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20 nov. 2023 · 21 min

Laplace : des fonctions pour les planètes et les probabilités

Dans cet épisode audio, suivez les fonctions de Laplace des calculs sur les planètes aux probabilités, puis aux équations différentielles.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Salut Evelyne, ravi d'être là aussi.

  3. Intervenant 1

    Alors, aujourd'hui, on va faire un petit exercice mental. Imaginez un génie. Mais attention, un génie capable de résoudre les mystères mathématiques les plus abstraits de l'univers.

  4. Intervenant 2

    D'accord, je visualise.

  5. Intervenant 1

    Mais ce génie-là, il refuse catégoriquement de s'intéresser à ces mystères, à moins que ça serve à, disons, construire des ponts ou prédire l'avenir.

  6. Intervenant 2

    Ou à comprendre le mouvement exact des étoiles, ouais.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Et bien, c'est précisément par ce paradoxe qu'on ouvre notre plongée du jour. L'objectif de cette émission, comme d'habitude, c'est de prendre des articles qui peuvent sembler super denses sur le papier et d'en extraire la moelle. Sans jargon inutile.

  8. Intervenant 2

    Et sans s'endormir.

  9. Intervenant 1

    Surtout pas, non. Au programme aujourd'hui, on se penche sur un article fascinant qui s'appelle « Les multiples fonctions de Laplace ».

  10. Intervenant 2

    Rien que le nom, ça évoque des tableaux noirs remplis d'équations à créer, c'est vrai.

  11. Intervenant 1

    C'est ça, le cauchemar du lycée pour certains.

  12. Intervenant 2

    Mais notre ambition, c'est vraiment de découvrir l'obsession de ce scientifique pour le concret.

  13. Intervenant 1

    Et c'est vraiment cette obsession du réel qui forge toute la légende du personnage de Pierre Simon de Laplace. Parce que le vrai paradoxe avec lui, c'est qu'il avait une agilité d'esprit hors norme.

  14. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  15. Intervenant 1

    Dans certains de ses travaux, il s'amusait avec des propriétés ensemblistes très élémentaires pour faire des démonstrations totalement inattendues, genre le théorème fondamental de l'algèbre.

  16. Intervenant 2

    Ah oui, donc il était vraiment capable d'une abstraction pure et dure. Totalement ça. Sauf que, et c'est là l'ironie de l'histoire des sciences, il n'est quasiment jamais cité pour ses jeux d'esprit abstraits.

  17. Intervenant 1

    Sa trace indélibile, il l'a laissé ailleurs, en fait.

  18. Intervenant 2

    Ouais, il l'a laissé dans la pratique quotidienne des ingénieurs et des physiciens. Pour lui, les maths, c'était pas une contemplation artistique. C'était une putain de boîte à outils pour dompter la réalité.

  19. Intervenant 1

    Bon, eh bien ouvrons cette fameuse boîte à outils alors. Le point de départ de l'article nous ramène en 1784. Une belle année ! Laplace publie un ouvrage et le titre pose direct le décor. C'est « Théorie du mouvement et de la figure elliptique des planètes ».

  20. Intervenant 2

    Voilà. Faut se remettre dans le comtesse de l'époque. L'humanité essaye désespérément de comprendre comment des masses gigantesques de roches se baladent dans le vide cosmique.

  21. Intervenant 1

    Et surtout, pourquoi elles ne sont pas parfaitement sphériques, ces roches ?

  22. Intervenant 2

    C'est ça. Et c'est là qu'intervient une notion mathématique qui va tout changer, la fameuse fonction du potentiel.

  23. Intervenant 1

    Alors là, il y a un rebondissement de taille dans l'article. Parce que cette fameuse fonction, elle n'est pas de 8.

  24. Intervenant 2

    Non, la fonction du potentiel n'est pas une invention de Laplace. L'idée de base vient de Joseph-Louis Lagrange. Un autre poids lourd. Oui. Lagrange cherchait à simplifier un peu l'étude de l'attraction des masses, mais la signature de Laplace n'est pas forcément l'étincelle initiale.

  25. Intervenant 1

    C'est sa façon de récupérer le truc.

  26. Intervenant 2

    Exactement. C'est sa capacité à s'emparer d'un concept, de le tordre dans tous les sens et de le pousser jusqu'à ses ultimes conséquences physiques.

  27. Intervenant 1

    Il a pris l'outil de Lagrange pour établir une propriété phénoménale, c'est ça ?

  28. Intervenant 2

    Ouais, il a prouvé que dans le vide spatial, en dehors des planètes elles-mêmes, cette fonction du potentiel obéit à ce qu'on appelle la nullité du Laplacien.

