
15 janv. 2020 · 20 min
Géométrie de l’information : quelle distance entre probabilités ?
Dans cet épisode audio, partez d’une distance entre probabilités, puis découvrez ses usages en apprentissage profond et dans les technologies quantiques.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Merci, je suis ravie d'être là.
Intervenant 1
Ravi de vous retrouver aujourd'hui et bienvenue à toutes et à tous. Pour notre exploration d'aujourd'hui, on va décortiquer un article vraiment fascinant. Très
Intervenant 2
dense, mais fascinant,
Intervenant 1
oui. Ah, ça, c'est le moins qu'on puisse dire. L'article s'intitule « La géométrie de l'information » et il est coécrit par Frédéric Barbaresco, qui est chercheur chez Thales, et Franck Nielsen de Sony CSL. Et notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre comment un concept mathématique hyper pointu et vieux de plusieurs décennies d'ailleurs,
Intervenant 2
C'est ça né dans les années 50.
Intervenant 1
Voilà comment ce concept est secrètement devenu en fait le moteur de toutes les intelligences artificielles modernes et même la clé des futures technologies quantiques. On ne va pas juste survoler, on va vraiment plonger sous le capot.
Intervenant 2
Et pour bien comprendre ce qui se passe sous ce fameux capot, il faut d'abord poser le cadre. En fait, on est à l'intersection de deux très grandes tendances scientifiques actuelles.
Intervenant 1
D'accord. Lesquelles ?
Intervenant 2
D'un côté, on a ce qu'on appelle la géométrisation. En gros, c'est notre volonté, en physique ou en maths, de tout représenter dans des espaces avec des formes, des courbes, des distances.
Intervenant 1
Visuellement, quoi.
Intervenant 2
Exactement. Et de l'autre côté, on a la probabilisation. Parce qu'aujourd'hui, on réalise que l'incertitude, elle domine tous les systèmes complexes. Le hasard est partout. Et la géométrie de l'information, c'est la tentative de fusionner ces demandes.
Intervenant 1
De fusionner l'espace et le hasard.
Intervenant 2
C'est tout à fait ça. C'est vraiment l'art de donner une forme géométrique à l'incertitude.
Intervenant 1
D'accord, décortiquons un peu tout ça. Parce que réunir la géométrie, qui nous parle d'espaces hyper tangibles, et les probabilités, qui modélisent le hasard absolu, c'est pas très intuitif au premier abord.
Intervenant 2
Non, ça ne l'est pas du tout, non.
Intervenant 1
Si on remonte aux origines, donc au milieu du XXe siècle, l'idée de base, si j'ai bien compris l'article, c'était d'introduire une notion de distance directement entre des éléments d'un espace de probabilité. C'est bien ça.
Intervenant 2
C'est le cœur même du sujet. Les mathématiciens de l'époque ont voulu équiper cet espace abstrait d'une structure métrique.
Intervenant 1
Une façon de mesurer des choses.
Intervenant 2
Voilà. Et pour ça, ils ont forgé un outil mathématique central. On appelle la métrique de Fischer, Kozoul, Souriau.
Intervenant 1
Ah oui, Fischer, Kozoul et Souriau, ça fait beaucoup de monde sur une seule formule.
Intervenant 2
Oui, bon, sans entrer dans l'équation brute. L'idée, c'est que cette métrique permet de calculer une distance rigoureuse entre deux variables aléatoires. Ou même entre deux densités de probabilités. Et les pionniers là-dedans, notamment le Russe Nikolai Shensov et le Japonais Shunichi Amari, ont vraiment compris qu'on ne pouvait pas juste soustraire des probabilités comme on soustrait des nombres normaux.
Intervenant 1
Attendez, je crois que j'ai besoin d'une analogie pour bien visualiser cette notion de distance. Parce qu'en géométrie classique, si je veux connaître la distance entre, disons, Paris et Tokyo, je prends une carte, je trace une ligne, je regarde l'échelle et boum, j'ai des kilomètres.
Intervenant 2
Facile.
Intervenant 1
Sauf que là, on essaye de mesurer la distance entre deux comportements aléatoires. Si on prend la météo, par exemple. Imaginons qu'on m'annonce 50% de chances de pluie aujourd'hui et 60% de chances de pluie demain. La géométrie de l’information, elle ne se contente pas de faire 60 moins 50 pour me dire qu'il y a un écart de 10, on est d'accord.
Intervenant 2
Ah non, pas du tout. Elle fait quelque chose de beaucoup plus subtil. Elle va mesurer la quantité d'informations nouvelles, ou disons la surprise, qui sépare vraiment ces deux scénarios.
Intervenant 1
La surprise. Oui. Prenez une pièce de monnaie. Si je vous dis qu'elle a une chance sur deux de tomber sur pile, c'est l'incertitude totale. 50-50.
Intervenant 2
D'accord. Maintenant, si je vous dis qu'une autre pièce est légèrement truquée et qu'elle tombe sur pile 51% du temps. L'écart d'information entre ces deux pièces est minuscule. Il faudrait les lancer des milliers de fois pour vraiment commencer à les différencier.
Intervenant 1
Ouais, le INU, c'est invisible.
Intervenant 2
Mais si je vous annonce qu'une troisième pièce tombe sur pile 99% du temps. Là, la distance informationnelle avec la première pièce est énorme. Vous le verriez tout de suite. La métrique de Fisher, en fait, elle quantifie cette difficulté précise à distinguer deux modèles statistiques quand on observe leurs données.
Intervenant 1
D'accord, je vois mieux. Donc elle trace, en quelque sorte, le chemin le plus court pour passer d'un niveau de certitude à un autre.
Intervenant 2
C'est une excellente façon de le dire.
Intervenant 1
Donc on cartographie véritablement l'incertitude. On crée des vallées de prévisibilité, des montagnes de hasard. C'est intellectuellement brillant. Et d'ailleurs, ça explique pourquoi Shunichi Amari, que vous citiez, a carrément reçu l'ordre de la culture des mains de l'empereur du Japon en 2019 pour ses travaux.
Intervenant 2
C'est la consécration ultime au Japon, oui.
Intervenant 1
Mais voilà ma question. Vous l'avez dit, ces concepts datent des années 50 ou 60. Alors pourquoi est-ce qu'on en parle aujourd'hui comme si c'était la révolution technologique du moment ?
Intervenant 2
Eh bien, ça arrive souvent en fait.
Intervenant 1
Ah bon ?
Intervenant 2
Oui, les mathématiques fondamentales précèdent très souvent la technologie, parfois de plusieurs décennies.
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