
20 nov. 2023 · 15 min
Laplace et les trous noirs : l’intuition qu’il a effacée
L’épisode remonte le raisonnement de Laplace, de la vitesse de la lumière aux astres invisibles, puis éclaire pourquoi il a abandonné cette intuition juste.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut à tous.
Intervenant 1
Aujourd'hui, on part pour une exploration vraiment fascinante. On va dévoiler un secret de l'histoire des sciences qui ressemble littéralement à un scénario de film. En gros, bien avant Albert Einstein et sa fameuse relativité générale, des esprits absolument brillants avaient déjà prédit l'existence des trous noirs.
Intervenant 2
C'est ça,
Intervenant 1
oui. Et par un raisonnement d'une audace folle. Mais le plus dingue dans tout ça, c'est qu'ils se sont ensuite complètement rétractés. Ils ont effacé leurs propres découvertes.
Intervenant 2
C'est tout le paradoxe de cette histoire. Je veux dire, comment une mauvaise compréhension de la nature même de la lumière a paradoxalement mené à une prédiction géniale, puis à son oubli total ? C'est un cas d'école du génie prématuré, tu vois. Ils avaient la bonne intuition, mais fondée sur une physique théorique qui était totalement fausse pour l'époque.
Intervenant 1
C'est clair. Et pour ceux qui nous écoutent, préparez-vous parce qu'on vous promet une aventure pleine de rebondissements. On va parler d'éclipses planétaires, de querelles acharnées sur la nature de la lumière et de savants qui gomment leurs propres travaux. C'est juste incroyable.
Intervenant 2
Ah ça oui. C'est une page de l'histoire de l'astronomie qui est assez cruelle finalement.
Intervenant 1
Exactement. Et c'est une question qui bloquait les astronomes depuis l'Antiquité en fait. Est-ce que la lumière voyage avec une limite de vitesse temporelle, ou est-ce qu'elle apparaît instantanément d'un point à un autre de l'univers ? Et ça nous amène direct en 1638. Galilée décide de s'attaquer au problème de front. Il publie ça à l'aide dans son discours concernant deux nouvelles sciences. Ce qui est drôle, c'est la forme qu'il choisit. C'est un dialogue ultra pédagogique avec le personnage du maître, Sagredo.
Intervenant 2
Ouais, Galilée adorait ce format. Et pour trancher, il propose carrément des expériences pratiques. L'idée, c'était de placer des gens sur des collines éloignées avec des lanternes. L'un masque sa lanterne, l'autre la dévoile dès qu'il voit la lumière du premier et on essaie de mesurer les délais.
Intervenant 1
Sauf que bon, à l'échelle de quelques kilomètres sur des collines en Toscane, avec les moyens de l'époque,
Intervenant 2
c'était peine perdue.
Intervenant 1
Voilà. La lumière va beaucoup beaucoup trop vite pour leurs horloges ou leurs chronomètres rudimentaires. L'intuition était là, mais le laboratoire était beaucoup trop petit en fait.
Intervenant 2
Tout à fait. Et c'est pour ça qu'il a fallu attendre 1675 pour qu'un astronome trouve le bon laboratoire. Et ce laboratoire, il n'était pas sur Terre, il était dans le ciel. C'est le Danois Ole Christensen Römer.
Intervenant 1
Römer, oui.
Intervenant 2
Lui, il ne s'embête plus avec des collines. Il pointe sa lunette directement vers Jupiter, et plus particulièrement vers ses satellites.
Intervenant 1
Et il se focalise sur les éclipses de la lune Io, c'est ça ? Quand elle passe dans l'ombre énorme de Jupiter.
Intervenant 2
Exactement. À l'époque, on maîtrisait déjà très bien les équations de Kepler. Donc, on connaissait la mécanique céleste, on pouvait prédire l'orbite de Io comme une horloge cosmique parfaite.
Intervenant 1
Mais Romère remarque un truc bizarre.
Intervenant 2
Bah oui. En observant ces éclipses de façon un peu obsessionnelle, il se rend compte que les équations de Kepler ne collent pas parfaitement avec ce qu'il voit dans son télescape, l'horloge des rails.
Intervenant 1
Pour bien visualiser le truc, c'est un peu comme observer les horaires d'un train. Si on est sur le quai, le train a l'air de passer exactement à l'heure. Mais si on s'éloigne de la gare très rapidement, l'image du train met plus de temps à nous arriver. Du coup, il semble toujours en retard, simplement parce que l'information met du temps à voyager.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie. Romère comprend exactement ça. Quand la Terre, sur son orbite, s'éloigne de Jupiter, la lumière de l'équilibre de Io doit parcourir une distance beaucoup plus grande pour arriver jusqu'à son œil. Et c'est pour ça qu'elle est en retard.
Intervenant 1
C'est brillant quand on y pense.
Intervenant 2
C'est du génie empirique pur. Ça prouve que ce retard n'est pas dû à un problème de l'orbite de Io, mais au fait que la lumière a physiquement besoin de temps pour traverser l'espace spatial. Entre Jupiter, le Soleil et nous.
Intervenant 1
Et du coup, il arrive même à poser des chiffres là-dessus, non ?
Intervenant 2
Ouais. Römer postule qu'il existe une vitesse finie, qu'on notera plus tard C, et il fait une première estimation vertigineuse en fonction des positions de ses astres. Il trouve environ 220 000 km par seconde.
Intervenant 1
Wow.
Intervenant 2
Et c'est énorme pour l'époque. Ensuite, cette mesure va s'affiner. Par exemple, l'astronome britannique James Bradley, en 1728, affine ça à environ 301 000 km par seconde.
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