
18 sept. 2019 · 22 min
Grothendieck : des refus aux archives ouvertes
Dans ce podcast, suivez Grothendieck à travers ses refus, ses concepts majeurs, puis les archives mises en ligne et les textes ariégeois encore à étudier.
Collections de cet épisode (4)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et merci à toutes et à tous de nous rejoindre pour cette nouvelle plongée.
Intervenant 2
Bonjour à tous !
Intervenant 1
Alors aujourd'hui, j'aimerais que vous imaginiez un instant. Un homme s'éteint et il laisse derrière lui près de 100 000 pages de notes écrites à la main.
Intervenant 2
C'est ça, 100 000 pages, c'est vraiment vertigineux.
Intervenant 1
Des pages qui, potentiellement, contiennent l'une des plus grandes révolutions scientifiques de notre
Intervenant 2
époque.
Intervenant 1
Et pourtant, avant de mourir, il a formellement interdit au monde entier de les
Intervenant 2
lire. Oui, un embargo total.
Intervenant 1
Exactement. Il a exigé que son œuvre soit verrouillée. Aujourd'hui, eh bien, on déchire cet embargo pour ouvrir la chambre forte d'Alexandre Grothendieck.
Intervenant 2
Le fameux mathématicien de l'extrême, comme on l'appelle souvent.
Intervenant 1
Voilà. Et pour comprendre, sur ces 100 000 pages laissées dans des cartons, qu'est-ce qu'on trouve exactement ?
Intervenant 2
Eh bien, au moins 16 000 de ces pages, ce sont des mathématiques pures, de la géométrie algébrique, d'une densité terrifiante quoi.
Intervenant 1
16 000 ! Et le reste ?
Intervenant 2
Le reste, c'est très varié. Ça aborde la métaphysique, l'analyse de la psyché humaine ou même la méditation. Ah oui,
Intervenant 1
quand même !
Intervenant 2
Oui. Et le travail pour décrypter ce labyrinthe de papier commence à peine à aboutir. Et c'est en train de bousculer notre compréhension de la géométrie, mais aussi l'histoire même des sciences du XXe siècle.
Intervenant 1
Ce qui saute aux yeux quand on compile les sources sur ce personnage, c'est qu'on ne peut absolument pas dissocier ces équations vertigineuses de l'homme qui les a tracées.
Intervenant 2
Tout à fait, c'est impossible.
Intervenant 1
Pour comprendre le contenu de ces archives, il faut d'abord regarder la mécanique intime de Grothendieck.
Intervenant 2
Une mécanique qui est définie par un seul mot en fait, l'intransigeance.
Intervenant 1
La transigence, oui. C'est une vie littéralement sculptée par le refus.
Intervenant 2
Exactement. Et cette mécanique s'enracine dans une forme de survie brute dès le départ. C'est-à-dire ? Il naît en 1928 à Berlin.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
Son père est un anarchiste russe qui malheureusement mourra en déportation.
Intervenant 1
Oh waouh.
Intervenant 2
Et sa mère, qui était journaliste allemande, fuit l'Allemagne nazie avec lui pour se réfugier en France.
Intervenant 1
Donc un contexte familial déjà extrêmement lourd.
Intervenant 2
Très lourd. En France, ils partagent un temps le froid et la faim des camps d'internement français.
Intervenant 1
Ah oui, les camps en France, on l'oublie souvent.
Intervenant 2
Oui. Ils sont même séparés pour qu'ils puissent aller à l'école. Et avec le chaos de la guerre, ils ne se retrouvent qu'en 1945.
Intervenant 1
C'est fou. L'instabilité politique, le déracinement, la violence institutionnelle, ce sont vraiment les fondations de sa jeunesse.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
Avec un tel départ, on s'attendrait à ce qu'il, je sais pas, qu'il se cache ou qu'il soit totalement broyé par le système.
Intervenant 2
Ce serait logique.
Intervenant 1
Mais c'est tout l'inverse qui se produit sur le plan intellectuel.
Intervenant 2
Oui, parce que là, la machine s'emballe. L'Université de Montpellier le voit éclore, puis soutient une thèse magistrale en 1950
Intervenant 1
sur les produits tensoriels topologiques et espaces nucléaires.
Intervenant 2
Alors rien que le titre annonce la couleur de la complexité.
Intervenant 1
C'est sûr.
Intervenant 2
Et ensuite, c'est l'ascension fulgurante. Il intègre le cercle ultra-sélectif du groupe Bourbaki.
Intervenant 1
Il donne des cours à 100 holos à Chicago.
Intervenant 2
Oui, il voyage beaucoup à ce moment-là.
Intervenant 1
Et puis vient la consécration, de 58 à 70, à l'Institut des hautes études scientifiques, l'IS, à Bursurivet.
Intervenant 2
Son séminaire de géométrie algébrique là-bas devient vraiment la mecque mondiale de la discipline.
Intervenant 1
Tous les mathématiciens voulaient y être.
Intervenant 2
Exactement. Seulement au sommet de cette gloire académique, sa méfiance viscérale envers l'ordre établi ressurgit, et de façon radicale.
Intervenant 1
C'est là que le refus entre en jeu.
Intervenant 2
Voilà. Très tôt, par exemple, il refuse de faire son service militaire.
Intervenant 1
Or, la France imposait ce service pour accorder la nationalité à l'époque, non ?
Intervenant 2
Tout à fait. Donc, il choisit si à main la précarité, il conserve un statut d'apatride.
Intervenant 1
Donc il n'a pas de passeport français ?
Intervenant 2
Non. Il voyage avec des titres des Nations Unies, plutôt que de porter l'uniforme.
Intervenant 1
On pourrait se dire que, bon, c'est une simple conviction pacifiste due à la guerre. Oui, on pourrait croire ça. Mais le mécanisme du refus va s'amplifier jusqu'à la provocation. En 1966, il décroche la médaille Fields.
Intervenant 2
La récompense suprême en maths, le prix Nobel de la discipline quoi !
Intervenant 1
Et sa réaction ? Il refuse de mettre un pied à Moscou pour la cérémonie. Les archives montrent qu'il a pris cette décision pour protester publiquement contre la répression du soulèvement hongrois de 1956 par les soviétiques.
Intervenant 2
Oui. Et aussi pour dénoncer le traitement judiciaire infligé aux écrivains russes, Daniel et Sinjavski.
Intervenant 1
Donc une position politique très forte, qu'on reporte ici de manière tout à fait factuelle, selon les sources.
Intervenant 2
Exactement. Mais cette rigidité morale ne s'applique pas qu'aux gouvernements lointains, vous savez.
Intervenant 1
Ah bon ? Qu'est-ce qu'il fait d'autre ?
Intervenant 2
Quatre ans plus tard, en 70, il démissionne purement et simplement de l'IHES.
Intervenant 1
Mais c'était son royaume intellectuel ? C'est l'institut qui l'avait rendu célèbre ?
Intervenant 2
Absolument. Mais il venait de découvrir que l'établissement recevait une petite fraction de son budget du ministère de la Défense.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Pour lui, l'argent militaire contaminait la recherche. Donc il est parti. Pas de négociations, pas de compromis possible.
Intervenant 1
Waouh.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

17 oct. 2024 · 13 min

4 déc. 2020 · 20 min

15 avr. 2022 · 6 min

17 oct. 2024 · 16 min

21 juin 2022 · 24 min

16 avr. 2020 · 6 min