  29. Intervenant 1

    Bon, là, il faut qu'on s'arrête deux secondes. Parce que sur le papier, calculer l'attraction gravitationnelle entre des planètes, c'est un enfer absolu.

  30. Intervenant 2

    Ah bah c'est un cauchemar, oui.

  31. Intervenant 1

    Normalement, la force gravitationnelle, c'est un vecteur. Ça veut dire qu'à chaque millimètre de l'espace, la force a une intensité, mais aussi une direction en trois dimensions.

  32. Intervenant 2

    Ouais, t'as des angles à gérer, des composantes sur l'axe X, Y, Z, la profondeur...

  33. Intervenant 1

    C'est juste ingérable à calculer à la main. Et c'est là que la fonction du potentiel de Laplace, qu'il note sobrement avec un grand V, vient remplacer tout ce chaos.

  34. Intervenant 2

    C'est une simplification magistrale.

  35. Intervenant 1

    Moi, j'aime bien voir ça comme une carte topographique. Tu sais, la carte des altitudes quand tu vas faire une rando en montagne.

  36. Intervenant 2

    Ah, c'est une très bonne image, ça. Sur une carte IGN, on ne va pas s'amuser à tracer des millions de petites flèches pour indiquer dans quelle direction une goutte d'eau va couler.

  37. Intervenant 1

    Mais non, la carte sera illisible !

  38. Intervenant 2

    Voilà, on se contente d'indiquer l'altitude à chaque endroit précis. C'est juste un nombre, une valeur scalaire.

  39. Intervenant 1

    C'est exactement ça. On définit le potentiel en un point de l'espace par une intégrale, qui lie la masse à l'inverse de la distance. Et paf, on a notre altitude gravitationnelle.

  40. Intervenant 2

    Et si on veut connaître la force exacte, c'est-à-dire la pente de la montagne, il suffit de dériver cette fonction d'altitude dans la direction qu'on veut.

  41. Intervenant 1

    C'est brillant et tellement plus économique. Mais il y a un truc qui m'intrigue dans l'article, cette histoire de nullité du Laplacien. Pourquoi est-ce que ça doit faire zéro ? Qu'est-ce qui s'annule au juste ?

  42. Intervenant 2

    Alors, pour bien piger le pourquoi, il faut visualiser l'espace lui-même. Imagine une sorte de bulle invisible.

  43. Intervenant 1

    D'accord, une bulle ?

  44. Intervenant 2

    Une bulle complètement vide qui flotte quelque part dans le système solaire. La force d'attraction d'une planète lointaine traverse cette bulle.

  45. Intervenant 1

    OK. La gravité rentre d'un côté ?

  46. Intervenant 2

    Voilà. Et vu que cette bulle est vide de toute matière, tout le champ gravitationnel qui y entre d'un côté doit impérativement ressortir de l'autre. Il n'y a pas de création ou de destruction de gravité à l'intérieur.

  47. Intervenant 1

    Rien ne se perd, rien ne se crée.

  48. Intervenant 2

    C'est ça. Mathématiquement, quand tu fais la somme des variations de ce champ dans les trois dimensions, et c'est ça que calcule le fameux Laplacien, la somme totale s'équilibre parfaitement, ça tombe à zéro.

  49. Intervenant 1

    C'est la nature même de notre espace en 3D qui impose cette géométrie en fait.

  50. Intervenant 2

    C'est fascinant de voir que le vide dicte le comportement de la matière. Et le pire, c'est que Laplace ne s'arrête pas là. Parce qu'il se heurte vite à un autre problème de taille.

  51. Intervenant 1

    Lequel ?

  52. Intervenant 2

    Ces planètes, elles sont rondes. Ou presque rondes. Et essayer de résoudre cette belle équation qui fait zéro avec le bon vieux système cartésien.

  53. Intervenant 1

    Les axes perpendiculaires classiques, gauche-droite, haut-bas.

  54. Intervenant 2

    Ouais, c'est comme essayer de décrire la surface d'un ballon de foot en utilisant uniquement des briques carrées.

  55. Intervenant 1

    C'est hyper lourd et super maladroit.

  56. Intervenant 2

    Totalement inadapté. Du coup, la solution de Laplace, elle est d'un pragmatisme absolu. Il prend le système cartésien et il le jette par la fenêtre.

  57. Intervenant 1

    Hop, poubelle.

  58. Intervenant 2

    Pour étudier des sphères, il passe en coordonnées sphériques. On ne pense plus en ligne droite, mais en distance au centre, en latitude et en longitude.

  59. Intervenant 1

    Sauf que ça, ça doit casser toutes les méthodes de calcul de l'époque, non ? Ce changement de repère radical détruit les outils qu'ils avaient l'habitude d'utiliser.

  60. Intervenant 2

    Exactement.

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