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26 mars 2019 · 6 min

La théière de Russell : qui doit prouver quoi ?

Dans cet épisode audio, suivez l’exemple de la théière en orbite pour saisir qui porte la charge de la preuve face à une affirmation irréfutable.

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques et de la logique avec le podcast du magazine Tangente. Je suis ravie d'ouvrir cette discussion aujourd'hui sur une phrase qu'on a vraiment tous déjà entendue au moins une fois.

  2. Intervenant 2

    Ah ça oui, je crois qu'on l'entend même un peu trop souvent en fait.

  3. Intervenant 1

    Mais oui, c'est ça. C'est le fameux adage « l'absence de preuves n'est pas la preuve de l'absence ».

  4. Intervenant 2

    Tout à fait. C'est une phrase qui a l'air très sage comme ça, mais qui cache un piège redoutable.

  5. Intervenant 1

    Et du coup, on va décortiquer ça à travers un texte de 1952, un texte assez génial signé par le mathématicien et philosophe Bertrand Russell.

  6. Intervenant 2

    Un texte brillant, oui. Et c'est une excellente façon de résumer ce qui se passe quand on tord un peu la logique.

  7. Intervenant 1

    Ouais, mais bon, avant d'aller plus loin, j'avoue que j'ai une certaine confusion en fait. Parce qu'en science, on ne doit pas garder l'esprit ouvert face à l'inconnu.

  8. Intervenant 2

    Ben si bien sûr, c'est même fondamental.

  9. Intervenant 1

    Voilà. Donc, s'il n'y a pas de preuves concrètes de quelque chose, pourquoi ce serait si dangereux de juste laisser le bénéfice du doute ?

  10. Intervenant 2

    Le problème en fait, ça survient quand une affirmation est construite spécifiquement pour échapper à toute vérification. Tu vois, la science et la logique, elles reposent sur un principe clé.

  11. Intervenant 1

    La réfutabilité, non ?

  12. Intervenant 2

    Voilà, c'est ça, la réfutabilité. Pour qu'une hypothèse soit valide dans un débat, il faut qu'on puisse potentiellement prouver qu'elle est fausse.

  13. Intervenant 1

    Ah d'accord, donc on doit pouvoir la tester quoi.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Si on crée une condition qui rend l'idée purement indétectable, et bien elle sort tout simplement du domaine de la raison.

  15. Intervenant 1

    Ah je vois. Donc si par exemple j'invente de toute pièce l'existence d'un bouclier énergétique invisible,

  16. Intervenant 2

    Ouais, un bouclier indétectable.

  17. Intervenant 1

    C'est ça, totalement indétectable, autour de la Terre. Et que je mets la communauté scientifique au défi de me prouver le contraire, là je ne fais pas de la science en fait. Non, pas du tout. Je renverse juste la charge de la preuve, c'est ça.

  18. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Ce n'est pas à celui qui doute de prouver que le bouclier n'existe pas, C'est vraiment à celui qui affirme son existence d'en apporter la preuve. Ce qui est logique. Ben oui, parce que renverser cette mécanique, ça revient à bloquer absolument toute possibilité de débat rationnel.

  19. Intervenant 1

    D'accord. Là, le mécanisme est beaucoup plus clair pour moi. Mais comment on peut appliquer cette logique un peu austère à des croyances ou à des situations réelles ?

  20. Intervenant 2

    Eh bien, c'est là que Bertrand Russell est génial parce qu'il avait justement trouvé une image assez mémorable pour illustrer cette absurdité.

  21. Intervenant 1

    Dans son fameux article « Is there a god ? » C'est bien ça ?

  22. Intervenant 2

    Oui, c'est ça. Un article qui avait d'ailleurs été refusé à l'époque. Il propose d'imaginer une théière. Une théière en porcelaine.

  23. Intervenant 1

    Une théière.

  24. Intervenant 2

    En orbite.

  25. Intervenant 1

    Oui, voilà. En orbite elliptique autour du Soleil.

  26. Intervenant 2

    Quelque part, disons, entre la Terre et Mars.

  27. Intervenant 1

    D'accord, c'est très précis.

  28. Intervenant 2

    Et le détail crucial de son expérience de pensée, c'est de bien préciser que cette théière est beaucoup trop petite pour être repelée par nos télescopes les plus puissants.

  29. Intervenant 1

    Ah l'astuce. Donc il est techniquement impossible de prouver qu'elle n'est pas là par définition.

  30. Intervenant 2

    C'est ça. Or, si l'auteur de cette idée déclare que, puisqu'on ne peut pas prouver l'absence de la théière, il est intolérable pour la raison d'en douter.

