
24 oct. 2022 · 5 min
Maryam Mirzakhani en BD, première femme médaillée Fields
Dans cet épisode audio, suivez le portrait proposé par Under the sign of Torus : son parcours, sa personnalité et son monde géométrique.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on plonge dans un sujet qui ressemble un peu à une mission impossible.
Intervenant 2
Ouais, c'est le moins qu'on puisse
Intervenant 1
dire. Essayer d'expliquer la géométrie non-nuclidienne de pointe avec de simples dessins, c'est comme vouloir résumer la physique quantique avec des ombres chinoises. C'est
Intervenant 2
vrai que ça paraît complètement faux au premier abord.
Intervenant 1
Et pourtant, c'est exactement le pari de cette bande dessinée qu'on va décortiquer aujourd'hui, une œuvre entièrement consacrée à Maryam Mirzakhani.
Intervenant 2
Et franchement, je suis fascinée parce que c'est un choix narratif redoutablement efficace. On parle quand même d'une des figures les plus incontournables des mathématiques contemporaines.
Intervenant 1
La toute première femme à remporter la médaille Fields en 2014.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Une vraie légende née en 77 et malheureusement disparue en 2017. Mais je t'avoue qu'au départ, j'étais un peu sceptique.
Intervenant 2
Ah bon ? Pourquoi ?
Intervenant 1
Vulgariser la géométrie complexe par la BD, est-ce qu'on risque pas de simplifier à l'extrême et de perdre la rigueur scientifique qui lui a valu cette distinction suprême ?
Intervenant 2
Ouais, je vois tout à fait le piège, mais la stratégie de l'œuvre lévite vraiment brillamment.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
En fait, face à l'immense complexité de ces théorèmes, le récit choisit de ne pas attaquer les équations de front. Il se concentre d'abord sur la femme derrière la chercheuse.
Intervenant 1
C'est vrai qu'on y découvre un destin vraiment hors norme, avec un enthousiasme presque fougueux face au problème.
Intervenant 2
Oui, et le contraste est hyper frappant. D'un côté, t'as cet esprit capable d'abstractions inouïes, et de l'autre, ben, une très grande simplicité au quotidien.
Intervenant 1
Avec ses doutes d'eux, toutes ces remises en question, tout
Intervenant 2
ça. C'est ça. Et c'est précisément ce qui rend la rigueur mathématique beaucoup plus digeste. En montrant sa méthode de travail intime bien avant de nous noyer dans la théorie, l'histoire crée une vraie connexion humaine.
Intervenant 1
Une fois qu'on comprend sa passion, le pont vers les concepts abstraits devient plus naturel.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Bon, l'approche biographique, ça marche super bien pour accrocher, mais à un moment donné, il faut bien qu'on parle de géométrie pure.
Intervenant 2
Ah bah oui, incontournable.
Intervenant 1
Surtout que le titre de la BD annonce clairement la couleur. C'est Under the Sign of Taurus. Le jeu de mots est quand même super bien trouvé.
Intervenant 2
Oui, il y a une double lecture très élégante. Le Thor, donc cette fameuse surface géométrique en forme de bouée au centre de ses recherches, et Taurus, le taureau en anglais.
Intervenant 1
Qui s'avère être son signe astrologique.
Intervenant 2
C'est ça. C'est une trouvaille du scénariste italien Davide La Rosa, magnifiquement mise en image par sa compatriote Sylvia Zitsch.
Intervenant 1
Justement, le dessin, parlons-en. Les articles en anglais qui complètent ce numéro parlent souvent de la baguette magique de Mirzakhani.
Intervenant 2
Oui, cette capacité unique à relier des domaines qui s'ignoraient totalement.
Intervenant 1
C'est ça. Mais concrètement, comment Sylvia Zitsch arrive à dessiner une baguette magique intellectuelle ?
Intervenant 2
C'est là que ton analogie des ombres chinoises prend tout son sens, en fait.
Intervenant 1
Ah ouais ?
Intervenant 2
C'est exactement le mécanisme visuel de la BD. Notre cerveau humain, il ne peut pas vraiment concevoir mentalement ses objets en multiples dimensions.
Intervenant 1
C'est impossible, lui.
Intervenant 2
Alors le dessin de Zitsch, il agit comme un projecteur. Il projette une ombre en deux dimensions sur le papier qu'on peut saisir intuitivement.
Intervenant 1
Au lieu de juste tracer des suites de nombres hyper arides sur un tableau noir, quoi.
Intervenant 2
Voilà, elle dessine Maryam physiquement en train de tordre, de couper et d'étirer ses fameux tords.
Intervenant 1
Elle matérialise littéralement la pensée en mouvement, fin de compte.
Intervenant 2
Exactement, elle donne une texture à ses espaces abstraits pour montrer comment les idées se connectaient dans son esprit.
Intervenant 1
C'est brillant.
Intervenant 2
Et ça fait un écho super intéressant à l'interview d'Ingrid Doubschies dans ce même numéro.
Intervenant 1
Une autre géante des maths, oui.
Intervenant 2
Qui insiste énormément sur le rôle crucial de l'intuition visuelle dans la recherche de très très haut niveau.
Intervenant 1
Et cette importance du visuel d'ailleurs, ça nous amène à la conclusion assez bouleversante du magazine. L'impact de cette fusion entre art et géométrie touche un public vraiment inattendu.
Intervenant 2
Ouais, loin des laboratoires.
Intervenant 1
Le numéro se termine sur une lettre ouverte rédigée par une jeune étudiante en art.
Intervenant 2
Une lettre hyper sincère, vraiment. Cette étudiante, elle y confie avoir été profondément frappée par la dimension créative de l'œuvre de la mathématicienne.
Intervenant 1
Ça me fascine. Une étudiante en art qui trouve l'inspiration absolue dans des travaux sur les fameux espaces de modules de Mirzakhani.
Intervenant 2
C'est une facette qu'elle n'aurait jamais pu appréhender sans la traduction visuelle de la BD.
Intervenant 1
D'ailleurs, si on simplifie, ces espaces de modules, c'est quoi concrètement ?
Intervenant 2
En gros, il faut imaginer ça non pas comme un ensemble d'équations froides, mais comme une immense cartographie de toutes les formes géométriques possibles.
Intervenant 1
D'accord, je vois.
Intervenant 2
C'est un véritable travail de sculpteur d'explorer ces paysages. L'anecdote de l'étudiante prouve vraiment que la frontière entre l'art pur et les maths à ce niveau est complètement pourreuse.
Intervenant 1
Donc la recherche, c'est fondamentalement un acte de création.
Intervenant 2
Totalement.
Intervenant 1
Ce qui amène une réflexion finale fascinante. Si une jeune artiste peut être à ce point bouleversée par la géométrie complexe, grâce à une bande dessinée, est-ce que la clé pour résoudre la crise de l'enseignement des maths ne serait pas là ?
Intervenant 2
C'est une vraie bonne question.
Intervenant 1
S'il fallait arrêter de traiter ça comme du simple calcul utilitaire pour enfin l'enseigner comme une véritable discipline artistique. Bref, pour révéler la beauté complexe de l'univers, utiliser des ombres chinoises est peut-être la méthode la plus lumineuse qui soit.
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