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22 nov. 2016 · 5 min

Marcel Berger : le géomètre qui voulait partager son savoir

Cet épisode suit les fils de son parcours : doctorat, enseignement, direction de l’IHES et livres destinés à transmettre la géométrie.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bon, alors aujourd'hui, on va faire une plongée dans la vie d'un chercheur assez incroyable.

  2. Intervenant 2

    Oui, à un profil vraiment atypique pour

  3. Intervenant 1

    le coup. Exactement. Parce que bon, imaginons un instant le stéréotype classique du mathématicien. On visualise très souvent un chercheur un peu chétif, enfermé dans son bureau.

  4. Intervenant 2

    Le nez collé au tableau

  5. Intervenant 1

    noir. Voilà. Et là, on oublie ça tout de suite. Aujourd'hui, on s'intéresse à Marcel Berger, donc l'un des plus grands géomètres du 20e siècle. Et on décrit plutôt un homme grand, sportif, avec une vraie carrure d'athlète, en fait.

  6. Intervenant 2

    C'est ça. Quand on lit les témoignages, c'est flagrant. Un fonceur avec un regard super perçant. Et cette énergie physique, on la retrouve carrément dans son approche de la géométrie. Il ne restait jamais statique.

  7. Intervenant 1

    Oui, son parcours, c'est presque une tournée internationale de sportifs. Après des études brillantes à l'École normale supérieure rue d'Ulm, il s'attaque à un doctorat hyper pointu sur les variétés riemanniennes.

  8. Intervenant 2

    Oui, alors pour vulgariser un peu, on parle ici d'espaces courbes à plusieurs dimensions.

  9. Intervenant 1

    Pour visualiser, je repense toujours à cette fameuse image de la fourmi sur une pomme. Pour la fourmi, son monde a l'air plat, mais le géomètre, lui, il étudie la courbure globale de la pomme.

  10. Intervenant 2

    Absolument. L'analogie est excellente parce que Berger, lui, il généralise ça des dimensions qu'on ne peut même pas dessiner. Il cherchait vraiment à saisir les propriétés intrinsèques de ces espaces complexes.

  11. Intervenant 1

    Et cette abstraction vertigineuse, ça l'a mené un peu partout. Strasbourg, Nice, les grandes universités américaines. Et puis, finalement, la direction de l'IHS, donc l'Institut des hautes études scientifiques.

  12. Intervenant 2

    À partir de 1985, mec, ouais. Et diriger l'IHS, c'est pas rien. C'est un vrai carrefour mondial de la recherche.

  13. Intervenant 1

    Oui, bien sûr, mais des mathématiciens brillants qui deviennent directeurs de grands instituts, il y en a eu d'autres. Pourquoi son passage à lui a autant marqué les esprits ? On ne retient pas un chercheur juste parce qu'il a été un bon administrateur.

  14. Intervenant 2

    C'est une remarque très juste. En fait, ce qui le rend unique, c'est la friction entre son niveau de recherche qui est stratosphérique et son obsession absolue pour la pédagogie.

  15. Intervenant 1

    Ah, parce que souvent, à ce niveau-là, on a énormément de mal à redescendre pour parler aux étudiants.

  16. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Mais lui, il prend le problème à bras-le-corps. En 1974, il publie un livre sobrement intitulé « Géométrie ». D'ailleurs, je crois qu'une nouvelle édition est prévue chez Cassini cette année.

  17. Intervenant 1

    Ah super !

  18. Intervenant 2

    Et ce livre, il n'a pas juste simplifié la matière. Il a littéralement métamorphosé la façon de l'enseigner.

  19. Intervenant 1

    Mais comment on révolutionne une matière comme la géométrie classique ? Enfin, on a l'impression que...

  20. Intervenant 2

    Que tout a été dit depuis l'Antiquité ? C'est ça. Avant lui, les manuels universitaires, c'était très aride. C'était une suite d'axiomes et de théorèmes formels. Berger, lui, il a décidé de montrer les coulisses.

  21. Intervenant 1

    Il a rendu ça plus concret, du coup.

  22. Intervenant 2

    Voilà. Il mettait en lumière les ponts invisibles. Par exemple, il montrait comment un problème purement algébrique fait d'équations un peu froides pouvait soudainement se résoudre de manière super limpide si on le traduisait en un mouvement géométrique.

  23. Intervenant 1

    Comme une rotation dans l'espace, par exemple.

  24. Intervenant 2

    Exactement. Il donnait du sens, de la chair et du mouvement au calcul.

  25. Intervenant 1

    Donc au lieu de simplement dire voici la formule, calculez ça, il donnait vraiment les lunettes pour voir pourquoi la formule a cette forme précise. C'est une volonté de transmettre qui est presque viscérale.

  26. Intervenant 2

    Et on retrouve d'ailleurs cette même exigence de clarté bien plus tard, notamment dans son ouvrage sur la géométrie différentielle qu'il a coécrit avec Bernard Gostiau. Toujours cette envie de ne pas garder la beauté mathématique sous clé pour une petite élite.

  27. Intervenant 1

    Et je suis très impressionnée par le fait qu'arrivé à la retraite, il ne pose pas du tout les stylos.

  28. Intervenant 2

    Ah mais non, au contraire, il accélère presque.

  29. Intervenant 1

    C'est dingue. Mais le ton de ses écrits change, non ?

  30. Intervenant 2

    Avec « Géométrie vivante » ou « L'échelle de Jacob » qui est publié en 2009, on sort totalement du manuel de préparation au concours. Complètement. On passe à une dimension beaucoup plus culturelle, voire philosophique. Il s'adresse à un public averti pour raconter l'histoire des idées mathématiques.

  31. Intervenant 1

    Pour montrer comment la géométrie irrigue d'autres sciences en fait.

  32. Intervenant 2

    Oui, et comment elle façonne notre compréhension de l'univers. C'est un peu le testament intellectuel d'un homme qui veut prouver que la géométrie est profondément vivante.

  33. Intervenant 1

    Un homme d'action jusqu'au bout donc. De l'abstraction pure des variétés riemanniennes à cette volonté acharnée d'en partager la beauté visuelle, Marcel Berger a vraiment cassé les codes du théoricien classique.

  34. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse dire,

  35. Intervenant 1

    oui. Ce qui nous laisse avec une vraie réflexion intrigante pour clôturer notre exploration. Si un esprit aussi singulier a pu trouver un angle totalement nouveau pour renseigner une discipline millénaire comme la géométrie classique, On peut se demander quelles autres matières fondamentales, qu'on croit aujourd'hui totalement figées, n'attendent finalement qu'un esprit visionnaire pour être complètement réinventé.

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