
12 oct. 2018 · 14 min
Ordinateur ou mathématicien : qui invente vraiment ?
Dans ce podcast, suivez la frontière entre calcul, preuve formelle et invention, puis découvrez comment cerveau et ordinateur peuvent se compléter.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment un immense plaisir d'accueillir les auditeurs aujourd'hui.
Intervenant 2
Bonjour Sam. Oui, je suis ravie d'être là pour cette nouvelle analyse.
Intervenant 1
Et aujourd'hui, on s'attaque à un sujet qui fascine autant qu'il angoisse. En 1936, Charlie Chaplin terrifiait un peu le public avec son film « Les temps modernes ».
Intervenant 2
Ah oui, cette image classique des humains avalés par des rouages métalliques géants.
Intervenant 1
Exactement. Mais près d'un siècle plus tard, la peur a muté. On ne craint plus tellement de se faire voler notre force physique. La vraie terreur contemporaine, c'est que les machines volent notre imagination en
Intervenant 2
fait. L'angoisse du grand remplacement intellectuel.
Intervenant 1
Voilà. L'intelligence artificielle va-t-elle finir par nous supplanter absolument partout, même dans l'inventivité pure des mathématiciens ?
Intervenant 2
C'est le cœur de notre exploration aujourd'hui, en nous basant sur une interview vraiment passionnante de Gérard Berry.
Intervenant 1
Le grand informaticien et professeur au Collège de France, oui.
Intervenant 2
C'est ça. Et notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre la véritable nature de la relation entre l'homme et la machine.
Intervenant 1
Et pour poser les bases, je crois qu'il faut tout de suite arrêter de penser en termes de compétition. L'ordinateur et notre cerveau ne jouent tout simplement pas sur le même terrain.
Intervenant 2
Ils ne sont pas en concurrence directe alors ?
Intervenant 1
Non, au contraire, ils sont faits pour s'entendre. Leurs architectures cognitives sont tellement différentes qu'elles se complètent. Une puce de silicium et un neurone biologique, ça opère dans des dimensions totalement opposées. D'accord, mais avant d'allier ou d'opposer les deux, il faut éclairer un point. On entend souvent dire que l'IA a fait des bonds de géants récemment grâce à des algorithmes miracles fraîchement inventés.
Intervenant 2
Oui, on entend ça partout.
Intervenant 1
Mais en lisant l'interview de Gérard Berry, on se rend compte que c'est une fausse impression, non ? D'un point de vue abstrait, la théorie informatique n'a pas tant changé que ça.
Intervenant 2
C'est exactement ça. La théorie, le cœur mathématique, est resté globalement le même. Que vous preniez la machine imaginée par Alan Turing dans les années 30 ou le supercalculateur d'aujourd'hui, les limites mathématiques de ce qu'il calcule sont fondamentalement identiques.
Intervenant 1
Ce qui a provoqué le boom récent du deep learning, l'apprentissage profond, ce n'est pas une formule magique.
Intervenant 2
C'est quoi alors ? C'est la matière. Plus précisément, c'est l'utilisation, un peu détournée d'ailleurs, des processeurs graphiques, les fameux GPU.
Intervenant 1
Attendez, les GPU, on parle bien des cartes graphiques conçues pour afficher les images de jeux vidéo ?
Intervenant 2
Oui, tout à fait.
Intervenant 1
En quoi ça change la donne pour l'intelligence artificielle ?
Intervenant 2
Eh bien, pour comprendre, il faut regarder l'architecture physique. Un processeur classique, donc le cerveau central d'un ordinateur, c'est ultra complexe, mais ça traite les instructions une par une.
Intervenant 1
En séquence, quoi !
Intervenant 2
Voilà. Alors qu'un processeur graphique, c'est composé de milliers de petits cœurs moins complexes, mais qui font tous leurs calculs simultanément.
Intervenant 1
Ah, le calcul massivement parallèle !
Intervenant 2
Exactement. Et pour simuler des réseaux de neurones, cette architecture est infiniment plus adaptée pour gérer des avalanches de données. C'est l'illustration de la loi de Moore sur la densité des puces. C'est vraiment la matière physique qui a permis à la théorie d'exploser.
Intervenant 1
C'est fou. Ce qui nous amène à une idée assez vertigineuse de Claude Shannon, le père de la théorie de l'information. Il disait que l'information possède une réalité en soi, comme la masse d'un objet. Et ça, c'est dur à avaler. Une onde radio, ok, c'est physique. Mais une idée, un code abstrait, est-ce que l'informatique moderne ne manipule pas le premier objet purement immatériel des sciences ?
Intervenant 2
C'est une tentation très forte de le croire, oui. Mais ce qui est fascinant ici, c'est que Gérard Berry s'y oppose fermement. Ah bon ? Oui. L'information n'est jamais désincarnée. Dire qu'on ne peut pas l'observer physiquement, c'est tout simplement faux. Elle a toujours besoin d'un support matériel ou énergétique.
Intervenant 1
Et c'est quoi le meilleur exemple de ça ?
Intervenant 2
Le vivant ? La nature passe son temps à construire de l'information. Prenez une analogie visuelle. Un paléontologue qui déterre un fossile. Il a quoi dans la
Intervenant 1
main ? Une pierre. Un morceau de roche qui a la forme d'un coquillage par exemple.
Intervenant 2
Voilà. C'est purement minéral.
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