
7 oct. 2016 · 5 min
Paradoxes logiques : le corbeau noir confirme-t-il trop ?
Dans cet épisode audio, suivez trois paradoxes, de l’être le moins remarquable au corbeau noir, pour voir comment la logique fragilise nos certitudes.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on plonge dans un sujet fascinant tiré de l'article sacré paradoxe, la troisième partie. L'idée, c'est de voir comment la logique, qui est pourtant censée être notre outil le plus rigoureux, elle peut parfois nous piéger.
Intervenant 2
Salut Sam ! Oui, c'est exactement ça. En fait, la logique stricte nous mène parfois à des impasses totales. Et l'article l'illustre super bien avec une petite expérience de pensée.
Intervenant 1
Ah, le fameux paradoxe de Bechmar, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est ça. Imaginons un instant qu'on prenne l'humanité tout entière et qu'on la divise en deux groupes. D'un côté, on rassemble toutes les personnes remarquables et de l'autre, on met toutes les personnes complètement banales.
Intervenant 1
Jusque là, ça va. Ça semble être un classement assez simple.
Intervenant 2
Sur le papier, oui. Mais il y a un piège. Dans ce groupe des gens banals, il y a forcément une personne qui, statistiquement, est la moins remarquable de toutes.
Intervenant 1
Attends, mais du coup, le simple fait d'être la personne la moins remarquable au monde, ça la rend hyper intéressante.
Intervenant 2
Exactement. Elle perd sa banalité. Donc, en suivant une logique implacable, on doit la transférer dans le groupe des personnes remarquables.
Intervenant 1
Ah, je vois le problème. Le groupe banal a maintenant un nouveau moins remarquable.
Intervenant 2
Voilà, et le cycle s'enclenche. Ce nouveau mois remarquable devient remarquable à son tour, on le transfère, et ainsi de suite. À la fin, par une stricte application de la logique, le groupe des gens banals finit par se vider complètement.
Intervenant 1
C'est fou ça ! En fait, l'absence d'un critère devient le critère lui-même. C'est un peu comme chercher le premier nombre non remarquable dans une série quoi.
Intervenant 2
Ouais, tout à fait.
Intervenant 1
Dès qu'on le trouve, paf, il devient remarquable justement parce qu'il est le premier. On fait une confiance aveugle à la logique, mais des fois c'est comme un GPS très têtu qui nous ferait foncer droit dans un mur parce que c'est le chemin le plus court.
Intervenant 2
C'est une super métaphore. Et ce qui est fou, c'est que ces boucles logiques ne restent pas seulement dans la théorie, ça se matérialise aussi dans la physique avec le paradoxe de Shannon par exemple.
Intervenant 1
Oui, l'approche de Shannon. Il a imaginé un circuit électrique. Un peu spécial, non ?
Intervenant 2
Oui, l'idée, c'est de construire un circuit qui intègre sa propre contradiction. En gros, dès que le courant passe, ça active un électroaimant qui vient physiquement couper ce même courant.
Intervenant 1
Donc le circuit s'éteint tout seul.
Intervenant 2
Voilà. Mais comme il n'y a plus de courant, l'électroaimant se relâche. Et là, que se passe-t-il ?
Intervenant 1
Le circuit se referme et le courant repart en. C'est une boucle infinie de création et de destruction, en fait.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Et ce qui devrait être une grosse erreur logique devient un mécanisme totalement fonctionnel. C'est d'ailleurs le principe de base des vieilles sonneries électriques. Le système marche précisément parce qu'il s'auto-détruit et se recrée sans fin.
Intervenant 1
Ça donne vraiment tout son sens à la citation de Bernard Shaw qu'on trouve dans les sources « La règle d'or, c'est qu'il n'y a pas de règle d'or ». Totalement. Mais du coup, si on encode ces contradictions directement dans nos machines, comment on fait pour faire confiance à la logique quand on observe le monde naturel ? Je pense aux fameux problèmes de Karl Hempel et de son ornithologie.
Intervenant 2
Ah, Hempel, un grand classique. Lui, il s'attaque à un pilier de la science, c'est-à-dire la déduction. Prenons une loi élémentaire, genre tous les corbeaux sont noirs.
Intervenant 1
D'accord, c'est assez basique.
Intervenant 2
En logique stricte, on utilise une forme miroir qu'on appelle la contraposée. Mathématiquement, dire A implique B, c'est parfaitement équivalent à dire l'absence de B implique l'absence de A.
Intervenant 1
Ok, donc la loi devient tout ce qui n'est pas noir ne saurait être un corbeau.
Intervenant 2
Exactement. Sauf qu'en pratique, c'est complètement absurde.
Intervenant 1
Bah oui, parce que ça signifie que si je croise une vache rouge dans un pré, comme elle n'est ni noire ni un corbeau, ça confirme scientifiquement que les corbeaux sont noirs.
Intervenant 2
C'est ça. Et le pire, c'est que cette même vache rouge, elle pourrait tout aussi bien confirmer une théorie qui affirmerait que tous les corbeaux sont blancs.
Intervenant 1
C'est complètement délirant. Donc, la quête d'une certitude absolue avec la logique pure, ça s'effondre face au monde réel. Mais est-ce qu'on doit pour autant jeter la logique scientifique à la poubelle ?
Intervenant 2
Surtout pas. L'article montre que c'est là que notre pragmatisme prend le dessus. La logique statistique théorique est parfois trompeuse. Pense à l'exemple classique du voyageur anglais.
Intervenant 1
Ah oui, celui qui débarque à Calais, croise trois femmes rousses et déduit instantanément que toutes les habitantes du continent sont rousses.
Intervenant 2
Voilà, c'est le fameux biais de confirmation hâtive. C'est faux logiquement.
Intervenant 1
Mais Francine Jalin-Mannoni rappelle que ce type de raccourci, on ne peut pas vraiment s'en passer en fait.
Intervenant 2
Exactement. Si on identifie que quelques champignons d'une espèce précise, genre l'amanite phalloïde, sont mortels, on ne va pas exiger de les tester absolument tous pour déduire que l'espèce entière est dangereuse.
Intervenant 1
Clairement pas non. L'instinct de survie remplace la rigueur absolue quoi.
Intervenant 2
C'est ça, on tire une loi générale à partir d'un échantillon limité, parce que le risque est juste trop grand. La prudence balaye totalement le besoin de certitudes mathématiques infinies.
Intervenant 1
Ce qui nous amène à la conclusion super ironique de Samuel Butler, on ne peut être sûr de rien, ni même du fait qu'on ne peut être sûr de rien.
Intervenant 2
Une très belle pirouette pour finir.
Intervenant 1
Carrément. En fin de compte, si notre survie au quotidien exige d'accepter des raisonnements logiquement imparfaits, la quête d'une certitude absolue n'est-elle pas, au fond, le plus grand de tous les paradoxes ? Voilà une belle idée à creuser. Merci à tous pour votre écoute et à très bientôt pour une nouvelle exploration.
Intervenant 2
À bientôt.
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