
18 mai 2021 · 16 min
Origami : dupliquer le cube et triséquer un angle
Dans cet épisode, suivez les axiomes du pliage jusqu’au pli de Beloch, étape décisive pour dupliquer le cube et triséquer un angle.
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut !
Intervenant 1
Alors, aujourd'hui, on va faire une petite expérience de pensée. Prenez une simple feuille de papier, une page volante, un vieux ticket de caisse, bref, ce que vous avez sous la main.
Intervenant 2
Ouais, n'importe quel bout de papier fait l'affaire.
Intervenant 1
Voilà. Pliez-la en deux. Et marquez bien le pli avec votre ongle. Eh ben, sans le savoir, ce geste mécanique super banal, que quiconque écoute cette exploration a dû faire des milliers de fois...
Intervenant 2
Oh, au moins !
Intervenant 1
Ce geste vient de mobiliser une puissance de calcul mathématique qui est intrinsiquement supérieure à tout l'arsenal géométrique du grand Euclide. Rien que ça.
Intervenant 2
C'est fou, hein ? Mais c'est totalement vrai !
Intervenant 1
C'est de plonger dans des documents qui tissent un lien super inattendu et honnêtement fascinant entre l'art millénaire de l'origami, donc le pliage de papier japonais, et la rigueur la plus stricte de la géométrie abstraite.
Intervenant 2
Exactement ! L'idée, c'est de comprendre comment la souplesse d'un simple bout de papier a permis de résoudre des énigmes mathématiques qui étaient réputées rigoureusement impossibles pendant plus de 2000 ans.
Intervenant 1
2000 ans de blocage. Parce que oui, le contraste est frappant entre la fragilité physique de la feuille de pâtier et la solidité absolue des démonstrations qu'elle permet de construire.
Intervenant 2
C'est vraiment un renversement intellectuel total. Et pour bien mesurer l'ampleur de ce renversement, il faut qu'on retourne aux racines de la crise géométrique.
Intervenant 1
Ah, la fameuse crise de l'Antiquité grecque.
Intervenant 2
Oui. Pendant des siècles, la pensée grecque s'est retrouvée enfermée, voire complètement paralysée face à trois problèmes géométriques précis. Des défis qui sont devenus mythiques en fait.
Intervenant 1
C'est clair. Et ce que nos sources montrent aujourd'hui, c'est que la clé de ces impasses, elle ne se trouvait pas dans un compas plus précis ou une meilleure règle, elle était dans la mécanique spatiale du pli.
Intervenant 2
Voilà, dans l'action de plier. Mais avant d'attaquer la mécanique de l'origami, c'est super important de comprendre pourquoi ces esprits grecs, qui étaient pourtant brillants, pourquoi ils étaient bloqués.
Intervenant 1
Bah ouais, quand on lit l'histoire des sciences, on voit que leur géométrie primitive, elle reposait sur une vision presque mystique de l'univers. Complètement mystique.
Intervenant 2
Surtout pour les pythagoriciens, tu vois. Pour eux, le monde était dicté par l'harmonie des nombres entiers et de leurs fractions.
Intervenant 1
Tout devait être propre.
Intervenant 2
C'est ça. Propre, mesurable, rationnel.
Intervenant 1
Sauf que c'est de cette quête de pureté absolue qu'est né leur plus grand traumatisme, non ?
Intervenant 2
Oui, le drame philosophique total. La géométrie elle-même est venue briser cette belle harmonie avec une découverte terrifiante. L'irrationalité de la racine carrée de deux.
Intervenant 1
Attends, juste pour qu'on soit tous sur la même longueur d'onde. La racine carrée 2, ça apparaît quand on trace la diagonale d'un carré de côté 1.
Intervenant 2
Exactement. Tu traces la figure la plus simple, la plus symétrique possible, un carré de côté 1. Tu tires sa diagonale et là, catastrophe. Tu démontres mathématiquement que la longueur de cette diagonale ne pourra jamais au grand jamais s'exprimer par une fraction entre deux nombres
Intervenant 1
entiers. C'est l'infini qui s'invite quoi.
Intervenant 2
Ouais, pour eux, c'était la preuve qu'une part de chaos infini, un truc incommensurable, se cachait vraiment au cœur de la matière. C'était terrifiant.
Intervenant 1
Du coup, si j'essaye de me mettre à leur place, avec nos yeux d'aujourd'hui, j'ai l'impression que face à cette angoisse de l'irrationnel, ils ont eu une réaction de verrouillage complet.
Intervenant 2
C'est exactement le mot. Un verrouillage.
Intervenant 1
Comme s'ils avaient fermé les frontières de leur discipline en disant, bon, à partir de maintenant, on impose une règle dogmatique. La seule géométrie digne de ce nom, elle doit se faire avec une règle non graduée et un compas. Point barre.
Intervenant 2
C'est ça la règle struct. L'école platonicienne a vraiment théorisé ça comme un bouclier contre l'imperfection du monde physique.
Intervenant 1
Bah oui, parce que tout ce qui s'apparente à la mécanique, à la mesure empirique, c'est banni quoi.
Intervenant 2
Tout à fait. Avec la règle, tu traces la droite infinie. Avec le compas, le cercle parfait. Tu restes dans l'idée pure, avec un grand T, sans te salir les mains avec l'imprécision des artisans, tu vois.
Intervenant 1
C'est un peu... C'est comme vouloir peindre un chef-d'œuvre, mais en s'interdisant d'utiliser plus de trois couleurs pour rester pure, quoi. Sauf que cette restriction extrême, elle a eu un coût colossal.
Intervenant 2
Un coup énorme, ouais. Elle a accouché de trois malédictions. Les fameux trois problèmes que la règle et le compas ne peuvent tout simplement pas résoudre.
Intervenant 1
Et trois grands défis impossibles.
Intervenant 2
Voilà. La duplication du cube, la trisection de l'angle, donc couper un angle en trois parts égales, et la quadrature du cercle.
Intervenant 1
Des problèmes sur lesquels les mathématiciens vont s'arracher les cheveux pendant des siècles, littéralement.
Intervenant 2
L'Antiquité, et pas des moindres, avait déjà trouvé la solution en secret.
Intervenant 1
En trichant.
Intervenant 2
En brisant le dogme, oui. Des sommités comme Dinostrate, Nicomède ou même le grand Archimède, figure-toi.
Intervenant 1
Archimède qui triche, j'adore.
Intervenant 2
En fait, ils ont mis de côté la règle non graduée pour utiliser un truc qui s'appelle la neusisse, c'est ça.
Intervenant 1
La neusisse, oui.
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