  31. Intervenant 1

    Qu'est-ce qui va se passer ?

  32. Intervenant 2

    La société va logiquement le prendre pour un fou. Le simple fait qu'une chose soit impossible à réfuter, ça ne lui donne vraiment aucune validité.

  33. Intervenant 1

    C'est vrai que si quelqu'un m'arrête dans la rue pour me parler de sa théière spatiale, je crois que la réaction la plus saine, c'est de m'éloigner doucement.

  34. Intervenant 2

    Je ferai pareil, je t'avoue.

  35. Intervenant 1

    Mais attends, que se passe-t-il si on change complètement le contexte ? Je veux dire, si cette théorie, ce n'est pas juste l'invention d'un excentrique d'aujourd'hui, mais qu'elle se retrouve validée par la tradition ?

  36. Intervenant 2

    Alors là, c'est là que l'analyse de Russell prend une dimension sociologique vraiment troublante. Il nous invite à imaginer que l'existence de cette théière soit relatée dans des textes antiques.

  37. Intervenant 1

    Des vieux livres sacrés ?

  38. Intervenant 2

    Oui, qu'on l'enseigne comme une vérité absolue chaque dimanche et qu'on l'inculque méthodiquement aux enfants à l'école, par exemple.

  39. Intervenant 1

    Oh ouais, le piège sort ferme. Du coup, c'est l'habitude et l'autorité qui remplacent la preuve purement simplement.

  40. Intervenant 2

    Tout à fait. L'affirmation de départ, elle est toujours aussi réfutable, donc impossible à tester. Mais par le simple poids de la répétition à travers les siècles, l'esprit critique est totalement anesthésié.

  41. Intervenant 1

    Donc dans ce scénario, la norme s'inverse complètement. C'est fou.

  42. Intervenant 2

    Ah oui, 100%.

  43. Intervenant 1

    Ce n'est plus celui qui affirme l'existence de la théière qui passe pour un fou, c'est le sceptique.

  44. Intervenant 2

    Exactement.

  45. Intervenant 1

    Celui qui oserait réclamer des preuves tangibles serait vu comme un excentrique.

  46. Intervenant 2

    Voire envoyé en asile psychiatrique de nos

  47. Intervenant 1

    jours. Ouais, comme le souligne cyniquement Russell, pour des époques plus anciennes, il aurait fini directement devant l'Inquisition.

  48. Intervenant 2

    Et ce que ça démontre de façon magistrale, c'est à quel point il est facile de confondre la force d'une habitude avec la solidité d'une preuve.

  49. Intervenant 1

    C'est une excellente mise en garde en effet. La charge de la preuve ne doit jamais dépendre de l'ancienneté d'une idée ou du nombre de personnes qui y croient.

  50. Intervenant 2

    Absolument jamais.

  51. Intervenant 1

    Et ce qui frappe particulièrement, je trouve, c'est que cette dynamique, elle ne concerne pas uniquement les vieux grimoires. Il suffit de regarder autour de nous aujourd'hui.

  52. Intervenant 2

    Oui, c'est très actuel avec les réseaux sociaux notamment.

  53. Intervenant 1

    On y croit sans arrêt des théoriciens ou des désinformateurs qui affirment des choses invérifiables puis qui clament « prouvez-moi que j'ai tort ».

  54. Intervenant 2

    C'est exactement la théière de Russell version moderne en fait.

  55. Intervenant 1

    C'est ça. Ses affirmations se cachent dans l'irréfutable pour refuser de jouer selon les règles.

  56. Intervenant 2

    Il renverse la charge de la preuve pour bloquer le débat.

  57. Intervenant 1

    Alors la prochaine fois qu'un débat s'enlise face à quelqu'un qui exige qu'on lui prouve qu'il a tort, il y a fort à parier qu'il essaie simplement de vendre une théière invisible en orbite.

  58. Intervenant 2

    Une très belle image pour conclure cette analyse.

  59. Intervenant 1

    Merci. Ça fait vraiment réfléchir sur les croyances qu'on accepte par défaut. D'ailleurs, on peut se demander combien de théières de porcelaine invisible sont peut-être encore considérées comme des vérités absolues aujourd'hui, simplement parce qu'elles figurent dans le vieux livre. C'est

  60. Intervenant 2

    une excellente question à se poser en observant le

  61. Intervenant 1

    monde. C'est la fin de cette exploration. Merci de l'avoir partagée avec nous. À très bientôt pour une nouvelle plongée avec le podcast du magazine Tangente.

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