tangenteAudio

14 févr. 2022 · 6 min

Où est le centre de la France ? Suivez les calculs

L’épisode suit les choix de calcul, de la Corse à la courbure terrestre, puis situe les réponses de Nassigny, Chazemais et Tranzault.

Collections de cet épisode (2)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on se lance dans un décryptage assez fascinant. Imaginons juste un instant qu'on découpe la carte de la France dans un immense plateau en bois.

  2. Intervenant 2

    Une sorte de grand puzzle géant en fait.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Et s'il fallait faire tenir ce plateau, qui est quand même très asymétrique, en parfait équilibre sur le bout d'un seul doigt. Où est-ce que ce point précis se trouverait ?

  4. Intervenant 2

    Ah, la fameuse recherche du centre de la France. Ça a l'air d'une question toute bête comme ça, très enfantine, mais c'est un véritable casse-tête géométrique.

  5. Intervenant 1

    Ouais, j'imagine. Surtout que ce point d'équilibre, c'est ce qu'on appelle le barycentre, non ?

  6. Intervenant 2

    Exactement. Et la plus grande difficulté ici, c'est que pour le calculer, il faut d'abord se mettre d'accord sur la forme exacte de ce fameux plateau en bois.

  7. Intervenant 1

    Bah oui, parce que les frontières, c'est pas juste un très net continu.

  8. Intervenant 2

    Voilà. Est-ce qu'on inclut les îles côtières, genre l'île de Noirmoutier ou Ouessant ?

  9. Intervenant 1

    Et la question se pose aussi pour l'outre-mer, parce que, en intégrant la Guyane, la Réunion ou les terres australes dans le calcul, notre point d'équilibre se retrouverait probablement projeté au beau milieu de l'océan.

  10. Intervenant 2

    Ah bah c'est sûr. C'est pour ça qu'en général, on reste sur le standard le plus habituel, c'est-à-dire la France métropolitaine, en incluant quand même la Corse.

  11. Intervenant 1

    D'accord. Mais même avec cette restriction, mon image du plateau en bois a une faille logique majeure.

  12. Intervenant 2

    Ah, je vois où tu veux en venir.

  13. Intervenant 1

    La Terre, elle n'est pas plate.

  14. Intervenant 2

    Eh oui, c'est le grand paradoxe de la géodésie en fait. La France n'est pas du tout une surface plane, elle épouse la courbure de la Terre.

  15. Intervenant 1

    Donc c'est plutôt une sorte de calotte sphérique, quoi.

  16. Intervenant 2

    Tout à fait. Et le centre de gravité d'un volume courbe comme ça, il ne flotte pas tranquillement à la surface de l'herbe. Il est littéralement enfoui à plusieurs dizaines de kilomètres sous terre.

  17. Intervenant 1

    Ah ouais, carrément dans le manteau terrestre. Un peu compliqué pour y planter un drapeau ou faire un monument pour les touristes.

  18. Intervenant 2

    C'est sûr. Du coup, comment l'Institut National de l'Information Géographique, l'IGM, gère ce problème souterrain ? Eh bien, il trace une ligne imaginaire.

  19. Intervenant 1

    Une ligne qui part du centre de la Terre.

  20. Intervenant 2

    C'est ça. Elle part du centre de la Terre, elle traverse ce centre de gravité souterrain et on regarde tout simplement où elle vient percer la surface de notre carte. C'est une projection géométrique purement verticale.

  21. Intervenant 1

    D'accord, je vois. Mais attends, avec cette méthode, est-ce qu'on prend en compte le poids des montagnes, par exemple ?

  22. Intervenant 2

    Eh bien non, justement. Le calcul fait totalement abstraction de la masse. Le relief gigantesque des Alpes ou le vide des grands lacs, ça n'a absolument aucun impact. On considère que la densité du pays est parfaitement homogène partout.

  23. Intervenant 1

    Ok, donc déjà, on a un point qui fluctue selon qu'on prend la courbure de la Terre ou l'inclusion de la Corse. Et c'est là que la nature humaine prend le relais, non ?

  24. Intervenant 2

    Oh que oui ! C'est carrément une guerre des clochers dans le centre de la France. Chaque commune située à proximité d'un de ces centres potentiels veut s'attribuer le titre.

  25. Intervenant 1

    Ça ne m'étonne pas. Il me semble que c'est le département du Cher qui a frappé en premier, historiquement.

  26. Intervenant 2

    Absolument. La petite commune de Bruère-Alichamp arbore fièrement une borne romaine du IIIe siècle pour marquer son centre. Il s'appuie sur les calculs du géographe Adolphe Laurent-Johannes.

