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18 janv. 2019 · 21 min

Maxwell : quatre équations, et la lumière devient une onde

Suivez en audio le raisonnement qui relie électricité et magnétisme, retrouve la vitesse de la lumière et mène aux ondes électromagnétiques.

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  1. Intervenant 1

    Un éclair qui déchire un ciel d'orage, un aimant collé sur la porte du frigo, et tout simplement la lumière qui nous permet de voir le monde autour de nous.

  2. Intervenant 2

    C'est vrai que ça paraît n'avoir aucun rapport.

  3. Intervenant 1

    Ben oui, pendant des millénaires, l'humanité a considéré que c'était trois phénomènes physiques totalement distants. Mais voilà, bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  4. Intervenant 2

    Bonjour à toutes et à tous !

  5. Intervenant 1

    Aujourd'hui, on se lance dans une mission un peu spéciale. Une plongée au cœur de la physique pour comprendre comment un scientifique écossais, James Clerk Maxwell, a accompli un truc de fou en 1865. Il a unifié le magnétisme, l'électricité et l'optique.

  6. Intervenant 2

    Et le plus incroyable, c'est qu'il a fait ça avec seulement quatre équations. Quatre petites équations.

  7. Intervenant 1

    C'est l'un des plus grands exploits de l'histoire des sciences. Et pour bien comprendre ce tour de force, l'approche qu'on va adopter aujourd'hui, ça va être d'allier le grand récit historique à une véritable rigueur mathématique.

  8. Intervenant 2

    Exactement. Le but, c'est pas de faire un simple survol superficiel, genre vulgarisation rapide. Non, il s'agit vraiment de plonger dans l'architecture même de ces équations.

  9. Intervenant 1

    Mettre les mains dans le moteur, en gros.

  10. Intervenant 2

    C'est ça. On va regarder comment elles fonctionnent mécaniquement et surtout pourquoi elles ont exigé, à l'époque, une redéfinition totale de la réalité physique. Parce que ça a tout chamboulé.

  11. Intervenant 1

    À ça, j'imagine. Mais avant d'en arriver à ce fameux point de rupture en 1865, il faut quand même poser un peu le décor. À l'époque, l'électricité et le magnétisme, ça vivait des vies complètement séparées dans la tête des savants.

  12. Intervenant 2

    Ah oui, totalement séparées.

  13. Intervenant 1

    L'électricité, par exemple, ça commence avec des observations très très basiques, et ce, dès l'Antiquité. On frottait de l'ambre jaune, cette résine fossilisée, tu vois, et on remarquait que ça attirait des petites brindilles.

  14. Intervenant 2

    Et d'ailleurs, petite parenthèse, le mot grec pour l'ambre, c'est électron. C'est de là que tout vient.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, c'est vrai. Mais bon, pendant des siècles, ça reste juste une curiosité, un espèce de tour de passe-passe pour épater la galerie.

  16. Intervenant 2

    Et ça reste comme ça jusqu'au XVIIIe siècle, en fait. La science électrique, à ce moment-là, elle est presque exclusivement qualitative. On s'amuse dans les salons bourgeois, on frotte des objets avec des pots de chat ou des morceaux de soie, on fait des étincelles.

  17. Intervenant 1

    Ce qui devait être très sympa en soirée, remarque.

  18. Intervenant 2

    Oui, très spectaculaire. Mais on ne mesure rien de fondamental. Et de son côté, le magnétisme, c'est pareil. On connaît la pierre d'aimant, on a développé la boussole pour les bateaux, mais ça reste un phénomène isolé avec ses propres règles.

  19. Intervenant 1

    Donc, deux mondes qui s'ignorent. Et le véritable changement de braquet, celui qui fait basculer ces observations amusantes dans le domaine de la physique pure et dure, c'est la quantification.

  20. Intervenant 2

    Exactement, il fallait mesurer.

  21. Intervenant 1

    Et là, on est obligé de parler de la fameuse balance à fils de torsion de Charles-Augustin Coulon, développée entre 1785 et 1791. Ah,

  22. Intervenant 2

    la balance de Coulon. C'est vraiment un instrument d'une précision inouïe pour l'époque. En gros, Coulon suspend une petite sphère chargée électriquement au bout d'un fil d'argent super

  23. Intervenant 1

    fin. Je visualise.

  24. Intervenant 2

    Et quand il approche une autre sphère chargée, la force de répulsion fait pivoter le fil. Et en mesurant l'angle de torsion de ce fil, Coulomb arrive à déduire la force exacte qui s'exerce entre ces deux charges.

  25. Intervenant 1

    C'est brillant.

  26. Intervenant 2

    C'est comme ça qu'il établit la loi fondamentale de l'électrostatique.

  27. Intervenant 1

    Et c'est là que les maths entrent en scène. Comment est-ce qu'on exprime cette fameuse loi de Coulomb ?

  28. Intervenant 2

    Alors, accroche-toi. Pour deux charges ponctuelles, qu'on va appeler q et q0, séparées par une distance r, la force électrique s'exprime comme ça. Le vecteur force, F, est égal à la fraction 1 sur 4πε0, multipliée par la fraction q fois q0 sur r², et le tout porté par le vecteur unitaire, U, qui donne la direction.

  29. Intervenant 1

    D'accord. Alors, si on décortique un peu ça, moi je remarque tout de suite le R au carré au dénominateur. Ça veut dire que si on double la distance entre les charges, la force n'est pas juste divisée par deux, mais par quatre.

  30. Intervenant 2

    C'est ça. C'est une décroissance extrêmement rapide.

  31. Intervenant 1

    Mais honnêtement, le terme qui m'interpelle le plus dans ce que tu viens de dire, c'est ce epsilon zéro.

  32. Intervenant 2

    Ah, le fameux epsilon zéro. C'est la constante de permittivité dielectrique du vide. Pour l'expliquer physiquement, c'est, comment dire, une mesure de la capacité du vide à permettre aux champs électriques de s'établir.

  33. Intervenant 1

    Donc le vide a une propriété mathématique ?

  34. Intervenant 2

    Exactement, c'est une propriété intrinsèque de l'espace lui-même que Coulomb a pu mesurer expérimentalement.

  35. Intervenant 1

    Mais au-delà de la précision du calcul, il y a un problème philosophique énorme caché dans cette équation, non ? C'est le même problème qu'avec la gravitation de Newton, d'ailleurs. Cette équation, elle décrit une action à distance qui serait immédiate.

  36. Intervenant 2

    Oui, c'est le grand drame de la physique de

  37. Intervenant 1

    l'époque. Parce que si on bouge la charge Q, la formule dit que la charge Q0, même si elle est à l'autre bout de la galaxie, elle va ressentir la variation de la force à l'instant exact. C'est de la télépathie en fait ! Comment les scientifiques pouvaient accepter un truc qui viole à ce point la causalité ?

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