
11 avr. 2019 · 13 min
Magnus Wenninger, le moine devenu maître des polyèdres
Ce podcast suit le parcours inattendu du bénédictin, presque sans formation mathématique, de ses premières classes aux modèles qui ont fait sa renommée.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un véritable bonheur d'accueillir aujourd'hui notre public aux passionnés de mathématiques qui nous écoutent et qui sont toujours à l'affût d'histoires qui défient un peu la logique.
Intervenant 2
Ouais, des histoires vraiment hors normes.
Intervenant 1
Exactement. Et pour commencer, il faut s'imaginer la scène. On a un moine bénédictin, isolé dans une salle de classe sous la chaleur étouffante des Bahamas. Il est armé de simples ciseaux, de tubes de colle et surtout d'une patience infinie.
Intervenant 2
Ah, une patience de moine pour le coup !
Intervenant 1
C'est ça. Et cet homme est en train de découper du papier pour résoudre un problème de géométrie spatiale tellement complexe que les plus brillants cerveaux des universités d'Oxford et de Cambridge le jugeaient presque impossible à modéliser.
Intervenant 2
C'est complètement fou quand on y pense !
Intervenant 1
C'est une image frappante, non ? On a très souvent tendance à s'imaginer les grands mathématiciens comme des théoriciens purs, formés dès l'enfance dans des institutions prestigieuses, en train de noircir des tableaux d'équations.
Intervenant 2
Ouais, le cliché habituel.
Intervenant 1
Voilà. Mais aujourd'hui, cette exploration va déchirer cette idée reçue en mille morceaux. L'objectif, c'est de comprendre cet énigme. Comment Magnus Wenninger, le plus grand constructeur de polyèdres du XXe siècle, a-t-il pu accomplir son œuvre alors que bien à l'origine, il n'avait quasiment aucune formation en mathématiques ?
Intervenant 2
Et ce qui est fascinant ici, c'est le contraste absolu entre le point A et le point B de sa vie. Ça donne littéralement le vertige.
Intervenant 1
Ah mais totalement !
Intervenant 2
On parle quand même d'un homme dont la vocation première, sa vocation absolue même, était tournée vers la religion, vers Dieu, vers la métaphysique. Rien
Intervenant 1
à voir avec les maths,
Intervenant 2
quoi. Rien du tout. Et pourtant, par tout un enchaînement de hasards et de nécessités très pratiques, il a laissé une empreinte monumentale et indélébile dans l'histoire de la géométrie moderne. Il a vraiment offert à la communauté scientifique une compréhension physique d'objets d'une complexité inouïe.
Intervenant 1
D'accord, décortiquons un peu tout ça parce qu'il y a de quoi faire. Le protagoniste de cette aventure, Magnus Wenninger, que certains appelaient affectueusement le pape des polyèdres.
Intervenant 2
J'adore ce surnom.
Intervenant 1
Ouais, c'est génial. Il nous a quittés en 2017, à l'âge très respectable de 97 ans. Et pour bien saisir comment un destin pareil se forge, il faut regarder du côté de ses origines. Le chemin est vraiment tout sauf linéaire. C'est
Intervenant 2
le moins qu'on puisse dire, oui.
Intervenant 1
À sa naissance en 1919 dans une petite ville du Wisconsin, Park Falls, il s'appelle Joseph Wenninger.
Intervenant 2
On le surnommait Joe à l'époque.
Intervenant 1
Et très jeune, sa trajectoire semble déjà toute tracée. Il se destine à la prêtrise. Il n'y a aucune place pour les sciences exactes dans ses plans.
Intervenant 2
Absolument aucune ! Et c'est un point fondamental pour bien analyser la suite. Quand il entre à l'université Saint-Jean, dans le Minnesota, son cursus est exclusivement concentré sur la philosophie et la théologie.
Intervenant 1
Que des lettres et de l'esprit.
Intervenant 2
Exactement. Il baigne dans la littérature, la métaphysique, la pensée scolastique. Les maths sont totalement hors de son radar.
Intervenant 1
Et le symbole de cet engagement spirituel, c'est quand il prononce ses voeux monastiques, non ?
Intervenant 2
Ouais, il abandonne son prénom Joseph pour prendre celui de Magnus. Et c'est un choix hyper lourd de sens, puisqu'il rend hommage à Albert le Grand, le fameux philosophe du XIIIe siècle. Toute sa structure mentale est donc profondément littéraire.
Intervenant 1
On a donc un jeune moine philosophe prêt à consacrer sa vie à la prière. Sauf que la réalité matérielle de l'ordre des bénédictins va venir percuter tout ça. Un jour, son abbé le convoque et lui annonce qu'il est transféré au Bahamas. L'ordre y ouvre une école.
Intervenant 2
Et on raconte qu'il aurait demandé, avec une certaine naïveté, mais pour y enseigner quoi ?
Intervenant 1
Et on lui aurait répondu un truc du genre « t'inquiète pas, on verra sur place ».
Intervenant 2
C'est ça, l'improvisation totale.
Intervenant 1
Mais bon, même pour un moine, il y a la paperasse. Avant de partir, il doit légalement obtenir un diplôme en didactique. Landre l'envoie donc à Ottawa, au Canada. Et là, ça devient franchement comique.
Intervenant 2
Ah ouais, c'est le premier gros déraillement de sa vie.
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