  27. Intervenant 1

    Sauf que XIXe siècle, ces calculs omettaient tout simplement la Corse, c'est bien ça ?

  28. Intervenant 2

    C'est exactement ça, une petite erreur qui change tout.

  29. Intervenant 1

    Et juste à côté, le vidage de Solzay-le-Potier revendique aussi ce statut, je crois, depuis 1947. Oui,

  30. Intervenant 2

    grâce aux travaux de l'astronome et mathématicien Labbé-Moreux.

  31. Intervenant 1

    Mais du coup, une question très pratique, comment l'abbé Moreux pouvait calculer un barycentre national avec précision à cette époque, sans aucun ordinateur ?

  32. Intervenant 2

    Il fallait combiner une grande ingéniosité et des méthodes empiriques en fait. On utilisait souvent du papier millimétré pour calculer des intégrales à la main.

  33. Intervenant 1

    En quadrillant la carte ligne par ligne. Ça devait prendre un temps fou.

  34. Intervenant 2

    Un travail de titan. Et une autre technique, c'était de découper super précisément les frontières sur un carton d'une densité uniforme.

  35. Intervenant 1

    Oh, je devine la suite. On utilisait un fil à plomb ?

  36. Intervenant 2

    Ce

  37. Intervenant 1

    qui explique pourquoi aujourd'hui, avec la puissance de calculs informatiques, le département du Cher a un peu perdu son titre. Les vainqueurs modernes de l'IGN se trouvent plutôt dans l'allié.

  38. Intervenant 2

    C'est ça. Officiellement, c'est la commune de Nassigny, avec ses 200 habitants, qui est désignée comme le baricentre de la mutropole.

  39. Intervenant 1

    Officiellement. Parce que pourtant, à 6 km de là, il y a le village de Chazémé, qui revendique aussi la couronne en utilisant, ironiquement, les données du même IGN.

  40. Intervenant 2

    Ouais, c'est assez drôle. Mais comment deux centres parfaitement calculés peuvent coexister à 6 km d'écart ?

  41. Intervenant 1

    Eh bien, ça illustre toute la différence entre une surface continue et un nuage de points.

  42. Intervenant 2

    C'est-à-dire ? En gros, Nasserni est le barycentre d'un polygone continu, l'enveloppe extérieure des frontières. Chazmé, de son côté, c'est le résultat d'un calcul discret, statistique.

  43. Intervenant 1

    Donc, l'algorithme prend quoi ? Les coordonnées de toutes les communes ?

  44. Intervenant 2

    Exactement. Il prend les 35 000 mairies françaises et il leur implique un coefficient selon la superficie de la commune. Et mathématiquement, lisser une grande surface, ça donne jamais le même résultat que pondérer un nuage de points administratifs.

  45. Intervenant 1

    Ah oui, on passe carrément de la géométrie pure à de la cartographie administrative.

  46. Intervenant 2

    Tout à fait. Et d'ailleurs, toute cette obsession pour le point d'équilibre, le barycentre, ça occulte d'autres méthodes tout aussi rigoureuses en mathématiques.

  47. Intervenant 1

    Quelles autres méthodes ?

  48. Intervenant 2

    Au lieu d'un barycentre, on pourrait chercher à tracer le plus petit cercle capable d'englober toute la France continentale.

  49. Intervenant 1

    Et le centre de ce disque-là, il tombe où ?

  50. Intervenant 2

    Il tombe à transeau dans l'Indre. Et on pourrait aussi chercher le plus grand cercle qu'on peut inscrire structement à l'intérieur des frontières sans déborder. Ça donnerait encore de nouvelles coordonnées.

  51. Intervenant 1

    Incroyable ! En fait, les mathématiques prouvent ici qu'une vérité géographique, elle est totalement relative.

  52. Intervenant 2

    Complètement. Elle dépend uniquement des axiomes et des définitions qu'on choisit au départ.

  53. Intervenant 1

    Et ça soulève une dernière réflexion fascinante, je trouve. Sachant que l'érosion marine rogne nos falaises un peu plus chaque jour, et que le sable modifie les baies,

  54. Intervenant 2

    la forme de la France change en permanence.

  55. Intervenant 1

    C'est ça. Donc, à quelle fréquence devra-t-on recalculer nos polygones et déménager ces fameux monuments de pierres à l'avenir ? C'est fou d'y penser !

  56. Intervenant 2

    Une belle question

  57. Intervenant 1

    ouverte. Et à très bientôt pour de nouvelles explorations mathématiques.

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.