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21 nov. 2023 · 6 min

L’astre occlus de Laplace était-il déjà un trou noir ?

Dans cet épisode audio, remontez le raisonnement de Laplace sur l’astre obscur, puis distinguez-le du trou noir moderne.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on commence exactement en déconstruisant une idée reçue qui est vraiment monumentale. En fait, ce qu'on appelle couramment un trou noir, ce n'est ni un trou, ni noir.

  2. Intervenant 2

    Ouais, c'est clair, c'est un excellent point de départ.

  3. Intervenant 1

    La mission de notre exploration aujourd'hui, c'est de retracer l'évolution de ce concept. On va voir comment on est passé d'une intuition mathématique complètement vertigineuse à une réalité physique prouvée, notamment par les ondes gravitationnelles qui sont issues de leur coalescence.

  4. Intervenant 2

    C'est-à-dire la fusion titanesque de ces objets en fait.

  5. Intervenant 1

    Voilà, exactement.

  6. Intervenant 2

    Du tout, pour bien comprendre de quoi on parle, il faut d'abord poser un cadre rigoureux. Selon la Relativité Générale d'Einstein, ce qu'on vulgarise sous le nom de trou noir, c'est en réalité une singularité de l'espace.

  7. Intervenant 1

    D'accord.

  8. Intervenant 2

    C'est vraiment un objet physique extrême qui n'est défini et caractérisé que par deux valeurs. Sa masse et son spin, ce qui correspond à sa vitesse de rotation. Et c'est d'ailleurs exactement ce qui illustre les travaux du mathématicien Roger Penrose. On en a un très bon décryptage dans le numéro 198 de Tangente.

  9. Intervenant 1

    Mais attendez, si on part simplement d'une singularité géométrique qui a juste une masse et une rotation, le terme trou noir, c'est un peu une arnaque sémantique, non ?

  10. Intervenant 2

    C'est vrai que c'est trompeur.

  11. Intervenant 1

    Ça donne cette fausse impression d'un siphon cosmique en trois dimensions. Moi, je trouve que l'analogie d'une prison gravitationnelle, ça fonctionne beaucoup mieux. Et même là, ça décrit plutôt le résultat physique que l'objet en lui-même. Est-ce qu'il n'y a pas un terme plus précis mathématiquement ?

  12. Intervenant 2

    Si complètement. Et le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond s'est justement penché sur cette ambiguïté. Oui, pour la résoudre, il a proposé de réhabiliter une terminologie beaucoup plus précise. Lui, il suggère de parler d'astres occlus ou d'astres obscurs.

  13. Intervenant 1

    Ah, des astres obscurs. C'est marrant. Sémantiquement, on dirait presque de la poésie du XVIIIe siècle. Bien avoir les équations d'Einstein.

  14. Intervenant 2

    Eh bien, ce n'est pas un hasard du tout. Parce que ce terme, il nous remène directement à la mécanique céleste de Pierre-Simon Laplace. On est à la fin des années 1700, avec son ouvrage Exposition du système du monde.

  15. Intervenant 1

    D'accord. On remonte loin en fait.

  16. Intervenant 2

    Très loin, oui. Et à cette époque, sa réflexion s'appuie sur deux postulats majeurs. D'abord, les travaux de l'astronome Olé-Romère.

  17. Intervenant 1

    Qui ont prouvé que la vitesse de la lumière est finie, c'est ça ?

  18. Intervenant 2

    Exactement. Et deuxièmement, la théorie d'Isaac Newton, qui considère que la lumière est de nature corpusculaire, donc elle est composée de petites particules.

  19. Intervenant 1

    Ah, je vois où on va. Dans l'esprit de Laplace, si la lumière est faite de particules physiques, elle a nécessairement une masse. Et donc, elle doit subir la gravité comme n'importe quel autre objet, comme une pomme qui tombe, quoi.

