
16 juil. 2019 · 4 min
Philippe Charbonneau : sculpter les maths avec la lumière
Dans cet épisode, suivez le portrait d’un artiste fasciné par les surfaces, puis découvrez comment angles, reflets et soleil animaient ses sculptures.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Un grand bonjour à tout le monde. Je suis ravi d'animer cette nouvelle exploration sonore qui va nous plonger au cœur des mathématiques et de l'art.
Intervenant 2
Salut Sam ! Oui, une exploration vraiment fascinante aujourd'hui. On va parler de l'artiste Philippe Charbonneau.
Intervenant 1
Exactement. Un artiste vraiment singulier qui nous a malheureusement quittés en 2019. C'était juste après sa présence au Salon de la culture et des jeux mathématiques d'ailleurs.
Intervenant 2
C'est ça. Et pour bien saisir ce qu'il faisait, il ne faut surtout pas regarder ses sculptures comme de la simple décoration.
Intervenant 1
Ah non, surtout pas.
Intervenant 2
Ce sont de véritables théorèmes mathématiques rendus physiques.
Intervenant 1
Des équations qu'on peut littéralement toucher. Et justement, cette fascination qu'il avait pour la géométrie pure, elle ne vient pas de nulle part.
Intervenant 2
Non, en fait, il y a eu un déclic majeur, une visite au Palais de la Découverte.
Intervenant 1
Le fameux Palais.
Intervenant 2
Voilà. C'est là que naît son obsession pour des formes qui semblent un peu paradoxales, notamment ce qu'on appelle les surfaces réglées.
Intervenant 1
Alors, les surfaces réglées, pour qu'on visualise bien, on peut penser tout bêtement à un pont suspendu.
Intervenant 2
C'est une super analogie, ouais.
Intervenant 1
Parce que c'est l'art de créer des courbes ultra-fuides, mais en utilisant strictement que des lignes droites et rigides, comme les câbles d'acier d'un pont.
Intervenant 2
Tout à fait. On oublie souvent que derrière ces belles courbes, il y a des droites et des calculs bruts.
Intervenant 1
Sauf que Charbonneau, lui, y poussa un extrême vertigineux.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
Il ne disposait pas ses fils de manière aléatoire juste pour faire joli. Chaque ligne répondait à une contrainte forte. Il calculait des angles parfaits pour créer des symétries multiples.
Intervenant 2
Donc le croisement de ces fils rigides, ça formait vraiment une matrice. Exactement. Un réseau d'une précision absolue. Une véritable équation spatiale.
Intervenant 1
D'accord. Mais une structure aussi parfaite soit-elle, elle reste quand même un peu inerte si on ne lui donne pas un médium pour interagir avec notre monde, non ?
Intervenant 2
C'est là qu'intervient son moteur principal, la lumière.
Intervenant 1
La lumière, donc tout ce qui est reflets, ombres, irisation.
Intervenant 2
Absolument. C'est ce qui donne vie à ces géométries.
Intervenant 1
Mais attends, j'ai un vrai problème logique
Intervenant 2
là. Hein ? Vas-y.
Intervenant 1
Les mathématiques, c'est censé être l'incarnation de la perfection, un truc immuable. Si on expose une telle sculpture au soleil naturel qui bouge toutes les heures...
Intervenant 2
Oui, je vois où tu veux en
Intervenant 1
venir. Est-ce que ça ne ruine pas totalement la précision de l'œuvre ? Le soleil est imprévisible ?
Intervenant 2
C'est drôle parce que c'est le piège classique ça, de penser que l'environnement va polluer la théorie mathématique.
Intervenant 1
C'est un peu instinctif, oui.
Intervenant 2
Mais chez Charbonneau, c'est carrément l'inverse. L'œuvre conçue spécifiquement pour cette variabilité.
Intervenant 1
Ah d'accord, donc ce n'était pas un accident ?
Intervenant 2
Pas du tout. En calculant ces surfaces réglées, il prévoyait comment les ombres allaient se projeter, se transformer. La sculpture dévoile sa complexité uniquement quand la lumière se déplace.
Intervenant 1
Ça révèle de nouvelles symétries sous différents angles en fait.
Intervenant 2
C'est exactement ça. La lumière, c'est son moteur.
Intervenant 1
Et s'il lui fallait un matériau capable de capturer cette lumière, ça explique l'une de ses dernières créations, celle avec le cylindre torsadé en plexiglas.
Intervenant 2
Oui, il en tirait une immense fierté et à juste titre. C'est une incarnation du fameux ruban de Mobius.
Intervenant 1
Avant de les joindre.
Intervenant 2
Et paf, l'objet n'a plus qu'une seule face continue.
Intervenant 1
L'intérieur et l'extérieur se confondent, c'est la base de la topologie.
Intervenant 2
Oui, et le choix du plexiglas pour faire ça, c'est un coup de génie absolu. Sa transparence permet aux rayons du soleil d'inonder la matière.
Intervenant 1
Il n'y a plus d'obstacles visuels quoi.
Intervenant 2
Voilà. Les faisceaux lumineux suivent directement les torsions, la matière sert de support, la topologie définit la trajectoire et la lumière révèle l'intérieur.
Intervenant 1
C'est fou. Il a vraiment prouvé que la géométrie la plus stricte pouvait créer de l'émerveillement pur.
Intervenant 2
Complètement. C'est même profondément émouvant.
Intervenant 1
Et ça m'amène à une dernière pensée un peu provocatrice pour clore cette discussion.
Intervenant 2
En t'écoute.
Intervenant 1
Sachant qu'un ruban de Moebius ne possède mathématiquement qu'une seule face. Oui ? Quand la lumière traverse le plexiglas d'une de ses sculptures, est-ce qu'elle franchit réellement une frontière physique de l'intérieur vers l'extérieur ?
Intervenant 2
Oh, bonne question.
Intervenant 1
Ou est-ce que cette lumière finit simplement par glisser éternellement sur une boucle infinie ?
Intervenant 2
On laisse tout le monde méditer là-dessus. À très vite.
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