
13 oct. 2021 · 20 min
Théorème des restes chinois : pourquoi la réponse est 23 ?
Dans cet épisode, suivez pas à pas le problème de Sun Zi : trois divisions, trois restes, puis une procédure ancienne qui conduit à 23.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Un mot de bienvenue très chaleureux à toutes les personnes qui nous écoutent pour cette nouvelle exploration. Salut
Intervenant 2
Ursam, ravi d'être
Intervenant 1
là. Pour commencer, il faut s'imaginer un instant dans la peau d'un astronome de la Chine impériale, il y a plus de 1000 ans.
Intervenant 2
Déjà, le décor est planté.
Intervenant 1
Voilà. Le travail, c'est d'observer le ciel et la pression est juste immense. Parce que si on échoue à prédire le jour exact où, par exemple, le solstice d'été va s'aligner parfaitement avec une pleine lune, l'empereur pourrait considérer que le fameux mandat du ciel est rompu.
Intervenant 2
Ce qui n'est pas bon signe en général.
Intervenant 1
Non, c'est clair. Et les conséquences pour un astronome qui se trompait dans ses calculs étaient souvent, pour le dire très sobrement, fatales.
Intervenant 2
Ouais, pas de pression du tout,
Intervenant 1
quoi. C'est ça. Et on a souvent cette idée reçue, tu sais, que les grandes découvertes mathématiques naissent dans l'esprit de chercheurs très solitaires qui griffonnent des abstractions pures sur un tableau noir et qu'on leur trouve une utilité pratique seulement des décennies plus tard.
Intervenant 2
C'est un mythe qui est hyper tenace en fait, cette idée de l'abstraction d'abord et le monde réel ensuite. C'est
Intervenant 1
vrai que c'est l'image qu'on a.
Intervenant 2
C'est l'image d'une science majestueuse construite sur des théorèmes super rigoureux dès le premier jour. Sauf que l'histoire véritable des mathématiques est souvent beaucoup plus boueuse, beaucoup plus urgente.
Intervenant 1
Et
Intervenant 2
la mission de notre analyse d'aujourd'hui, qui est basée sur d'excellentes sources documentaires, c'est justement de comprendre comment une question, on peut le dire de vie ou de mort, pour un astronome antique, a donné naissance au fameux théorème des restes chinois.
Intervenant 1
Rien que le nom
Intervenant 2
déjà.
Intervenant 1
On va voir comment de simples recettes de calcul, trouvées totalement à tâtons, se sont élevées pour devenir l'un des piliers de l'arithmétique moderne.
Intervenant 2
Jusqu'à sécuriser nos données aujourd'hui, c'est ça ?
Intervenant 1
Exactement. Jusqu'à sécuriser de nos jours chaque achat par carte bancaire sur internet.
Intervenant 2
Bon, décortiquons tout ça. Parce qu'avant d'être une formule dans un manuel scolaire, les maths, c'était vraiment l'outil de survie par excellence pour organiser des sociétés entières. Et tout commence avec le temps. L'élaboration des calendriers, c'est sans doute le premier grand défi mathématique de l'humanité. C'est le point de départ de beaucoup de choses.
Intervenant 1
Mais le problème fondamental, c'est que la nature ne nous facilite vraiment pas la tâche. Les cycles naturels ne s'emboîtent pas parfaitement. Bah
Intervenant 2
non, ça ferait trop simple.
Intervenant 1
Une année solaire ne contient pas un nombre rond de mois lunaires. Et à cela s'ajoutent des cycles artificiels créés par l'homme. Par exemple, le cycle de 60 jours qui rythmait l'année chinoise.
Intervenant 2
Ouais, il fallait composer avec tout ça.
Intervenant 1
L'enjeu, c'était vraiment de synchroniser toutes ces horloges gigantesques. Et d'ailleurs, bien loin de la Chine, on rapporte que, dès le 7e siècle avant notre ère, le roi romain Numa Pompilius s'arrachait déjà les cheveux.
Intervenant 2
Littéralement.
Intervenant 1
Il s'arrachait les cheveux pour trouver un multiple commun entre les cycles de la Terre et ceux de la Lune.
Intervenant 2
C'est ça. Et c'est une approximation qui est absolument remarquable. En gros, on a découvert que 19 années solaires correspondent presque à la seconde près à 235 mois lunaires.
Intervenant 1
C'est fou quand on y
Intervenant 2
pense. Et ce qui nous donne un grand cycle global de 6940 jours. Au bout de cette période-là, le Soleil, la Lune et la Terre reprennent exactement la même position relative. Mais dans la Chine ancienne, cette recherche de cycles ne s'arrêtait vraiment pas là. La prédiction céleste, c'était une affaire de sécurité d'État.
Intervenant 1
Oui, le besoin d'harmonie entre l'Empire et l'ordre cosmique était total. Les savants devaient répondre à des dilemmes vertigineux, du genre, je cite, « Si un événement s'est produit à 15 jours du solstice d'été, sachant qu'un cycle solaire fait environ 365 jours, et à 7 jours de la pleine lune, sur un cycle de 28 jours, quand aura lieu la prochaine coïncidence exacte ? »
Intervenant 2
C'est exactement le genre de casse-tête qu'ils avaient.
Intervenant 1
Et pour que ceux qui nous écoutent se représentent la chose visuellement, on peut imaginer deux immenses roues dentées de tailles différentes qui tournent côte à côte.
Intervenant 2
J'aime bien cette
Intervenant 1
image. Ouais. L'une possède 365 crans, l'autre 28. On a peint un cran spécifique sur chaque roue en rouge vif et on fait tourner le mécanisme. La question mathématique, c'est après combien de clics, très exactement, ces deux crans rouges vont-ils s'aligner de nouveau ?
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est que cette image mécanique des roues dentées, ça définit très exactement ce qu'on appelle aujourd'hui un problème de congruence. Au lieu de chercher une quantité brute, on cherche une position relative. On navigue dans des mondes circulaires en fait, où les nombres tournent en boucle. Et ça, c'est l'essence même du théorème des restes chinois.
Intervenant 1
Tourner en boucle pour trouver le point de rencontre.
Intervenant 2
C'est ça, on veut trouver une valeur unique qui respecte simultanément les contraintes de plusieurs cycles différents qui sont superposés.
Intervenant 1
Sauf qu'à cette époque-là, il n'y a pas de lettre X ou Y, il n'y a pas d'équation posée proprement sur une feuille avec un stylo.
Intervenant 2
Ah bah non, pas du
Intervenant 1
tout. Du coup, comment ces astronomes arrivaient-ils à manipuler des nombres aussi massifs ?
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