  20. Intervenant 2

    Voilà, c'est tout à fait ça. Et à partir de là, Laplace, il déroule une intuition mathématique brillante. Il calcule qu'un astre lumineux qui aurait la même densité que la Terre, mais avec un diamètre 250 fois supérieur à celui de notre

  21. Intervenant 1

    Soleil,

  22. Intervenant 2

    c'est gigantesque, et bien cet astre posséderait une force d'attraction mécanique colossale. Et à cause de cette gravité, ces particules de lumière n'atteindraient jamais la vitesse de libération. Elles seraient freinées et elles retomberaient sur l'astre.

  23. Intervenant 1

    Qui veut dire qu'aucun rayonnement ne pourrait parvenir juste à nous en fait. L’astre serait immense, mais totalement invisible. Mais attends, si Laplace trouve ça uniquement avec la physique classique de Newton, est-ce que ça décrit conceptuellement la même chose que nos trous noirs d'aujourd'hui ? C'est le même mécanisme ou pas ?

  24. Intervenant 2

    Ah non, c'est là le piège. Le mécanisme est complètement différent. Le modèle de Laplace, il repose vraiment sur le ralentissement mécanique des particules par une force d'attraction. C'est comme un caillou que tu jettes en l'air et qui finit par retomber sur Terre.

  25. Intervenant 1

    Moi je vois l'image.

  26. Intervenant 2

    Alors que dans le modèle d'Einstein, c'est la masse de l'astre qui déforme la géométrie même de l'espace-temps. Pour visualiser la différence, on peut imaginer une rivière qui se jette en cascade. L'espace lui-même tombe vers la singularité plus vite que la lumière ne peut nager à contre-courant. Donc la cause physique n'est pas du tout la même.

  27. Intervenant 1

    D'accord, l'outil théorique de Laplace n'était pas le bon, mais l'intuition d'un astre dont la lumière ne peut pas s'échapper, ça reste incroyablement juste.

  28. Intervenant 2

    Complètement.

  29. Intervenant 1

    Pourtant, ce concept d'astre obscur y va totalement disparaître des radars de la science pendant un siècle. Pourquoi il a été oublié ?

  30. Intervenant 2

    Eh bien, c'est vraiment le moment charnière de cette histoire. En 1808, quand il publie la troisième édition de son livre, Laplace supprime purement et simplement tout le passage sur ces astres invisibles.

  31. Intervenant 1

    Mais non !

  32. Intervenant 2

    Il a effacé sa propre théorie.

  33. Intervenant 1

    Oui, et il le fait pour une raison très logique. À cette époque, on a les nouvelles théories ondulatoires de la lumière, celles portées par Thomas Young et Augustin Fresnel, qui commencent à s'imposer face au modèle de Newton. Ah bah oui, je comprends, si la lumière est comprise comme une onde et plus du tout comme une particule solide, elle a plus de masse apparente pour subir la gravité classique que Laplace imaginait.

  34. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Sans masse pour la lumière, tout le postulat mathématique de Laplace s'effondre en fait. Il retire donc son hypothèse, ce qui montre une grande rigueur scientifique par rapport aux nouvelles connaissances de son époque.

  35. Intervenant 1

    C'est fascinant quand on synthétise tout ça. On part d'astres obscurs de la mécanique classique dont l'existence est effacée par leurs propres créateurs à cause d'une évolution de l'optique pour finalement voir l'idée renaître sous forme de singularité de l'espace-temps.

  36. Intervenant 2

    Ouais, c'est tout le charme de l'histoire des sciences. De grandes fulgurances comme ça précèdent souvent les cadres théoriques qui sont capables de les accueillir.

  37. Intervenant 1

    Et ça soulève une réflexe au final assez vertigineux je trouve. Si un génie comme Laplace a volontairement auto-censuré et effacé de ses propres livres l'une de ses intuitions les plus brillantes, juste parce qu'elle collait plus au dogme de l'époque, quelle découverte théorique majeure d'aujourd'hui les scientifiques gardent-ils dans leur tiroir ? Juste parce qu'elles paraissent trop absurdes pour nous.

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