme la courbure de la Terre en fait.

  46. Intervenant 2

    C'est exactement le même principe. Et si ce rayon tend vers l'infini, la courbure disparaît totalement. Le cylindre se casse en quelque sorte et se déroule pour redevenir un plan plat infini.

  47. Intervenant 1

    C'est fou. Cette gymnastique mentale, elle permet donc de prouver que les règles de symétrie qui s'appliquent sur le cercle fini, elles s'appliquent de la même manière sur la ligne droite infinie. Tout juste. C'est un peu comme l'analogie du rouleau de ruban adhésif imprimé. Tant qu'il est enroulé, c'est un cylindre. Mais quand on le tire et qu'on le colle sur une table, paf, on transfère la géométrie de l'objet 3D vers une surface 2D.

  48. Intervenant 2

    Ah, l'image est excellente ! Et une fois que notre frise est bien à plat, étalée sur la table, il faut trouver un moyen de classer ses motifs.

  49. Intervenant 1

    Sans se laisser distraire par les choix artistiques, j'imagine.

  50. Intervenant 2

    Exactement.

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