
21 nov. 2018 · 17 min
Le campylographe, machine à courbes sauvée de l’oubli
Cet épisode suit la machine de Marc Dechevrens : conçue pour tracer des trajectoires planétaires, elle dessine d’autres courbes et renaît après l’oubli.
Collections de cet épisode (2)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie d'être là.
Intervenant 1
Aujourd'hui, on va proposer à notre audience une exploration vraiment spéciale. Parce que quand on pense aux mathématiques pures, en général, on imagine tout de suite un immense tableau noir couvert d'équations à la craie.
Intervenant 2
Ouais, on visualise toujours quelque chose de totalement abstrait, de très éthéré, quoi.
Intervenant 1
C'est ça, presque intouchable. Une sorte de science des idées pures, où la matière n'a pas du tout sa place.
Intervenant 2
C'est l'image classique du royaume de l'esprit. On manipule des concepts qui, en théorie, n'ont pas du tout besoin du monde physique pour exister.
Intervenant 1
Sauf que pour notre exploration d'aujourd'hui, on va littéralement devoir ranger la craie et sortir la burette d'huile.
Intervenant 2
Exactement. On va plonger à la fin du XIXe siècle autour d'une machine qui est vraiment fascinante et bizarrement largement oubliée.
Intervenant 1
Le campylographe, c'est son petit nom.
Intervenant 2
Le campylographe, oui. C'est l'histoire incroyable de mathématiciens et d'astronomes qui ont cherché à matérialiser les mathématiques. Mais avec des engrenages, des bielles et du laiton massif.
Intervenant 1
Et pour bien comprendre d'où vient cette idée un peu folle, il faut partir d'une question. Une question qui a l'air super naïve comme ça. Comment on définit de façon purement pratique ce qu'est une courbe ?
Intervenant 2
Ah bah ça ! C'est une question qui a tourmenté des générations entières de géomètres.
Intervenant 1
Surtout quand on a besoin de calculer concrètement des tangentes ou des courbures pour des applications réelles.
Intervenant 2
C'est ça. En fait, la première approche, celle qui est la plus instinctive pour tout le monde, c'est ce qu'on appelle la définition en extension.
Intervenant 1
Et ça consiste en quoi du coup ?
Intervenant 2
En gros, ça consiste à dresser une liste. On prend un grand registre imaginaire et on y inscrit tout. Les droites, les cercles, les ellipses. Les
Intervenant 1
paraboles, j'imagine ?
Intervenant 2
Voilà, les paraboles, bref, toutes les coniques. Et ensuite, on décrète que l'ensemble de ces éléments forment la définition d'une courbe.
Intervenant 1
Donc, c'est un peu comme si, pour définir ce qu'est un gâteau, on se contentait de montrer un énorme album photo avec toutes les pâtisseries du monde.
Intervenant 2
C'est une super analogie, ouais.
Intervenant 1
Du fraisier au millefeuille, quoi. On montre le résultat final au lieu de donner la recette ou d'expliquer comment marche un four. C'est le syndrome de la collectionnite.
Intervenant 2
C'est exactement ça, le syndrome de la collectionnite. Et d'ailleurs, les sources de notre exploration mentionnent une anecdote assez merveilleuse là-dessus.
Intervenant 1
Ah oui, sur cette fameuse manie de l'inventaire. Ça se passe en 1937, c'est bien ça ?
Intervenant 2
Oui, lors de la création du Palais de la Découverte à Paris. Le responsable de la section mathématique à l'époque, André Saint-Lagu.
Intervenant 1
Un grand nom de la vulgarisation d'ailleurs !
Intervenant 2
Tout à fait. Eh bien, il a eu l'idée de produire des cartes postales. Au recto, on trouvait le dessin d'une courbe remarquable.
Intervenant 1
Et au verso ?
Intervenant 2
Au verso, il y avait son nom, son équation et le nom de son inventeur. Un véritable petit catalogue à collectionner, quoi !
Intervenant 1
Mais du coup, ça illustre parfaitement les limites de l'exercice, non ? Parce que chaque mathématicien va vouloir ajouter sa petite courbe favorite à la liste. On n'en finit jamais !
Intervenant 2
Bah non, on n'en finit jamais. C'est sans fin. D'ailleurs, 40 ans plus tard, dans les années 70, Jean Bretet a carrément dû rassembler tout ça dans un numéro spécial de la revue du Palais de la Découverte.
Intervenant 1
Un boulot monstre.
Intervenant 2
Ah oui. Mais sur le plan philosophique et mathématique, faire un catalogue encyclopédique, c'est juste pas une définition rigoureuse.
Intervenant 1
Il fallait donc trouver une alternative, une façon de définir l'essence même d'une courbe, sans avoir à énumérer toutes celles qui existent dans l'univers.
Intervenant 2
Voilà. En reprenant votre analogie, il fallait abandonner l'album photo pour chercher la recette de cuisine.
Intervenant 1
Parce que si la liste est infinie et super subjective, il faut une règle de construction universelle.
Intervenant 2
Exactement. Et là, la courbe n'est plus considérée comme un objet statique couché sur une page, elle devient la trace laissée par un mouvement.
Intervenant 1
La ligne tracée par une machine, par exemple. Un système de barres articulées.
Intervenant 2
C'est ça. On passe carrément d'un problème géométrique à un problème cinématique. Une question de mouvement.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Cette intuition-là, elle puise ses racines dès l'Antiquité. Mais elle trouve sa justification vraiment rigoureuse à la fin du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle.
Intervenant 1
Et c'est là qu'intervient un certain Alfred Kemp, c'est ça ?
Intervenant 2
Oui, c'est le point culminant de cette pensée. Le théorème d'universalité d'Alfred Kemp, qui a été énoncé en 1876. Qu'est-ce
Intervenant 1
qu'il dit, concrètement, ce théorème ?
Intervenant 2
Kemp démontre mathématiquement que toute courbe algébrique plane peut être tracée physiquement par un système articulé de barres rigides.
Intervenant 1
Attendez, attendez, on fait une petite pause là. N'importe quelle courbe, je veux dire, si je prends un crayon et que je dessine un gros gribouillis sur une feuille, ou la trajectoire d'une feuille morte qui tombe, un assemblage de tiges en métal peut vraiment retracer ça.
Intervenant 2
Alors, la distinction clé ici, c'est le terme algébrique.
Intervenant 1
Ah d'accord, donc pas mon gribouillis.
Intervenant 2
Non, Kempe ne parle pas d'un tracé aléatoire.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

9 sept. 2026 · 23 min

9 sept. 2026 · 20 min

13 juil. 2026 · 6 min

10 juil. 2026 · 19 min

29 juin 2026 · 5 min

8 juin 2026 · 19 min